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Moyen-Orient - Trafic

Raids et exécutions : l'Arabie saoudite en guerre contre la drogue

Les autorités ont lancé ce qu'elles présentent comme la plus grande campagne antidrogue dans le royaume, première économie arabe grâce au pétrole, dont il est l'exportateur numéro un dans le monde.

Des agents de la direction du contrôle des stupéfiants du ministère de l’Intérieur saoudien trient des comprimés de captagon saisis lors d’une opération spéciale à Djeddah, en mars 2022. Photo d'archives AFP

Des coups de filet aux peines de morts en passant par la multiplication des cures de désintoxication, l'Arabie saoudite mène une vaste campagne antidrogue. Conséquence: les trafiquants comme Ibrahim se veulent plus prudents que jamais. "Je ne prends pas de nouveaux clients et je ne me déplace plus", confie l'homme de 37 ans à l'AFP sous couvert d'anonymat. 

Ses habitués "doivent assumer eux-mêmes les risques", se justifie-t-il, quelques semaines après une vague d'arrestations dans la richissime monarchie du Golfe.  Fin avril, les autorités ont lancé ce qu'elles présentent comme la plus grande campagne antidrogue dans le royaume, première économie arabe grâce au pétrole, dont il est l'exportateur numéro un dans le monde. 

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A travers le pays, la police contrôle les routes et fouille les véhicules suspects. Dans les rues, des affiches incitent les habitants à signaler les trafiquants pour "préserver la sécurité". Des raids et des courses-poursuites ont provoqué la mort d'un membre des forces de sécurité. Fait qui "n'était jamais arrivé avant", raconte Ibrahim, certains clients ont été arrêtés dans des zones résidentielles où des jeunes organisent souvent des soirées privées, une parenthèse dans ce pays musulman ultra-conservateur longtemps privé de divertissements.

La campagne a été lancée après une série d'incidents violents impliquant des personnes ayant tué des proches sous l'emprise de drogues, assure à l'AFP un responsable de la sécurité ayant requis l'anonymat.

"Réseaux ancrés"

L'Arabie saoudite est la principale destination du captagon, qui a fait de la Syrie, d'où provient cette amphétamine de synthèse, un narco-Etat avec une industrie illégale estimée par certains à de plus de 10 milliards de dollars. La lutte contre ce trafic est l'une des raisons ayant poussé les Saoudiens à normaliser récemment leurs relations avec le régime syrien, après un boycott de plus d'une décennie en raison de la guerre civile en Syrie.

Mais la campagne des autorités s'est surtout renforcée "au niveau interne", relève Caroline Rose, analyste au New Lines Institute, basé à Washington. "Au cours des deux dernières années, nous avons constaté une augmentation des arrestations et du recours à la peine de mort", rapporte cette experte à l'AFP.

A la fin de l'année dernière, l'Arabie saoudite, parmi les pays appliquant le plus la peine capitale, a repris les exécutions pour des faits liés à la drogue, rompant un moratoire lancé en 2021. Depuis, au moins 20 personnes ont été exécutées, d'après un décompte de l'AFP. Selon Caroline Rose, le gouvernement a "pris acte de l'ancrage de certains réseaux à l'intérieur du royaume", où les moins de 30 ans représentent plus de la moitié des 32 millions d'habitants. 

Pour l'analyste politique saoudien Souleïmane Al-Oqiley, la jeunesse est précisément "au cœur" des réformes en cours.  Divertissements, tourisme, sports, technologies: l'Arabie saoudite a lancé ces dernières années une diversification de son économie accompagnée d'une opération de charme, à l'international comme à l'intérieur du pays. 

Dans ce contexte, le message des autorités aux trafiquants et consommateurs est que si "vous n'avez pas peur pour votre santé, vous devriez avoir peur du gouvernement", dit Souleïmane Al-Oqiley à l'AFP.

"Ce n'est que le début"

Selon des médias locaux, le royaume compte officiellement plus de 200.000 toxicomanes, dont peu sont pris en charge. Contacté, le ministère de la Santé n'a pas répondu aux questions de l'AFP. La "peur" d'être arrêté a poussé des centaines de victimes à se faire soigner, assure à l'AFP Hamad Al-Chihane, directeur des programmes de traitement dans un centre spécialisé de Riyad. 

Le médecin saoudien Hamad al-Chihane arrive au centre privé Rushd Specialised Centre for Family Counseling, une clinique qui traite les patients dépendants aux narcotiques, à Riyad. Photo Fayez Nureldine/AFP

Devant la porte de son cabinet, une dizaine de jeunes saoudiens, certains portant des lunettes noires, attendent. Selon le médecin, "les effectifs ont augmenté" dans le centre qui reçoit aujourd'hui "1.000 personnes par mois au lieu de seulement 100 auparavant."

"La proportion des patients qui viennent volontairement dépasse désormais 50%, contre à peine 10% autrefois", fait-il remarquer, ajoutant que la plupart sont âgés de 17 à 21 ans, femmes et hommes à part égale. Pour sensibiliser la population, la télévision d'Etat relaye les campagnes antidrogue et donne la parole aux experts comme aux toxicomanes, lesquels racontent leurs expériences douloureuses. 

En mai, le ministre saoudien de l'Intérieur a prévenu que le gouvernement ne comptait pas relâcher la pression : "ce n'est encore que le début".

Des coups de filet aux peines de morts en passant par la multiplication des cures de désintoxication, l'Arabie saoudite mène une vaste campagne antidrogue. Conséquence: les trafiquants comme Ibrahim se veulent plus prudents que jamais. "Je ne prends pas de nouveaux clients et je ne me déplace plus", confie l'homme de 37 ans à l'AFP sous couvert d'anonymat. 

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