Rechercher
Rechercher

Politique - Tragédie du port

Polarisation politique aiguë autour de l’affaire William Noun

Pris en tenailles, le CPL met le paquet sur le tandem chiite.

Polarisation politique aiguë autour de l’affaire William Noun

William Noun félicité par le chef des Kataëb, Samy Gemayel, après sa sortie de détention, samedi soir, du siège de la Sûreté de l’État à Ramlet el-Bayda. Anwar Amro/AFP

On l’appelle désormais l’affaire William Noun : l’incarcération, le week-end dernier, du frère de Joe Noun, qui a perdu la vie dans la double explosion au port de Beyrouth le 4 août 2020, auprès de quelque 230 autres personnes. Depuis plus de deux ans, William réclame justice pour son frère, aux côtés des proches de victimes. Il n’a cessé de lutter, de quémander, de supplier, pour que la justice suive son cours et identifie les responsables. Mais il a fini par laisser éclater sa colère il y a quelques jours, contre un pouvoir politique clairement déterminé à enterrer le dossier après avoir lié les mains du juge Tarek Bitar, en charge de l’enquête, pour avoir mis en cause plusieurs responsables politiques et sécuritaires, dont notamment deux proches du président du Parlement Nabih Berry, les anciens ministres Ghazi Zeaïter et Ali Hassan Khalil.

Lors d’une récente manifestation, avec d’autres parents de victimes de la funeste explosion, William Noun s’était introduit au Palais de justice de Beyrouth, où ils avaient « brisé des vitres », selon les accusations dont il fait l’objet. Lors d’une émission télévisée jeudi dernier, il s’était une nouvelle fois emporté, assurant qu’il était « prêt à faire exploser le Palais de justice », selon ces mêmes accusations. La décision de l’avocat général près le parquet d’appel de Beyrouth, le juge Zaher Hamadé, n’a pas tardé. Ce proche du président Berry a réclamé l’arrestation de William, pour atteinte à la sécurité de l’État. Et pour procéder à l’arrestation du jeune homme, le juge Hamadé a chargé le département de la Sécurité de l’État, un appareil dirigé par Tony Saliba, proche de l’ancien président Michel Aoun, lui-même impliqué par le juge Bitar et finalement soustrait à l’enquête. William Noun est désormais libre, sous caution d’élection de domicile, depuis samedi après-midi. Il doit toutefois se présenter ce matin à la caserne Barbar el-Khazen de Verdun pour y être une nouvelle fois interrogé, avec douze de ses compagnons d’infortune.

Entre les pour et les contre, la polémique éclate

L’affaire William Noun n’a pas laissé l’opinion indifférente, pas plus que la classe politique. Non seulement elle reflète le bras de fer qui se joue entre les familles des victimes de l’explosion du 4 août et les autorités libanaises, à l’heure où ces dernières tentent par tous les moyens possibles, et par la justice même, de saper le mouvement de revendication dans le dossier du port. Elle est surtout au cœur d’une querelle qui enflamme les réseaux sociaux et divise la classe politique sur le bien-fondé de l’arrestation du jeune militant qui s’insurge contre un déni de justice. Comme si la polarisation entre les pro-8 Mars (le camp du Hezbollah) et les pro-14 Mars aux côtés des députés de la contestation faisait son retour en force. Une polarisation qui laisse un peu le Courant patriotique libre sur le carreau.

Portrait

William Noun, le (vrai) résistant...

D’une part, ceux qui minimisent la portée de l’arrestation de William Noun estiment la sanction bien à propos, ou l’accusent, par ses propos et ses actes, de représenter effectivement un danger pour la sécurité de l’État. Il s’agit principalement du tandem chiite et de ses alliés. Alors qu’ouvertement ce camp, par la voix du ministre de la Culture Mohammad Mortada, se « défend de toute intervention », se disant « contre tout ce qui risque de mener au chaos », une source ministérielle proche du Hezbollah indique à L’OLJ que « le juge Hamadé a bien appliqué les procédures légales prévues dans ce genre de situation ». Un observateur gravitant dans la même sphère estime pour sa part que « l’arrestation de William Noun ne serait qu’une mise en garde adressée aux familles des victimes contre toute escalade future, surtout avec l’arrivée de la délégation judiciaire européenne ». (Si une délégation enquête sur des malversations financières dans lesquelles serait impliqué le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé, la justice française, elle, a dépêché un magistrat pour se pencher sur l’enquête du port.)

