Photo d’illustration Kirill Kudryavtsev/AFP.
Le temps a trop vite couru, et voilà qu’il gagne la ligne de finale.
Il est désormais temps de mettre la liste de « résolutions » à accomplir pendant l’année qui s’annonce. C’est le temps de rompre, silencieusement, le lien avec les gens qui font plus de mal que de bien. C’est le temps de réaliser que les chagrins de l’année passée seront les graines qui vont permettre la floraison de soi durant le nouvel an. C’est le temps de tourner la page, de commencer à écrire le prélude d’une nouvelle histoire ou d’un nouveau roman aux personnages et à l’intrigue encore inconnus. C’est le temps de détruire la cage qui empêche notre envol tel un oiseau survolant la Terre et les pays. C’est le temps de guérir, de se soigner, de cicatriser les blessures béantes qui ont meurtri notre petit cœur. C’est le temps d’aller mieux.
Oui, c’est le temps de se récupérer et de récupérer tout ce qui a été perdu dans l’étoffe du temps. Il est temps de s’applaudir au lieu de se rabaisser. Il est temps de réaliser qu’on ne peut revenir en arrière, mais qu’on peut, à tout moment, commencer à nouveau. Il est temps de créer une nouvelle version de soi-même. Il est temps de vivre pour aujourd’hui, dans l’instant présent, de ne pas mettre en vain sa main dans la corbeille du passé ou dans celle du futur. Il est temps de commencer à vivre, et non à survivre au jour le jour ou à respirer et à exister sans but. Il est temps de vivre une vie sans regrets. Il est temps de reconnaître la précarité du temps, ce dieu sinistre qui assure sa victoire, de reconnaître qu’il ne nous attend pas car la vie se poursuit malgré tout ; elle reprend sa course interminable, même si, nous, on est figés, coincés quelque part. Il est temps de réaliser que la vie est un livre et qu’on est nous-mêmes les auteurs de ce livre.
Il est temps de se glisser doucement hors de son lit pour aller contempler le lever du Soleil. Il est temps de profiter du temps où l’on boit son café le matin ou du temps où l’on prépare notre petit déjeuner. Il est temps de se contenter d’une petite marche face au coucher du Soleil, de se contenter d’un repas délicieux suite à une faim de loup. Il est temps de parler régulièrement aux gens que l’on aime, de leur rappeler ce fait. Il est temps d’avoir une bonne bouffe en famille et de s’offrir des câlins car demain n’est pas garanti. Pour cela, il est temps de profiter de chaque moment.
Il est temps d’écouter cette chanson qui nous apaise pour quelques minutes et qui nous fait oublier les longs chemins parsemés d’embûches et sans issue qu’on a à tâtonner. Il est temps de ressentir le soleil sur sa peau et de reconnaître la joie de vivre, d’être, d’aimer, de faire, d’avoir, de danser, de lire, d’écrire. Il est temps d’exaucer ses rêves, de rêver comme si nous n’avons rien à perdre, comme l’innocence d’un enfant. Il est temps d’être ivre de la vie, de vin, d’amour, de poésie, de n’importe quelle possibilité. Il est temps de lire Le Petit Prince pour une millième fois, de lire Nietzsche sans rien comprendre et d’apprendre la littérature, la philosophie, la mythologie. La psychologie, la neurologie, l’astronomie, tous ces domaines diversifiés qui peuvent nous distraire du poids de l’existence. Il est temps de s’engager à apprendre et à cultiver son jardin, à arroser les petites roses qui grandissent au fond de ce jardin. Il est temps d’être plus heureux que Schopenhauer, le philosophe préféré du déprimé.
Il est temps de ressentir toutes les émotions qui puissent exister, toutes les variations qui puissent être, de faire toutes les choses qui nous sont offertes, de profiter de chaque opportunité et de chaque porte qui nous est ouverte. Oui, il est temps de profiter des petites choses insignifiantes dans la vie, ces choses qui rendent la vie supportable sans s’en rendre compte. Il est temps de réaliser que le bonheur n’est pas dans les choses cruciales, mais qu’il se retrouve dans l’imprévisible, dans les petites choses, comme dans le fait de recevoir un compliment de la part d’un étranger. Oui, il est temps de sourire lorsque l’on retrouve une pièce de monnaie qu’on ne croyait pas avoir dans la poche de notre manteau. Il est temps de faire son lit chaque matin, de se lever et d’aller mettre en mots les choses positives qu’on constate, si petites soient-elles, comme le fait d’être ici, respirant, sur Terre, alors que d’autres n’ont pas eu cette chance aujourd’hui. Il est temps de prendre des bains chauds ou froids qui durent peut-être pour des heures, mais qui finissent par nous rafraîchir. Il est temps d’observer la joie de ces petits enfants qui rigolent sans fin, qui sont au sommet de la pente, et de savoir qu’il est possible de grimper la pente à nouveau. Il est temps de gagner de l’espoir à travers ce sourire qu’un étranger nous a envoyé ou peut-être à travers la contemplation de la pluie qui caresse la fenêtre du cocon qui nous abrite. Il est temps d’apprécier l’odeur du pain cuit au four ou une odeur quelconque qu’on aime.
Il est temps de profiter de toutes ces petites choses en cette nouvelle année pour pouvoir, au fil de l’année, évoluer et caresser les parcelles d’un bonheur franchissable. Il est temps de s’élever au-dessus de l’ordinaire, au-dessus d’un monde machinal. Il est temps de voir le monde d’une nouvelle perspective. Il est temps de réaliser que c’est bon d’être vivant, qu’il est tout à fait possible de se trouver un sens propre à soi-même dans un monde qui n’en a aucun. Il est temps de chercher des réponses à ces questions qui nous assaillent, des solutions à ces problèmes qui nous tourmentent. Il est temps de remanier notre façon d’être et de percevoir les choses. Il est temps de cocher la liste des films qu’on veut regarder, de définir le nombre de livres que l’on souhaite lire au fur et à mesure de l’année. D’enfin lire les livres fatigués de se tenir debout sur notre étagère. Il est temps de constater qu’en fin de compte, on n’a que soi-même ; au bout du crépuscule, personne ne peut ressentir ou vivre ce qu’on ressent ou ce qu’on vit, personne. Il est temps de changer de cap. Il est temps de renouer ce qu’on a détricoté. Finalement, il est beau temps de vivre tout simplement, de commencer à vivre, d’apprendre à le faire dans l’incertitude, au milieu du chaos, sous la pluie, dans la noirceur de la nuit, à l’aube, dans le crépuscule trépassé.
Chacun a un soleil dans son intérieur, mais un soleil noir, et c’est à nous de le rallumer, de le faire briller. Que cette nouvelle année change alors la nuit en jour pour tous, qu’elle apporte une montée en flèche de cette délicate molécule, la sérotonine, que rien ne nous déroute de la trajectoire en direction du bonheur. Que tout le monde, en chantant, en dansant, comme un enfant ou comme un vieillard au cœur d’enfant, puisse voir comme le monde est beau et combien de possibilités toujours naissantes nous sont offertes. Plus on regarde le ciel, plus on voit les étoiles étincelantes qui se logent là-dedans. Alors, plus on se focalise sur le bonheur éthéré, plus on constate les bénédictions qu’il confère et qui se cache là-dedans et plus on l’attire envers nous.
2023, une nouvelle page parsemée d’une myriade d’étoiles.
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