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Culture - Scène

À la Fondation Corm, on fait désormais du théâtre

Zahi Tabet et Myriam Watfa présentent « Beyrouth Hôtel », une pièce écrite par Remi De Vos et mise en scène par les deux acteurs, suivie d’une lecture de deux poèmes de Gebran Khalil Gebran pour célébrer le centenaire du « Prophète ».

À la Fondation Corm, on fait désormais du théâtre

Zahi Tabet et Myriam Watfa dans « Beyrouth Hôtel ». Photo DR

Il convient d’abord de louer l’initiative, celle d’utiliser un des espaces de la Fondation Corm (bâtiment mythique construit en 1929) pour présenter une petite pièce de théâtre et peut-être donner l’exemple à d’autres performances à venir. Au rez-de-chaussée de la belle construction en blanc, sis rue Habib Bacha el-Saad, secteur du Musée national, ce qui fut jadis un salon de musique où l’on pouvait écouter toutes les musiques du monde, accueille un public ravi de se trouver dans un si bel endroit. Charles Corm (1894-1963), l’humaniste, poète, grand amoureux de littérature et de musique et entrepreneur fondateur des lieux, exigeait, semble-t-il, comme le raconte son fils, qu’une fois par jour, ses enfants suspendent leurs activités pour venir dans cette pièce écouter de la musique le temps de former leur oreille musicale.Pour présenter Beyrouth Hotel, une pièce de théâtre écrite par Remi De Vos, Myriam Watfa et Zahi Tabet ont installé le décor d’un hall d’accueil et d’une chambre d’hôtel dans la Fondation Corm. Elle est pharmacienne de profession, lui est directeur financier et tous les deux font du théâtre par passion. S’ils ont choisi ce cadre, c’est qu’il est à lui seul un espace dont les murs murmurent tant d’histoires et déploient tant de beauté. Ensemble, ils ont repris le texte de Remi De Vos et, seuls, l’ont mis en scène.

Une Libanaise et un Parisien

C’est l’histoire d’un dramaturge qui se rend à Beyrouth afin de rencontrer un éventuel metteur en scène intéressé par sa pièce. Celui-ci se révélera être le Godot de la pièce. On ne le verra jamais, l’auteur non plus. Descendu dans un hôtel en pleine ville, l’auteur passe son temps entre sa chambre et le hall d’accueil où il bavarde avec la réceptionniste. Le public assiste à une performance des acteurs, qui ne sont pas deux, mais trois, car le téléphone incarne à lui seul un troisième personnage important. Il est l’ami à qui il confie tous ses secrets et par le biais duquel le spectateur comprendra que ses pièces ne rencontrent aucun succès, que sa femme l’a quitté et que le metteur en scène tant attendu ne viendra pas. S’établit alors un semblant de relation avec la réceptionniste. Myriam Watfa campe parfaitement la Libanaise vulgaire et commune, celle qui rêve de coucher avec un Français, celle qui pense qu’à Paris il vaudrait mieux habiter près des Champs-Élysées (elle n’a pas tout à fait tort, 80 % des Libanais ne s’éloignent pas de la place Victor Hugo), et Remy De Vos a bien compris cette mentalité.

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Une Libanaise qui pense qu’il faut jeter les Arabes à la mer, qui ose tout, qui dit tout ce qui lui passe à l’esprit sans complexe, ce qui rend le personnage très drôle, avec ses intonations et ses répliques « à la libanaise ». Elle ne connaît pas Mme Bovary, rêve d’épouser un médecin et vante à son client les qualités des boîtes de nuit et des bars libanais où des parkings remplis de Mercedes accueillent les clients. Entre ces deux êtres que tout sépare, va se nouer une conversation, qu’il refusera d’abord, pour la rechercher ensuite...Lors de la soirée d’ouverture, Zahi Tabet prenait sans doute ses marques et semblait moins à l’aise que sa camarade de scène. Mais si la réceptionniste est protégée par un comptoir qui, quelque part, fait barrage avec le public, l’acteur, lui, fait face au public dans une salle éclairée où le moindre mouvement d’un spectateur est relevé et où la promiscuité n’aide pas. Il est certainement plus aisé de jouer face à une salle obscure sur des planches et loin du public. L’exercice est ardu, mais le texte ne manque pas d’humour, ce qui le sauve lorsqu’il trébuche sur un mot ou semble quelque peu hésitant. Il ne faut pas oublier que ces deux acteurs ne sont pas des professionnels, mais des amoureux du théâtre et leur performance donnée dans un but non lucratif (tous les bénéfices étant reversés à l’association Cap-Ho qui vient en aide aux enfants hospitalisés au Liban). Rien que pour leur courage et la magie des lieux, cette pièce mérite le déplacement.

Beyrouth Hôtel

Un spectacle produit, mis en scène et interprété par Zahi Tabet et Myriam Watfa.

À la Fondation Charles Corm.

Les 10, 11 et 12 mars.

Spectacle à 20h et, pour celles et ceux qui le souhaitent, visite de la maison à 19h.

Prix du billet : 10 $.

Il convient d’abord de louer l’initiative, celle d’utiliser un des espaces de la Fondation Corm (bâtiment mythique construit en 1929) pour présenter une petite pièce de théâtre et peut-être donner l’exemple à d’autres performances à venir. Au rez-de-chaussée de la belle construction en blanc, sis rue Habib Bacha el-Saad, secteur du Musée national, ce qui fut jadis un salon de...
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