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Garantir... les garants

Après les stériles concertations à cinq tenues à Paris, voici donc que le Qatar propose ses bons offices en vue d’un règlement de la crise présidentielle libanaise. Le minuscule mais fort influent émirat peut d’ailleurs se vanter d’un premier succès diplomatique en la matière, avec le consensus réalisé en 2008, à Doha même, autour de la personne du général Michel Sleiman.


L’émissaire qatari, qui a clôturé hier sa tournée des divers chefs politiques libanais, n’en est encore qu’à une première reconnaissance d’un terrain peut être familier, mais qui demeure accidenté à souhait. On peut raisonnablement présumer pourtant que s’il est bien là, nanti de surcroît de l’agrément de l’Arabie saoudite, c’est dans l’idée de tenter de contourner l’impasse parisienne. Celle-ci, comme on sait, a pour cause la répugnance des Saoudiens à endosser ce ticket imaginé, au nom du pragmatisme, par la France : un président jouissant de la confiance totale du Hezbollah, auquel ferait contrepoids un Premier ministre soutenu par le camp souverainiste et déterminé à réaliser les réformes structurelles que réclame à cor et à cri la communauté internationale. La singulière cohabitation reposerait essentiellement sur le maître mot de garanties, celles-là mêmes qu’offrirait par avance l’heureux élu. Revers de la médaille, le savant échafaudage ne vaudrait en réalité que ce que valent réellement ces garanties.


Pénétré de l’appartenance arabe du Liban, capable de contenir les excès miliciens et d’obtenir de son ami Bachar el-Assad le rapatriement des centaines de milliers de déplacés syriens installés sur notre sol : c’est en homme de toutes les saisons que se pose le candidat du Hezbollah agréé par la France. Or sans nécessairement mettre en doute la bonne foi du député Sleiman Frangié, il faut tout de même rappeler qu’en fait de belles promesses, le Liban a été échaudé plus d’une fois. On a vu ainsi saborder froidement, par défection massive de ministres, un gouvernement, au moment précis où son chef était reçu à la Maison-Blanche. On a vu la milice renier outrageusement l’engagement national de se tenir à l’écart du conflit de Syrie. Et de là où on attendait du régime Aoun la libanisation d’un Hezbollah inféodé à l’Iran, c’est exactement l’inverse qui s’est produit. À ces manquements délibérés à la parole donnée peuvent évidemment s’ajouter les impondérables, accidents de parcours, subites urgences et autres impératifs et cas de force majeure, si fréquents dans notre partie du monde.


Il est bien trop tôt pour savoir si, à son tour, le Qatar en viendra à produire un président sous un somptueux emballage d’assurances et de serments sur l’honneur. Ce qui est certain en revanche, c’est que la notion de garanties ne saurait revêtir de sens qu’une fois couplée avec celle de crédibilité : crédibilité de tout prétendant au siège présidentiel, bien entendu ; crédibilité aussi et surtout des puissances qui lui ont fait crédit. Et qui, de la plus objective des manières, sont tenues de garantir le garant libanais : de sévir autrement qu’à coups de remontrances, s’il vient à se dédire.


De ce jeu de petites poupées russes s’emboîtant l’une dans l’autre, le Liban ne sort évidemment pas grandi.

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com


Après les stériles concertations à cinq tenues à Paris, voici donc que le Qatar propose ses bons offices en vue d’un règlement de la crise présidentielle libanaise. Le minuscule mais fort influent émirat peut d’ailleurs se vanter d’un premier succès diplomatique en la matière, avec le consensus réalisé en 2008, à Doha même, autour de la personne du général Michel...