Les secours ukrainiens s’activaient encore hier, dimanche 15 janvier, pour sauver des vies après une frappe russe contre un immeuble résidentiel de Dnipro. Clodagh Kilcoyne/Reuters
« Tout se déroule selon les plans », a assuré Vladimir Poutine. Le chef du Kremlin a ainsi affirmé que la campagne russe en Ukraine suivait une « dynamique positive » après l’annonce de la capture de la modeste ville de Soledar, présentée comme une victoire à Moscou. « J’espère que nos combattants vont encore nous ravir plus d’une fois avec leurs résultats militaires », a-t-il déclaré dans une interview à la télévision publique russe diffusée hier. Interrogé sur le tarmac d’un aéroport, près de l’avion présidentiel russe, il répondait à la question d’un journaliste de la chaîne Rossia-1 l’interrogeant sur les « nouvelles venant de Soledar » que l’armée russe a affirmé vendredi avoir conquise.
La prise de cette petite localité a été présentée à Moscou comme un succès après plusieurs mois de déconvenues, notamment les retraits à l’automne de la région de Kharkiv (Est) et de la grande ville de Kherson (Sud) face à des contre-offensives ukrainiennes. Selon Moscou, la conquête de Soledar est une étape importante pour encercler la ville voisine de Bakhmout, que l’armée russe et le groupe paramilitaire Wagner cherchent à conquérir depuis des mois. Samedi, le gouverneur de la région de Donetsk Pavlo Kirilenko a toutefois assuré que Soledar est toujours « sous contrôle » ukrainien, et que « les combats continuent dans la ville et à l’extérieur ».
Une nouvelle vague de bombardements a touché samedi plusieurs villes et sites ukrainiens, notamment un immeuble résidentiel à Dnipro, dans l’est du pays. L’armée ukrainienne a affirmé que le bâtiment avait été frappé par un missile Kh-22, disant ne pas avoir de défenses antiaériennes permettant d’abattre ce type d’engin. Le bilan provisoire est de 25 morts, 73 blessés, dont 13 enfants, et 43 disparus, a déclaré le président Volodymyr Zelensky sur la messagerie Telegram. Parmi les morts, figure une adolescente de 15 ans. Une vidéo montrait les sauveteurs fouillant dans la nuit les décombres de l’immeuble coupé en deux, et les secours ukrainiens, qui ont réussi à extraire 39 survivants, s’activaient hier encore pour sauver des vies. Mais les chances de retrouver des survivants sont désormais minimes, a averti le maire de Dnipro Boris Filatov. Dans le Sud, à Kryvyi Rig, une personne a été tuée et une autre blessée dans la destruction d’immeubles d’habitation par une frappe, selon un bilan officiel.
Londres promet des chars
« Le monde doit arrêter ce mal », a imploré le président ukrainien Volodymyr Zelensky en dénonçant « la terreur russe ». Au total, « l’ennemi a procédé à trois frappes aériennes et à une cinquantaine de tirs de missiles dans la journée » de samedi, a précisé l’état-major de l’armée ukrainienne. Des coupures de courant ont affecté la plupart des régions du pays après ces nouvelles attaques, selon les autorités ukrainiennes. La Moldavie voisine a affirmé avoir trouvé des débris de missile sur son territoire, près du village de Larga, dans le Nord. Pour sa part, le ministère russe de la Défense a indiqué hier avoir mené la veille « des tirs de missiles » sur « le système de commandement militaire ukrainien et des infrastructures énergétiques qui y sont liées » en assurant avoir atteint leur objectif.
Le Royaume-Uni a quant à lui promis samedi la livraison, « dans les prochaines semaines », de 14 chars lourds Challenger 2 à l’Ukraine. Cette livraison reflète « l’ambition du Royaume-Uni d’intensifier son soutien à l’Ukraine », a déclaré le Premier ministre britannique Rishi Sunak au président ukrainien Volodymyr Zelensky lors d’un appel téléphonique. Le Royaume-Uni devient ainsi le premier pays à s’engager à envoyer en Ukraine ce type de blindés. M. Zelensky a remercié Londres pour avoir pris des décisions qui « non seulement nous renforceront sur le champ de bataille, mais enverront également le bon signal aux autres partenaires ».
Kiev avait déjà reçu de ses alliés près de 300 chars lourds de conception soviétique, mais toujours aucun de fabrication occidentale. La Pologne s’était déjà dite prête mercredi à livrer 14 chars lourds Leopard 2 de conception allemande, ce qui requiert l’aval de Berlin. Plusieurs États occidentaux ont en outre récemment annoncé la fourniture de chars plus légers. La diplomatie russe a estimé que cet envoi d’armes n’allait « en rien accélérer la fin des hostilités militaires, mais seulement les intensifier en provoquant de nouvelles victimes ».
Ankara se propose en médiateur
Pays membre de l’OTAN, la Turquie a pour sa part renouvelé son offre de médiation à Kiev et Moscou pour sortir de la guerre. En attendant un moment plus favorable à un large accord de paix, Ankara se dit prêt à promouvoir si besoin des accords de « cessez-le-feu localisés » et « une désescalade à petite échelle », selon l’un des proches conseillers du président Recep Tayyip Erdogan et porte-parole de la présidence turque Ibrahim Kalin, pour lequel ni la Russie ni l’Ukraine « n’est en situation de l’emporter militairement ». Depuis le début de la guerre, la Turquie a marqué des points sur le terrain de la médiation, notamment avec l’accord signé l’été dernier sur les exportations de céréales ukrainiennes en mer Noire via le Bosphore (près de 18 millions de tonnes exportées à ce jour) et la facilitation d’échanges de prisonniers de guerre.
Pour M. Kalin, tout accord de paix devra être « plus large » et associer les « principaux acteurs » internationaux, comme les États-Unis et l’Union européenne. Il prévient néanmoins que « la guerre ne peut pas prendre fin selon les termes des grandes puissances (occidentales) : tout plan de paix qui n’associerait pas Moscou serait voué à l’échec ». « La Russie veut être respectée en tant qu’acteur majeur et obtenir des garanties de sécurité, notamment que l’OTAN n’entrera pas dans son arrière-cour », a-t-il avancé, jugeant que « Moscou souhaite une nouvelle architecture internationale ». Pour sa part, « l’Ukraine n’intégrerait pas l’OTAN, mais recevrait elle aussi des garanties de sécurité à ses frontières ».
Sources : agences