Khalaf dénonce une arrestation arbitraire

Face au tandem chiite, ceux qui défendent William Noun bec et ongles. Partis de l’opposition en tête, Forces libanaises, Kataëb et nombre de députés issus de partis traditionnels ou de la contestation populaire n’ont pas hésité à protester ouvertement contre l’arrestation du jeune homme et à participer au sit-in des familles de victimes, devant le siège de la Sécurité de l’État, à Ramlet el-Bayda. Parmi les protestataires, les députés Élias Hankache, Ibrahim Mneimné, Mark Daou, Melhem Khalaf, Salim Sayegh, Razi el-Hage, Najate Saliba… Pour le chef des Kataëb, Samy Gemayel, qui souligne l’influence du Hezbollah, l’arrestation s’inscrit dans le cadre d’un « plan visant à clore le dossier du port et faire taire les parents des victimes ». L’ancien bâtonnier de Beyrouth le député Melhem Khalaf dénonce pour sa part une « arrestation arbitraire ». De son côté, le député des FL Ziad Hawat appelait dès vendredi soir à la « fermeture de toutes les routes », montrant du doigt « une justice en panne et politisée ». Quant au député Marwan Hamadé, proche du leader druze Walid Joumblatt, il estime que « la manière de se comporter avec William Noun est un nouvel assassinat ciblant tous les Libanais », et que nous sommes « au bord d’une révolte bien plus importante que celle de 2019 ». Notons aussi l’intervention du secrétaire général du Bloc national, Michel Helou, qui considère l’arrestation du jeune militant non seulement « contraire à la loi, mais aussi à toutes les normes humaines et morales ».

L'édito d'Anthony SAMRANI

Des millions de William Noun

Dans ce dossier, le CPL n’a « pas d’alliés »

Entre ces deux pôles diamétralement opposés, le Courant patriotique libre dirigé par Gebran Bassil semble tiraillé. S’il appelle effectivement la justice à faire son devoir, le rôle qu’a joué la Sécurité de l’État dans l’arrestation de William Noun et l’attitude du Hezbollah l’ont visiblement mis dans l’embarras. « Dans ce dossier nous n’avons pas d’alliés. Nous sommes contre la détention de William Noun et voulons savoir la vérité sur le drame du port », commentait samedi Jimmy Jabbour, député du CPL. Ce dernier a toutefois défendu le patron de la Sécurité de l’État, soulignant que ce dernier « ne faisait qu’exécuter un ordre émis par le pouvoir judiciaire ».

Le parti créé par Michel Aoun ne ménage pas ses efforts pour faire libérer l’ancien directeur des douanes libanaises Badri Daher qui lui est proche, incarcéré dans le cadre de cette affaire. « Peu importe votre arrogance, vous ne pouvez pas arrêter la justice. Nous continuerons à lutter pour découvrir la vérité sur le port et pour faire libérer ceux qui ont été injustement arrêtés », a tweeté Gebran Bassil. Et comme ses relations avec le tandem chiite battent de l’aile, sur fond de désaccords concernant la présidentielle avec le Hezbollah et d’antipathie à l’égard d’Amal, il n’a pas hésité à le critiquer vertement. « Vous pouvez manipuler certains juges fantoches, mais le Liban aura toujours des juges patriotes désobéissants », a conclu le chef du CPL, dans une allusion claire à l’intervention du tandem dans la justice.

Lire aussi

"La justice est devenue un moyen de vengeance", dénonce Raï après l'arrestation de William Noun

On l’appelle désormais l’affaire William Noun : l’incarcération, le week-end dernier, du frère de Joe Noun, qui a perdu la vie dans la double explosion au port de Beyrouth le 4 août 2020, auprès de quelque 230 autres personnes. Depuis plus de deux ans, William réclame justice pour son frère, aux côtés des proches de victimes. Il n’a cessé de lutter, de quémander, de...
commentaires (6)

William affirme la volonté du vrai libanais en quête de justice. Ni l'ancien goût orange qui s'est transformé en citron aussi jaune que le jaune d'oeuf de poule, ni d'autres partis ne l'auraient éloigné de son plan. Un vrai leader à suivre.

Wlek Sanferlou

03 h 14, le 17 janvier 2023

Tous les commentaires

Commentaires (6)

  • William affirme la volonté du vrai libanais en quête de justice. Ni l'ancien goût orange qui s'est transformé en citron aussi jaune que le jaune d'oeuf de poule, ni d'autres partis ne l'auraient éloigné de son plan. Un vrai leader à suivre.

    Wlek Sanferlou

    03 h 14, le 17 janvier 2023

  • Et si William Noun était affilié ou proche du parti orange, vous lui auriez tressé couronnes et lauriers ? Je pense que niet .

    Hitti arlette

    14 h 52, le 16 janvier 2023

  • Un point positif sur cette arrestation, ça a permis à faire connaître ces résistants de toutes les heures et à rendre le nom de NOUN célèbre puisqu’il est devenu un symbole de dignité et de fierté. Espérons une contagion des libanais

    Sissi zayyat

    13 h 17, le 16 janvier 2023

  • Comme notre pays pue! Heureusement qu'il y a encore des gens honnêtes, même s'ils ne forment qu'une petite minorité. Il faudrait que tous les libanais fassent fi de leur zaims et partis politiques et descendent tous à la rue avec une seule voix "je suis libanais avant tout" Est-ce une utopie?

    CW

    11 h 14, le 16 janvier 2023

  • C'est une constante du Hezb : Il tue et veut que tout le monde accepte de souscrire volontairement la version erronee qui l'innocente.

    Michel Trad

    00 h 17, le 16 janvier 2023

  • Depuis le Biel, la Marina de Dbayeh, la Costa Brava et d'autres realisations de meme genre, notamment "Palm Island" au Qatar par exemple, l'expression Libanaise " Y rouh y ballet el bahr" (qu'il aille paver la mer) a perdu son caractere insultant. Non ????

    Michel Trad

    00 h 14, le 16 janvier 2023

Retour en haut