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Gouraud et la France coloniale

Gouraud et la France coloniale

D.R.

Henri Gouraud, 1867-1946, a été l’un des Français les plus célèbres de la première moitié du XXe siècle. Aujourd’hui, il est surtout connu pour ses trois années au Proche-Orient où il a joué un rôle essentiel dans la fin du Royaume arabe de Fayçal et la création de l’État du Grand Liban. Cette biographie, due à la meilleure spécialiste du personnage, une historienne reconnue de l’armée française, s’appuie sur l’extrême richesse des archives Gouraud rendues disponibles ces vingt dernières années.

Né dans une famille aisée de tradition catholique, il choisit la voie militaire et sort officier de Saint-Cyr en 1890. Il se détourne très vite de la vie de garnison dans l’attente de la revanche contre l’Allemagne pour choisir l’aventure coloniale.

En 1894, il est affecté au « Soudan français », le long de la boucle du Niger. C’est une conquête assez violente, une guerre de domination où les Français répondent toujours à l’hostilité suscitée par leur présence par un emploi démesuré de la force. Contrairement à la légende, ces coloniaux restent toujours sur le contrôle de la métropole. Gouraud devient un colonial alternant les activités administratives les plus basiques avec les combats. En même temps, il s’initie au jeu politique bénéficiant rapidement du soutien du « parti colonial », groupe de pression réunissant politiques, journalistes, universitaires, hommes d’affaires. Ce sera un soutien puissant pour le reste de sa carrière.

En 1898, il s’illustre par un coup de force audacieux qui aboutit sans coup férir à la capture du plus grand adversaire des Français, Samory.

En 1900, le capitaine Gouraud est affecté dans les régions sahéliennes. Il devient un « Saharien ». Comme colonial, il est pleinement un officier administrateur. En 1907, le colonel Gouraud reçoit la charge de la Mauritanie et y gagne une véritable stature de chef de guerre, sérieux, solide et fiable, capable de comprendre que la guerre passe aussi par la diplomatie. En 1911, il fait son stage au Centre des Hautes Études Militaires, surnommé « L’École des maréchaux », qui vient d’être créé.

Ensuite, il part pour le Maroc et devient rapidement le second de Lyautey : « Tous deux sont assez différents : l’un est excessif, en représentation théâtrale permanente tandis que l’autre est calme, réservé voire austère, d’une nature discrète. Ils éprouvent l’un pour l’autre non seulement de la sympathie, mais aussi de l’admiration. » Il devient le plus jeune général de sa génération.

En septembre 1914, il rentre en France avec une partie de ses troupes coloniales et prend le commandement du front de l’Argonne. En 1915, il reçoit la charge du contingent français de la bataille des Dardanelles. Le 30 juin 1915, il est grièvement blessé et doit être amputé du bras droit.

Il reprend du service à la fin de 1915 par une mission en Italie. Joffre lui confie le commandement de la IVe armée en Champagne, poste qu’il va occuper sauf durant l’intermède de suppléer Lyautey au Maroc. Durant l’été 1918, sa IVe armée fait plus d’un demi-million d’hommes. Il est le vainqueur de Ludendorff le 15 juillet, mettant fin aux grandes offensives allemandes. Ensuite, c’est la reprise de la guerre de mouvement.

Après l’armistice, il est le « libérateur de Strasbourg ». Il procède à la démobilisation progressive de sa IVe armée.

À la fin de 1919, il reçoit le double titre de haut-commissaire de la République en Syrie et de commandant en chef de l’armée du Levant. Il cumule ainsi les fonctions de chef militaire, d’administrateur et de diplomate.

Julie d’Andurain insiste sur le fait que durant la complexe année 1920, Gouraud est toujours en étroit contact avec les décideurs à Paris et qu’il a tenté jusqu’au bout de trouver un compromis avec Fayçal. La guerre menée par les « bandes arabes » contre les Français et les revers de ces derniers en Cilicie a conduit à l’affrontement final. La création du Grand Liban correspond à toute une évolution politique commencée plusieurs années avant.

Gouraud avait de grands projets de développement économique pour le Levant, mais il doit affronter la baisse drastique du budget qui lui a été accordé : 185 millions de francs en 1920, 120 millions en 1921, à 50 millions en 1922. Le général désabusé demande à retourner en France et quitte le pays en novembre 1922.

Le reste de sa vie est chargé. Il est gouverneur militaire de Paris, reçoit de nombreuses missions protocolaires et diplomatiques et s’occupe des Anciens Combattants. En 1937, il est mis à la retraite. Après 1940, refusant d’admettre la défaite et la collaboration, il se réfugie dans la religion et finalement dans un travail d’écriture centré sur son activité en Afrique. Il reçoit des obsèques nationales en 1946 et est inhumé au monument aux morts de Champagne qu’il a contribué à édifier.

Ce livre est d’une richesse exceptionnelle grâce à la longue familiarité de l’autrice avec les archives. On y trouve de nombreux éclaircissements sur les conditions réelles de la guerre coloniale, loin des légendes noires ou dorées qui lui ont été appliquées. Cette biographie rassemble autour de son personnage central des histoires économiques, sociales, culturelles, toujours avec érudition et discernement.

Il y a ainsi de très beaux aperçus sur les conditions des femmes de la bonne société prodiguant des soins aux blessés durant la guerre. S’y ajoutent de belles pages sur le culte des morts de la Grande Guerre et sur les anciens combattants. Cette première biographie complète de Gouraud apporte beaucoup à la compréhension de l’histoire de la IIIe République, de son expansion coloniale et de la Grande Guerre.

Le Général Gouraud. Un destin hors du commun de l’Afrique au Levant de Julie Andurain, Perrin, 2022, 512 p.


Henri Gouraud, 1867-1946, a été l’un des Français les plus célèbres de la première moitié du XXe siècle. Aujourd’hui, il est surtout connu pour ses trois années au Proche-Orient où il a joué un rôle essentiel dans la fin du Royaume arabe de Fayçal et la création de l’État du Grand Liban. Cette biographie, due à la meilleure spécialiste du personnage, une historienne...

commentaires (2)

Les pays amis qui étaient naguère amis de la France sont désormais des lieux où le président français ( et la France ) est devenu PERSONA NON GRATA. Ailleurs, le rayonnement français n’est pas vraiment au beau fixe. Par exemple, en Ukraine, Emmanuel Macron ( et la France ) suit la ligne dictée par …. la Commission européenne ! AVANT on COLONISER , maintenant on EST COLONISE et se contenter d’anciens souvenirs .

aliosha

12 h 25, le 19 mars 2023

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Commentaires (2)

  • Les pays amis qui étaient naguère amis de la France sont désormais des lieux où le président français ( et la France ) est devenu PERSONA NON GRATA. Ailleurs, le rayonnement français n’est pas vraiment au beau fixe. Par exemple, en Ukraine, Emmanuel Macron ( et la France ) suit la ligne dictée par …. la Commission européenne ! AVANT on COLONISER , maintenant on EST COLONISE et se contenter d’anciens souvenirs .

    aliosha

    12 h 25, le 19 mars 2023

  • Un parfait exemple d’un COLONIALISTE qui a laissé « après » lui RIEN DE BON . Principe de DIVISONS POUR GOUVERNER dont les CONSÉQUENCES, aujourd’hui , chez NOUS , en AFRIQUE et dans SES colonies sont tellement …… SANGLANTES .

    aliosha

    10 h 54, le 19 mars 2023

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