À gauche, une œuvre de Hayv Kahraman intitulée « Search », 2016, Los Angeles County Museum of Art. À droite, une sculpture de Laila Shawa, « Disposable Bodies » (Shahrazad #4), 2012, Los Angeles County Museum of Art. photos Museum Associates/Lacma
Opprimées, impuissantes ou réduites au silence les femmes du Moyen-Orient ? Le musée d’art de Los Angeles (Lacma) bat en brèche ces clichés éculés, avec une exposition qui souligne en creux les luttes de toutes les femmes du monde, en plein débat sur l’avortement aux États-Unis.
Le visiteur est accueilli par les yeux ombrageux d’une Iranienne, toute de noir voilée et armée de gants de boxe rouge : photographiée seule au milieu d’une avenue déserte, elle semble prête au combat.
Ce cliché de la photojournaliste iranienne Newsha Tavakolian résume l’esprit de cette exposition.
« Il y a tellement de gens qui pensent que toutes les femmes du Moyen-Orient sont les mêmes, qu’elles sont toutes oppressées, invisibles, avec des vies horribles, explique la commissaire Linda Komaroff. Ce n’est pas vrai. Elles sont comme les autres femmes partout ailleurs. Elles ont une capacité à agir et elles s’en servent. »
L’avortement en filigrane
Photographies, sculptures, peintures... avec cette collection de 75 travaux d’une quarantaine de femmes, la curatrice souhaite « changer l’attitude américaine envers les femmes des pays islamiques ».
En filigrane, l’événement rappelle que les menaces envers les femmes traversent absolument toutes les sociétés et résonne avec l’actuelle remise en cause du droit à l’avortement aux États-Unis.
L’exposition tombe « au bon moment », selon Mme Komaroff. Car depuis que la Cour suprême a permis en juin à chaque État d’adopter ses propres lois sur la question, « les choses se dégradent pour les femmes américaines en ce qui concerne le contrôle de leur propre corps ».
« Les femmes américaines ont été suffisantes, reprend-elle. C’est facile pour elles de regarder un autre pays ou une autre région et dire “nous sommes mieux loties qu’elles”. Mais peut-être pas. Peut-être que nous sommes toutes dans le même bateau. »
Intitulée, « les femmes définissant les femmes dans l’art contemporain du Moyen-Orient et au-delà », l’exposition met en avant des artistes issues d’une vingtaine de pays différents.
Arabie saoudite, Turquie, Liban ou encore Afghanistan : elles abordent des thématiques à la fois intimes et universelles, dont une série d’œuvres spécialement commanditées à la photographe libanaise Rania Matar.
Réappropriation des corps
L’exposition propose notamment une réflexion sur la réappropriation des corps. Une section entière est par exemple consacrée à la représentation du vagin.
D’autres travaux surprennent par leur audace. Comme ce buste de femme, doté d’une poitrine recouverte de strass et de paillettes, sur laquelle s’enroule une ceinture à munitions. Une sculpture réalisée par Laila Shawa, adepte du pop-art, pour dénoncer l’existence de femmes forcées de s’enrôler comme kamikazes en Palestine.
Mais le plus gros contingent d’œuvres provient de créatrices originaires d’Iran, actuellement secoué par une large vague de contestations, depuis la mort en septembre de Mahsa Amini, une jeune femme arrêtée sous le prétexte qu’elle ne portait pas correctement son voile.
Des clichés en noir et blanc de Hengameh Golestan montrent des foules de manifestantes tête nue dans les rues de Téhéran en 1979, pour protester contre le port du hijab imposé par la République islamique, qui venait alors d’être créée.
Des portraits de 2008, réalisés par la photographe Shirin Aliabadi, soulignent également l’esprit frondeur de la génération suivante, capable de porter une perruque blonde sous son voile et de faire des bulles avec son chewing-gum, l’air narquois.
« Ce sont les grands-mères et les mères des jeunes femmes qui manifestent en Iran aujourd’hui, observe Mme Komaroff. Elles ont transmis leur courage et leur ardeur à leurs filles. »
À voir jusqu’au 24 septembre.
Romain FONSEGRIVES/AFP


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