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Moyen-Orient - Repère

Le plan iranien pour chasser les Américains hors de Syrie

Des documents classifiés ayant fuité sur le réseau social Discord ont été révélés par le Washington Post quant aux ambitions de l'Iran en Syrie.

Le plan iranien pour chasser les Américains hors de Syrie

Des soldats américains et un véhicule de combat lors d’une patrouille militaire dans la campagne près de Malikiyé (Derik), dans la province de Hassaké, dans le nord-est de la Syrie, le 27 octobre 2020. Photo d’archives AFP

La République islamique se préparerait à mener des attaques létales contre les soldats américains présents en Syrie, selon le Washington Post, avec pour objectif ultime d’en chasser les États-Unis.

Ce que l’on sait

● Les Iraniens seraient en train de concevoir des engins explosifs à placer en bord de route, capables de percer des véhicules militaires américains blindés et de tuer leurs passagers, ainsi que de former des miliciens pro-Iran à leur maniement, selon le quotidien américain.

● Des dirigeants de la force al-Qods, unité d’élite du corps des gardiens de la révolution islamique, ont supervisé le test de l’un de ces engins explosifs fin janvier à Dumeir, à 40 km au nord-est de Damas, selon l’un des rapports des renseignements américains ayant fuité, basé sur des communications interceptées entre des militants pro-Iran syriens et libanais.

● En février, une tentative d’utiliser ce type de bombe a été déjouée dans le nord-est de la Syrie par les forces kurdes alliées à Washington dans la lutte contre l’organisation État islamique (EI), selon le quotidien américain.

● Selon un autre rapport des renseignements américains ayant fuité, Damas, Téhéran et Moscou se coordonneraient pour chasser les Américains des régions du nord-est de la Syrie pour permettre au régime de Damas d’en reprendre le contrôle.

Le contexte

● Le 23 mars, une attaque de drone « d’origine iranienne » contre une installation de maintenance d’une base militaire près de Hassaké, dans le nord-est de la Syrie, a tué un sous-traitant américain et blessé cinq soldats et un autre sous-traitant, également américains, selon le Pentagone.

● En riposte, Washington a mené le lendemain des frappes aériennes dans l’est de la Syrie, tuant 14 combattants pro-iraniens, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Le même jour, le président américain Joe Biden a prévenu Téhéran que les Américains agiraient « avec force » pour protéger leurs soldats, précisant que « les États-Unis ne (cherchaient) pas la guerre avec l’Iran ».

● Les intérêts iraniens en Syrie sont fréquemment ciblés par des frappes aériennes israéliennes, dans une guerre de l’ombre avec l’Iran qui s’est intensifiée ces derniers mois. Téhéran entend répondre aux frappes israéliennes contre ses intérêts en Syrie en attaquant les bases américaines présentes dans le pays, selon l’analyse des renseignements mentionnée dans un des documents ayant fuité, a rapporté le Washington Post.

● La République islamique a envoyé des armes à ses forces supplétives en Syrie en les faisant passer clandestinement parmi l’aide humanitaire envoyée dans le sillage du séisme du 6 février, a révélé début mai le Washington Post, selon la même fuite de documents classifiés. Par ailleurs, Téhéran est prêt à fournir à l’armée syrienne un système de défense antiaérien de pointe, a déclaré le ministre iranien de la Défense à son homologue syrien le 8 mai dernier.

● Pour sa part, la coalition anti-EI dominée par les États-Unis a démarré la construction d’une nouvelle base dans la province de Raqqa, a affirmé le média The New Arab le 24 mai, citant une source kurde locale. Le 31 mai, les États-Unis ont reconnu avoir envoyé des lance-roquettes Himars en Syrie pour la protection de leurs forces, tout en niant les avoir fournis à leurs alliés kurdes, comme l’avait affirmé le journal turc pro-gouvernemental Daily Sabah.

● Bachar el-Assad a parachevé le 19 mai son retour dans le giron arabe en assistant au sommet de la Ligue arabe à Djeddah, en Arabie saoudite, deux mois après la signature d’un accord entre Téhéran et Riyad sous l’égide de Pékin. Une normalisation qui renforce aussi le président syrien sur la scène intérieure.

● Soucieux d’éviter une nouvelle intervention militaire turque dans la région sous leur contrôle, alors que les efforts de Moscou pour une normalisation entre Ankara et Damas peinent à porter leurs fruits, les Kurdes de Syrie cherchent à obtenir un accord avec le régime syrien, lequel pose comme précondition le départ des troupes américaines.

● Fin avril, les autorités kurdes ont rendu publique une déclaration en neuf points où elles se disent prêtes à « rencontrer et tenir des pourparlers avec le gouvernement syrien et toutes les parties syriennes », laissant entrevoir un retour possible du régime de Damas dans la région kurde, autonome de facto depuis le début du conflit syrien en 2011.

Les enjeux

● Les préparatifs militaires de l’Iran surviennent au moment où Damas, Téhéran et Moscou préparent une campagne coordonnée pour fomenter une révolte antiaméricaine dans les régions du nord et du nord-est de la Syrie, selon un document classifié ayant fuité, rapporté par le Washington Post. La stratégie de Moscou et Téhéran de créer du ressentiment contre la présence américaine en Syrie pourrait trouver de l’écho dans les régions à majorité arabe contrôlées par les Kurdes, où le ressentiment de la population arabe vis-à-vis des autorités régionales est vif.

● Dans le sillage du rapprochement militaire entre Moscou et Téhéran en Ukraine, où la Russie utilise des drones de fabrication iranienne, Téhéran a désormais « les mains libres » en Syrie, selon Farzin Nadimi, spécialiste de l’Iran interrogé par le Washington Post, pour qui la République islamique « veut progressivement améliorer son jeu » en Syrie après avoir reçu « le feu vert des Russes ». Une stratégie que le rapprochement entre la Syrie et ses voisins arabes ne devrait pas freiner. Car si « les Saoudiens et les Émiratis espèrent diluer l’influence iranienne sur Assad en lui offrant des sources alternatives de soutien, l’idée qu’ils pourraient sérieusement réduire l’influence iranienne en Syrie est fantaisiste, et l’Iran le sait », estime Aron Lund, chercheur au centre de réflexion Century International.

● Ces préparatifs iraniens, censés être appliqués en riposte aux attaques israéliennes, pourraient augurer une dangereuse escalade en Syrie au moment où l’État hébreu se prépare à « une guerre difficile, complexe et sur plusieurs fronts » contre l’Iran, comme l’a évoqué fin mai le ministre israélien de la Défense Yoav Gallant. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a récemment réitéré qu’empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire était la priorité d’Israël, les réserves d’uranium enrichi de l’Iran ayant augmenté d’un tiers entre février et mai, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

● Si les pays arabes ont évoqué le retrait de toutes les forces étrangères de Syrie dans leur feuille de route en vue d’un retour à la normale avec Damas, la présence des forces américaines dans le Nord-Est syrien permet jusqu’à présent d’éviter un regain de l’EI dans la région. Les attaques menées par l’EI ont baissé de 55 % par rapport à l’an passé, a déclaré fin avril le général Matthew McFarlane, commandant de la coalition internationale, alors que Washington et ses alliés kurdes continuent de cibler de hauts responsables de l’organisation en Syrie.

La République islamique se préparerait à mener des attaques létales contre les soldats américains présents en Syrie, selon le Washington Post, avec pour objectif ultime d’en chasser les États-Unis.
Ce que l’on sait
● Les Iraniens seraient en train de concevoir des engins explosifs à placer en bord de route, capables de percer des véhicules militaires américains blindés et de...
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