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Sport - Athlétisme - Championnats Arabes

« Une grande fierté de remporter l'or sous les couleurs du Liban »

Aziza Sbaity a été sacrée sur 200 mètres ce week-end aux championnats arabes de Marrakech, où elle a également décroché l’argent sur 100 mètres. Pour « L’OLJ », la sprinteuse est revenue sur sa performance et son parcours, tout en évoquant ses prochaines échéances, avec en ligne de mire les Jeux olympiques de Paris l’été prochain.

« Une grande fierté de remporter l'or sous les couleurs du Liban »

Aziza Sbaity posant avec sa médaille d’or obtenue après son triomphe sur le 200 mètres aux championnats arabes, dimanche à Marrakech. Photo fournie par Aziza Sbaity

C’est dans le hall d’embarquement de l’aéroport de Marrakech que Aziza Sbaity décroche son téléphone pour évoquer ses exploits de la veille. Avec les annonces au micro en guise de fond sonore, la « femme la plus rapide du Liban », comme le veut la formule depuis le 9 juillet 2018, date à laquelle elle battait le record national du 100 m jusqu’alors détenu par Gretta Taslakian, prend le temps de revenir sur ses dernières courses avant d’aborder ses objectifs à venir, un an pile avant le coup d’envoi des Jeux olympiques de Paris 2024.
Mais d’ici là, la native de Monrovia, issue de l’union d’une mère libérienne et d’un père libanais, espère surtout profiter de sa bonne forme du moment pour enchaîner les courses et améliorer ses « chronos », chose qu’elle est de nouveau parvenue à faire cette saison et qu’elle savoure d’autant plus après une année de galères jalonnée par les pépins physiques.

Vous venez de remporter ta troisième médaille d’or en championnats arabe, quelle a été votre réaction en passant la ligne d’arrivée ?
Beaucoup de joie et de satisfaction. C’est toujours beaucoup d’émotions et une grande fierté de remporter une médaille d’or avec le maillot du Liban sur les épaules. J’ai fait une très belle course sur 200 m malgré les conditions difficiles dans lesquelles on a dû concourir (il faisait 43 degrés le week-end dernier à Marrakech).
J’aurais adoré faire le doublé avec le 100 m (remporté par l’Égyptienne Bassent Hemida), mais l’argent reste une belle récompense malgré tout. Je suis surtout heureuse de pouvoir remonter sur des podiums de grandes compétitions internationales.

Avez-vous senti vos adversaires revenir sur vous dans les derniers mètres ?
Mon départ a été très bon. Je savais que sans ça je serais certainement trop juste pour gagner la course, car je savais que mes adversaires (la Koweïtienne Mudahawi al-Shammari, 2e, et la Marocaine Sarah el-Hachimi, 3e) étaient meilleures que moi sur la dernière ligne droite.
Je les ai senties revenir sur moi à la fin, mais je savais aussi que j’avais fait la différence sur mon départ, je l’ai vu pendant le virage. Heureusement, j’ai réussi à maintenir ma vitesse et utiliser ma puissance de façon efficace pour terminer la course correctement.

Pouvez-vous nous raconter ce qui se passait dans votre tête au départ de la course ? Comment gérez-vous ce genre de rendez-vous ?
C’était très dur mentalement. Tout d’abord à cause des conditions météorologiques, c’était vraiment étouffant. Donc les conditions étaient loin d’être idéales. Mais aussi à cause de ma mauvaise demi-finale, où je ne suis arrivée que deuxième. Je m’étais mal échauffée, j’ai fait un mauvais départ puis je n’ai pas très bien couru techniquement.
Donc le jour de la finale, j’étais énormément stressée. Comme je le fais souvent dans ces cas-là, j’ai essayé de me concentrer du mieux possible sur mon départ et sur ce que je devais faire sur le plan technique pendant la course, sans penser à l’issue finale.

Avant ces championnats, vous viviez déjà une très belle saison lors de laquelle vous avez notamment battu vos records personnels sur 1 00 m (11,54 sec) et 200 m (23,63 sec).
Oui, c’était en Allemagne il y a deux mois. Lorsque je bats mes meilleurs temps, en général, je me dis que je peux encore mieux faire. Mais lorsque j’ai battu mes records sur 100 m puis sur 200 m, j’étais tellement heureuse, je n’arrivais pas à y croire, car ce sont des temps que j’ai toujours rêvé d’être capable de faire. C’était sans doute un des moments les plus forts de ma carrière.

