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Politique - Liban

Quand les forces de l’ordre font les frais des bras de fer politiques

Le ministre de la Défense assure à « L’OLJ » que son refus de signer le décret accordant une aide aux militaires est une position de principe, de même que son opposition à la prorogation du mandat de deux généraux. 

Quand les forces de l’ordre font les frais des bras de fer politiques

Le commandant en chef de l\'armée, Joseph Aoun, et le Premier ministre sortant, Nagib Mikati, au Sérail, le 14 décembre 2022. Photo fournie par le bureau de presse du chef du gouvernement.

Les institutions militaires et sécuritaires se retrouvent, une fois de plus, noyées dans les dédales de la politique politicienne. Le bras de fer opposant le Premier ministre sortant, Nagib Mikati, au camp aouniste mené par le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, paralyse complètement l’action du gouvernement et empêche (jusqu’ici) la tenue d’un Conseil des ministres. Entre-temps, le spectre d’un double vide plane sur le conseil militaire (organe de prise de décision au commandement en chef de l’armée), quelques jours avant le départ à la retraite de deux de ses membres, dont les successeurs devraient être nommés par un cabinet… bloqué jusqu’à nouvel ordre. Autre conséquence de la paralysie ministérielle : le gel d’un décret officialisant une aide sociale accordée aux militaires, le ministre sortant de la Défense, Maurice Slim, exigeant que le décret en question soit contresigné par ses 24 collègues en période de vacance présidentielle.

L’aide sociale aux militaires
Mercredi soir, le chef du gouvernement sortant a annoncé, dans un communiqué publié par son bureau de presse, avoir demandé au ministre de la Défense de signer ce décret accordant une aide sociale aux militaires au vu de la grave crise économique qui ronge le pays depuis trois ans. Selon le communiqué, le texte devrait être avalisé par Maurice Slim tel qu’approuvé lors de la séance gouvernementale controversée du 5 décembre, boycottée par les ministres gravitant dans l’orbite du tandem Michel Aoun-Gebran Bassil, dont Maurice Slim.

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« J’ai reçu une copie du décret que M. Mikati devrait signer à deux endroits, en tant que Premier ministre, mais aussi en lieu et place du président de la République (dont le poste est vacant depuis la fin du mandat de Michel Aoun, le 31 octobre dernier), ce que je ne peux aucunement tolérer », explique M. Slim à L’Orient-Le Jour. Il tient à souligner toutefois que sa position « de principe » ne bloque pas les aides accordées aux militaires. « J’ai été le premier – si ce n’est le seul – à plaider en faveur d’une amélioration des conditions de vie des soldats et officiers de l’armée, une institution dont j’ai fait partie pendant quatre décennies », dit le ministre. « Le montant de l’aide dont il est question équivaut au double du salaire. Une somme qui s’ajoute au salaire de base », explique M. Slim, soulignant que tous les militaires sont en train de toucher cette aide, même avant la signature du décret. Où est donc le cœur du problème ? « Le texte ne fait pas mention des compléments de salaire accordés aux officiers de l’armée et des autres services de sécurité, alors que ces allocations sont un droit fondamental aux personnes concernées », affirme Maurice Slim. Ces allocations ont été ajoutées au décret que le ministre a signé et envoyé au Grand Sérail.

M. Slim assure que sa prise de position concernant l'aide sociale aux militaires ne devrait pas être interprétée comme un comportement vexatoire à l’égard du Premier ministre. Mais les milieux du Sérail ne l’entendent pas de cette oreille. « Ce que fait le ministre de la Défense est une tentative politique claire de bloquer le Conseil des ministres », commente Farès Gemayel, le porte-parole de M. Mikati. « Que le ministre de la Défense assume la responsabilité de son choix devant les militaires », lance-t-il.

La vacance au sein du conseil militaire
Le conseil militaire, organe de prise de décision au sein du commandement en chef de l’armée, fait par ailleurs face à un risque de vacance avec le départ à la retraite du chef d’état-major de l’institution militaire, Amine el-Orm (druze), le 24 décembre, et de l’inspecteur général, Milad Ishac (grec-orthodoxe), le lendemain. Dans des circonstances normales, le Conseil des ministres peut pourvoir à ces postes vacants sur proposition du ministre de la Défense, après celle du commandant en chef de l’armée. Une source ministérielle souligne que ce genre de nominations doit de plus être avalisé par les chefs de file politiques et communautaires. Ainsi, le leader druze Walid Joumblatt a généralement son mot à dire dans le choix du chef d’état-major. Mais que faire en période de vacance présidentielle avec un cabinet sortant qui ne peut qu’expédier les affaires courantes ? Une source militaire qui a requis l’anonymat explique que le chef de la troupe peut proposer une prorogation du mandat des militaires concernés à raison de trois fois renouvelables, ou deux fois tous les six mois. Une autre solution voudrait que l’officier le plus haut gradé (de même confession religieuse) puisse remplacer son collègue qui prend sa retraite.

