Les États-Unis retirent de leur monnaie un avantage géopolitique. Photo d’illustration Bigstock
Symbole de la puissance économique des États-Unis, le dollar est montré du doigt pour son hégémonie et le pouvoir qu’il offre à l’administration américaine. De là à menacer son statut de devise incontournable sur la planète ? Il y a encore de la marge. Payer des barils de pétrole ou une livraison d’avions, émettre de la dette sur les marchés internationaux... Difficile aujourd’hui de se passer pour ces opérations du dollar, la devise reine du commerce international et de la finance mondiale.
Des appels ou initiatives visant à moins dépendre du billet vert se font entendre, à l’image du président brésilien Lula qui s’est demandé au cours de sa visite en Chine mi-avril : « Pourquoi tous les pays seraient obligés de faire leurs échanges en se basant sur le dollar ? » La déclaration survenait peu après la signature d’un accord avec Pékin prévoyant des contrats commerciaux libellés en yuans et en réais.
Autres exemples : le Bangladesh a annoncé ces derniers jours le paiement en yuans d’une centrale nucléaire à la Russie et la Chine a réglé récemment dans sa propre devise une livraison de gaz naturel liquéfié du français TotalEnergies. « Il y a un désir de moins dépendre du dollar au sein de nombreux pays en développement, particulièrement dans le commerce », analyse Paola Subacchi, professeure d’économie internationale à l’université Queen Mary de Londres : ces pays « réalisent que le dollar est trop dominant », surtout la Chine.
Sanctions économiques
Le « privilège exorbitant » du dollar, selon l’expression de l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing, donne aux États-Unis des avantages en matière de compétitivité et de financement de leur déficit. Parallèlement, les États émergents et en développement sont tributaires des mouvements de la devise américaine, qui influence le prix de leurs importations et de leurs exportations, et de l’évolution des taux d’intérêt américains, qui a des conséquences sur le coût de leur dette libellée en dollars.
Les États-Unis en retirent aussi un avantage géopolitique : lorsqu’ils imposent des sanctions économiques à un pays, des entreprises étrangères utilisant le billet vert sont obligées de s’y plier si elles ne veulent pas être poursuivies et sanctionnées lourdement par les autorités américaines.
Une situation encore illustrée par la guerre en Ukraine. « Les États-Unis se servent de l’hégémonie du dollar pour sanctionner la Russie. D’autres s’inquiètent d’être eux-mêmes sanctionnés et décident donc d’opter pour d’autres devises », affirme Larry Yang, économiste en chef au sein de la société d’investissement First Seafront à Shenzhen. Le président français Emmanuel Macron s’est lui-même inquiété de « l’extraterritorialité du dollar » auprès de plusieurs journalistes, au retour d’une récente visite en Chine.
Pas de réel concurrent
Deuxième économie mondiale et grande rivale politique de Washington, la Chine internationalise sa devise depuis plusieurs années. Mais il lui manque une qualité importante du dollar : une convertibilité libre. La devise chinoise est en effet encore largement régulée par le pouvoir chinois. Aujourd’hui, « aucune devise ne concurrence le dollar », estime Mme Subacchi.
Les réserves de change détenues au sein des banques centrales mondiales montrent certes une érosion progressive du dollar, qui est passé de 71 % du total en 1999 à 59 % en 2021, a constaté le Fonds monétaire international dans un rapport l’an dernier. La baisse vient de la montée en puissance de « petites » devises (autres que l’euro, le yen ou la livre) qui ont atteint en 2021 quelque 10 % du total des réserves.
Le billet vert représente toutefois toujours en avril 42 % des devises utilisées dans le commerce international, à comparer à 33 % pour l’euro, 6 % pour la livre britannique, 5 % pour le yen japonais et seulement 2 % pour le yuan, selon les dernières données du système international de paiements Swift. « Peut-on aller progressivement vers une monnaie alternative? Oui », pense Alessandra Ribeiro, économiste au cabinet de conseil brésilien Tendências Consultoria, à São Paulo. « Mais toute la structure que les États-Unis offrent en termes de sécurité et d’institutionnalité devrait être proposée ailleurs », ajoute-t-elle, citant une banque centrale et une gouvernance stables, des objectifs clairs d’inflation et une certaine protection des investisseurs.
Ali BEKHTAOUI/AFP


“… seulement 2 % pour le yuan, selon les dernières données du système international de paiements Swift …” - Donc toutes les transactions en roubles et en yuans qui ne passent pas par SWIFT ne sont pas comptabilisées dans ces statistiques? Lol
04 h 29, le 27 avril 2023