Encore plus fort que la première fois où vous avez battu le record du 100 m de Gretta Taslakian (le 9 juillet 2018, lorsque Aziza faisait tomber le record du Liban de 11,84 secondes à 11,73 secondes lors d’un meeting à Tunis) ?
Non, quand même pas (rires). La première fois que l’on bat un record national, ça reste gravé en mémoire, c’est incomparable sur le plan émotionnel. C’est pourquoi je n’avais pas ressenti la même excitation les fois où j’avais amélioré mon temps sur 100 m. Mais là, j’ai ressenti une émotion que je n’avais pas vécue depuis longtemps. C’est comme si toute ma confiance en moi avait été ravivée. J’étais à nouveau convaincue que je pouvais aller encore plus loin.


Aziza Sbaity lors du 200 m lors de championnats arabes de Marrakech, dimanche dernier. Photo fournie par Aziza Sbaity

Avez-vous traversé des périodes où vous avez perdu cette confiance justement ?
Dans une carrière de sportif, et particulièrement en athlétisme, on traverse des hauts et des bas, c’est normal. Mais l’année dernière, j’ai traversé une période très difficile car j’ai eu plusieurs blessures qui m’ont écartée des pistes. Il m’arrivait parfois d’avoir des pensées négatives, d’avoir l’impression que je n’étais plus capable de progresser.
Donc le fait d’avoir réussi à revenir à mon meilleur niveau et d’enfin récolter les fruits de tout le travail que j’ai fourni est une immense satisfaction.

Vous sentez-vous désormais plus performante sur 200 m que sur 100 m ?
Techniquement, je reste meilleure sur le 100 m que sur le 200 m. J’ai fait un super temps en Allemagne (11,54 sec) cette année et je sens que je peux aller encore plus loin. Mais c’est vrai que maintenant, j’adore le 200 m. Bien que ce soit mentalement et physiquement plus compliqué à aborder comme course, ce défi me plaît. Paradoxalement, je commence à apprécier la douleur qui va avec (rires). Et c’est aussi devenu mon nouvel objectif principal cette saison : battre le record de Gretta Taslakian (23,56) dont je ne suis plus très loin.

Cette saison est aussi la dernière avant les Jeux olympiques. J’imagine que cette grande échéance doit commencer à trotter dans un coin de votre tête…
Oui, bien sûr qu’on sent les JO approcher, mais je n’en fais pas non plus une obsession. D’autant que je ne suis pas encore sûre d’y participer, puisque la Fédération annoncera qui sera sélectionné seulement un mois avant le début de la compétition.
Puis il y a déjà beaucoup d’autres échéances importantes pour moi dans les prochaines semaines : les championnats asiatiques en Thaïlande (qui débuteront le 12 juillet), les championnats du Liban (que Aziza a remportés à onze reprises) et les Jeux de la Francophonie au Congo. Avec l’objectif de battre mes meilleurs temps pour augmenter mes chances d’être sélectionnée pour les JO.

Savez-vous déjà combien d’entre vous seront choisis par la Fédération pour représenter le Liban en athlétisme à Paris ?
Normalement, il n’y aura qu’une seule personne. Ce que l’on sait, c’est que nous serons sélectionnés selon un système de classement où nos cinq meilleures performances de la saison seront prises en compte, avec notre place au classement mondial.
Ils calculent ensuite une moyenne à partir de ces critères, et cela vaut pour tous les athlètes : les sprinteurs, les sauteurs, les lanceurs… Tout le monde est en compétition. Et à la fin, ils choisissent un athlète, masculin ou féminin, pour représenter le Liban.


Aziza Sbaity posant aux côtés de la Koweïtienne Mudahawi al-Shammari, 2e, et de la Marocaine Sarah el-Hachimi, 3e, sur le podium du 200 m. Photo fournie par Aziza Sbaity

Le fait que vous soyez toutes et tous en concurrence ne doit pas beaucoup aider à créer une cohésion d’équipe, non ?
Au contraire, on se serre les coudes. Je suis très proche de Nour (Noureddine Hadid), qui a représenté le Liban aux JO de Tokyo. C’est mon partenaire d’entraînement et on se soutient l’un l’autre au quotidien. J’ai été très déçue pour lui, car il s’est blessé sur le 100 m alors qu’il aurait clairement pu aller chercher une médaille, tout comme sur le 200 m.