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Pour éviter le double vide, le commandant en chef de l’armée, Joseph Aoun, a déjà proposé au ministre de la Défense de proroger les mandats des officiers Ishac et Orm, dans une réédition d’un précédent enregistré il y a quelques années lorsque Samir Mokbel, ministre de la Défense sous le gouvernement de Tammam Salam – qui a géré le pays en période de vacance présidentielle entre 2014 et 2016 – a maintenu Jean Kahwaji à son poste de chef de l’armée, en attendant l’élection d’un président.

Mais là aussi, le ministre sortant de la Défense oppose un niet catégorique. « Je ne peux pas me permettre de commettre une entorse à la loi de la défense nationale qui interdit une telle démarche », défend Maurice Slim. « Ce sujet était au menu de plusieurs réunions que j’ai eues avec le général Joseph Aoun. Il est conscient que cette démarche va à l’encontre de la loi », dit-il. Pourquoi le numéro un de la troupe aurait-il alors fait une proposition dont il ne serait pas convaincu ? Maurice Slim préfère ne pas répondre à la question, assurant entretenir une « très bonne relation » avec le chef de l’institution militaire, perçu comme un sérieux présidentiable en dépit du veto du chef du CPL. « Avec le départ des deux généraux, le conseil militaire ne pourra plus se réunir, car la loi stipule qu’il ne peut tenir de séance qu’en présence de tous ses membres », regrette un ancien officier, qui a souhaité garder l’anonymat. Il assure toutefois que cela n’affectera pas le fonctionnement de la troupe car, en cas d’urgence, le commandant en chef va devoir alors prendre des décisions unilatérales, sans passer par le conseil militaire.

Les promotions de militaires
La source militaire précitée confie en outre à L’OLJ qu’avant le départ à la retraite des officiers Ishac et Orm, le conseil militaire a adopté une série de promotions qui devraient entrer en vigueur le 1er janvier 2023. Sauf que cela nécessite un décret adopté en Conseil des ministres. Et tant que celui-ci ne se réunit pas, la démarche demeurera bloquée jusqu’à nouvel ordre.

Rien ne prête à croire que toutes ces questions seront réglées dans un avenir proche. D’abord parce que le CPL persiste et signe : il ne participera à aucune séance gouvernementale sauf s’il la juge nécessaire et urgente. « Si le Premier ministre ne discute pas avec nous de l’ordre du jour de la réunion, nous n’allons pas y prendre part, parce que nous voulons statuer sur le caractère urgent des points à examiner », affirme Maurice Slim. « Le bloc parlementaire du CPL a déjà pris la décision de boycotter les réunions du gouvernement », renchérit un parlementaire aouniste sous couvert d’anonymat. « C’est une façon de ne pas normaliser avec l’attentisme que certains tentent de nous imposer pour nous pousser à appuyer leur candidat à la présidentielle », dit-il, dans une pique évidente au Hezbollah, allié de longue date du parti orange. Les rapports entre les deux camps ont failli connaître une rupture à la suite de la tenue du Conseil des ministres du 5 décembre, et surtout sur fond d’appui du parti jaune à la candidature du chef des Marada, Sleiman Frangié, à la présidentielle au grand dam de Gebran Bassil. « C’est aussi une façon de nous opposer à ce que Nagib Mikati gouverne le pays seul », ajoute le député aouniste. Pour le moment, le chef du gouvernement évite la confrontation. « Il convoquera un Conseil des ministres en cas d’urgence et de besoin », affirme Farès Gemayel. 

Les institutions militaires et sécuritaires se retrouvent, une fois de plus, noyées dans les dédales de la politique politicienne. Le bras de fer opposant le Premier ministre sortant, Nagib Mikati, au camp aouniste mené par le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, paralyse complètement l’action du gouvernement et empêche (jusqu’ici) la tenue d’un Conseil des ministres....
commentaires (4)

on n'a pas encore dit à M.S d'aller se faire mettre ? il serait grand temps de le faire ; ça le soulagera

OBEGI CHARLES

23 h 53, le 27 décembre 2022

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Commentaires (4)

  • on n'a pas encore dit à M.S d'aller se faire mettre ? il serait grand temps de le faire ; ça le soulagera

    OBEGI CHARLES

    23 h 53, le 27 décembre 2022

  • De ridicule en ridicule On se croirait en maternelle Réveillez vous bon sang Ces niaiseries ont trop duré De l’égoïsme pur et simple Le pays brûle et vous regardez le désastre en fumant votre narguilé à la poire …

    Paul SIDANI

    03 h 05, le 24 décembre 2022

  • Sac de noeuds dans un panier de crabes.

    PPZZ58

    22 h 51, le 23 décembre 2022

  • On attend impatiemment la décision des pays occidentaux qui détiennent des dossiers et des casseroles sur ces pourris qui continuent à vouloir bloquer le pays pour la seule raison que leur polichinelle de nabot ne sera pas nommé président. Ils sont très loquaces lorsqu’il s’agit de dénoncer le bloquage dont ils sont les seuls responsables avec leurs alliés contre nature et la ramènent par la suite en parlant de démocratie, d’urgence et du respect de la constitution et des lois nationales alors qu’ils les ont piétinés pour le bonheur des fossoyeurs de la république dont ils font partie.

    Sissi zayyat

    14 h 02, le 23 décembre 2022

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