Un membre des services ukrainiens en poste près de la frontière avec la Biélorussie, le 27 décembre. Viacheslav Ratynskyi/Reuters
L’Ukraine a dénoncé des frappes « massives » de dizaines de missiles russes, hier matin, visant plusieurs régions, dont la capitale Kiev. Une nouvelle salve destinée à détruire les infrastructures énergétiques du pays en plein hiver. « L’ennemi attaque l’Ukraine sur plusieurs fronts avec des missiles de croisière tirés depuis des avions et des navires », a indiqué l’armée de l’air sur les réseaux sociaux. Même si l’armée ukrainienne s’est félicitée d’avoir abattu 54 des 69 missiles russes lancés contre l’Ukraine, selon le commandant en chef des forces armées Valéry Zaloujny, le pays se retrouve confronté à de nouveaux dégâts sur son réseau électrique, déjà très endommagé par près de trois mois de bombardements de ce type. L’armée de l’air a par la suite fait état de 11 drones explosifs Shahed, de fabrication iranienne, qui ont également été détruits.
Côté russe, la défense antiaérienne russe a abattu hier « un objet non identifié » près de la base militaire clé d’Engels, située à 500 kilomètres de la frontière ukrainienne et déjà frappée lundi par une attaque meurtrière au drone attribuée à l’Ukraine. Un missile antiaérien ukrainien s’est par ailleurs écrasé hier en Biélorussie, selon les autorités de cette ex-république soviétique alliée de la Russie et soutenant son offensive contre l’Ukraine. Minsk a ainsi convoqué hier soir l’ambassadeur ukrainien pour « protester contre le tir d’un missile » S-300 « depuis le territoire de l’Ukraine en direction de celui de la Biélorussie », que le ministère de la Défense biélorusse avait annoncé plus tôt avoir « abattu » dans la région de Brest (Sud-Ouest). « La partie biélorusse a exigé de mener immédiatement une enquête approfondie sur les circonstances du tir de ce missile, de punir les responsables et de prendre des mesures globales pour empêcher de tels incidents à l’avenir qui pourraient avoir des conséquences catastrophiques », a indiqué la diplomatie biélorusse dans un communiqué.
Dans le froid et le noir
Après une série de revers militaires sur le terrain à la fin de l’été et à l’automne, le Kremlin a changé de tactique et commencé en octobre à frapper régulièrement, avec des salves de dizaines de missiles et de drones, les transformateurs et centrales électriques de l’Ukraine. Avec à la clef de graves pénuries énergétiques et des millions d’Ukrainiens plongés dans le froid et le noir. Kiev réclame en conséquence à ses alliés occidentaux d’augmenter urgemment leur aide militaire pour doter le pays de plus de systèmes de défense antiaérienne.
Les bombardements d’hier interviennent notamment à quelques jours du Nouvel An. Lviv, la grande ville de l’ouest de l’Ukraine, était à 90 % privée d’électricité après ces frappes. « Les trams et trolleybus ne roulent plus dans la ville, il pourrait y avoir des coupures d’eau », a indiqué le maire de la ville Andriï Sadovy sur le réseau social Telegram. À Kiev, à la mi-journée, ce sont 40 % des habitants qui étaient sans électricité du fait des frappes sur des infrastructures à l’extérieur de la ville. Selon un responsable militaire de la ville, la défense antiaérienne a pu abattre la totalité des 16 missiles russes ayant visé la capitale. « Chargez vos téléphones et autres appareils. Faites des réserves d’eau », a écrit sur Telegram, à l’attention de ses administrés, le maire de Kiev Vitali Klitschko.
À Odessa, grand port du sud-ouest de l’Ukraine, 21 missiles russes ont été abattus par la défense antiaérienne ukrainienne, selon le gouverneur Maksym Martchenko. Mais d’autres ont touché leur cible, si bien qu’il y a « des coupures de courant » dans la ville, a-t-il précisé. À Kharkiv, dans le Nord-Est, à la frontière avec la Russie, des bombardements ont également visé « l’infrastructure critique », selon le gouverneur Oleg Sinegoubov, qui a ajouté que « le bilan des destructions et des victimes était en train d’être établi ».
Perspectives de paix lointaines
Le président russe Vladimir Poutine a, lui, justifié début décembre cette tactique des frappes massives affectant des millions de civils en estimant qu’elles constituaient une réplique à des attaques ukrainiennes contre des infrastructures russes. Il présente en outre toujours son invasion de l’Ukraine, qui dure depuis plus de 10 mois au prix de lourdes pertes, comme une nécessité pour la sécurité nationale, assurant que l’Occident se servait de l’Ukraine comme d’une tête de pont pour menacer la Russie. Encore mercredi, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a estimé que la guerre avait été « préparée par l’Occident via l’Ukraine » contre la Russie.
Confronté à de graves revers militaires face à des Ukrainiens galvanisés et armés par l’Occident, Moscou a mobilisé 300 000 réservistes, des civils donc, pour stabiliser les fronts. Le Kremlin revendique en outre l’annexion de quatre régions du Sud et de l’Est ukrainiens que l’armée russe occupe en partie. Les combats continuent par ailleurs de faire rage, avec une bataille particulièrement sanglante pour Bakhmout, ville de l’Est que la Russie tente de conquérir depuis des mois, et Kreminna, que les forces ukrainiennes tentent de reprendre. Kherson, grande ville du Sud d’où les forces russes ont fui le 11 novembre, est désormais la cible de frappes russes presque quotidiennes.
Les perspectives de pourparlers de paix sont, elles, quasi inexistantes. L’Ukraine réclame le retrait de toutes les forces russes du pays, quand Moscou veut au minimum que Kiev lui cède les quatre régions dont le Kremlin revendique l’annexion depuis septembre ainsi que la Crimée annexée en 2014.
Source : AFP


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