Vos conditions d’entraînement au Liban se sont-elles améliorées ces dernières années, à mesure que vous enchaînez les records et collectionnez les médailles?
Tout à fait, je reçois énormément de soutien de la part de tout l’environnement de l’athlétisme libanais. Je m’entraîne depuis 2018 avec mon coach George Assaf et je cours sous les couleurs de « Let’s Run Club », qui est plus ou moins devenu mon sponsor, depuis trois ans. J’ai récemment conclu un nouveau partenariat avec « Coral », une compagnie pétrolière qui finance en partie mes déplacements à l’étranger.
Tout cela me permet d’avoir l’opportunité de participer à plus de courses à l’étranger et donc de m’améliorer en courant contre les meilleures. Donc je sens vraiment que je suis dans un bon environnement pour progresser du mieux possible, que ce soit sur ou en dehors de la piste.

La moisson a aussi été fructueuse pour l’ensemble de la délégation féminine, avec cinq médailles au total (dont celles de Joanne Makary, en bronze sur 800 m, et de Rasha Badrani, en bronze également sur 400 m haies, avant d’être couverte d’argent aux côtés de Nada el-Kurdi et de Tala Fakhoury sur le relais 4 x 400 m). Cela signifie-t-il selon vous que cette amélioration concerne l’ensemble de l’athlétisme libanais ?
Oui, nous avons ramené beaucoup de médailles et c’est très positif pour la suite. Mais cela ne veut pas dire que tout est parfait, cela pourrait être mieux. Bien que je sois très reconnaissante pour tout ce à quoi j’ai accès pour m’entraîner et performer, il m’en faudrait un peu plus dans un monde idéal.
Et puis ces conditions d’entraînement dont je bénéficie ne sont pas accessibles à tout le monde, cela reste assez inégal en fonction des disciplines. Certains ont toujours des difficultés pour obtenir les visas pour les compétitions à l’étranger et pour les déplacements. Les choses sont en train de s’améliorer, il faut le reconnaître, mais il y a encore beaucoup à faire pour que chaque athlète qui évolue au Liban puisse tirer le meilleur de lui-même. 

C’est dans le hall d’embarquement de l’aéroport de Marrakech que Aziza Sbaity décroche son téléphone pour évoquer ses exploits de la veille. Avec les annonces au micro en guise de fond sonore, la « femme la plus rapide du Liban », comme le veut la formule depuis le 9 juillet 2018, date à laquelle elle battait le record national du 100 m jusqu’alors détenu par Gretta Taslakian, prend le temps de revenir sur ses dernières courses avant d’aborder ses objectifs à venir, un an pile avant le coup d’envoi des Jeux olympiques de Paris 2024.Mais d’ici là, la native de Monrovia, issue de l’union d’une mère libérienne et d’un père libanais, espère surtout profiter de sa bonne forme du moment pour enchaîner les courses et améliorer ses « chronos », chose qu’elle est de nouveau parvenue à faire cette saison...
commentaires (7)

Aziza, L’ancien sprinter que je fus dans les années 70 et 80 est très impressionné par tes performances et par le fait que tu contribue au développement de l’athlétisme au Liban pour lequel ,par passion et folie , contre vents et marées et guerres successives, nous avons consacré des années. Je te souhaite une pluie de records. Etienne Fattal

fattal etienne

23 h 28, le 29 juin 2023

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Commentaires (7)

  • Aziza, L’ancien sprinter que je fus dans les années 70 et 80 est très impressionné par tes performances et par le fait que tu contribue au développement de l’athlétisme au Liban pour lequel ,par passion et folie , contre vents et marées et guerres successives, nous avons consacré des années. Je te souhaite une pluie de records. Etienne Fattal

    fattal etienne

    23 h 28, le 29 juin 2023

  • Félicitations et bonne continuation...

    Derwiche Ghaleb

    21 h 44, le 29 juin 2023

  • Super Mabrouk Aziza, et grand Merci pour ta performance et ta persévérance !... dorénavant tu sera aziza dans les coeurs de tout les libanais.

    Wlek Sanferlou

    14 h 37, le 28 juin 2023

  • Moui ...youpi... On est sauvés

    Emile G

    12 h 50, le 28 juin 2023

  • Bravo à Mme Sbaity! Fier que le Liban remporte des médailles !

    K1000

    00 h 45, le 28 juin 2023

  • GRAND PLAISIRS MERCI

    Gebran Eid

    00 h 04, le 28 juin 2023

  • Mille Mabrouk et bravo à cette championne libanaise.

    LE FRANCOPHONE

    23 h 29, le 27 juin 2023

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