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Idées - Football

Tirer les leçons de la Coupe du monde pour unir les arabes

Tirer les leçons de la Coupe du monde pour unir les arabes

Les joueurs du Maroc célèbrent avec un drapeau palestinien, à la fin des huitièmes de finale remportés contre l’Espagne, au Qatar, le 6 décembre 2022. Glyn Kirk/AFP

Depuis des dizaines d’années, le monde arabe souffre de sa désunion. Le manque de cohésion des pays de la région, pourtant unis par la géographie, la langue et la culture, permet de longue date aux puissances étrangères de piller ses ressources. L’héritage de la stratégie coloniale du « diviser pour mieux régner » demeure prégnant et le repli sur soi empêche les Arabes d’utiliser tout le potentiel que leur confèrent leur richesse pétrolière et/ou leurs populations relativement éduquées. Mais la manière dont s’est déroulée jusque-là l’édition actuelle de la Coupe du monde de la FIFA, la première organisée dans un pays arabes, dessine une autre voie possible.

Élément fédérateur

Tout au long de ces semaines de compétition, le sport le plus populaire du monde est ainsi apparu comme un puissant élément fédérateur des pays arabes, notamment grâce à une série de victoires inattendues de leurs sélections nationales. Lors de la phase de poules, l’Arabie saoudite a battu l’Argentine – sous les encouragements de son hôte qatari, qui a profité de l’événement pour afficher ostensiblement la détente entre les deux pays ; tandis que la Tunisie a vaincu (sans conséquences autres que symboliques) la France et le Maroc éliminé la Belgique. Puis, lors de la phase éliminatoire, les « Lions de l’Atlas » ont réalisé un exploit historique en éliminant coup sur coup l’Espagne et le Portugal, devenant le premier pays arabe qualifié pour les demi-finales, perdues mercredi dernier.

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Le parcours du Maroc est l’aboutissement d’une stratégie parfaitement conçue et exécutée par l’entraîneur de l’équipe, Walid Regragui, qui a placé la rigueur défensive collective (0 défaite et 1 seul but encaissé avant la demi-finale), au centre de son dispositif. Un dispositif dans lequel a particulièrement brillé le gardien Yassine Bounou, qui s’est sans cesse interposé lorsque les Espagnols ont voulu marquer, et le Maroc les a finalement éliminés lors de l’épreuve des tirs au but (après trois arrêts du dernier rempart marocain). Les attaquants portugais n’ont pas rencontré plus de succès sur le chemin des cages marocaines, et les hommes de Regragui ont gagné, par un magnifique 1-0 qui a enthousiasmé les commentateurs de toute la planète. « Pincez-moi, je rêve », s’est pour sa part exclamé « Bono » après le coup de sifflet final.

Cependant, bien qu’historiques et inattendues, les victoires de l’équipe relèvent davantage d’une stratégie rationnelle que du rêve. Le Maroc a joué dès le début avec ses armes, et profité tout le long de la compétition de son statut d’équipe « surprise ». Sa stratégie de David contre Goliath s’appuie sur une formation en 4-1-4-1, qui décuple les forces de son prodigieux gardien. Mais chaque joueur est crucial et chaque poste sur la pelouse exige un engagement total au service de l’objectif commun.

Les joueurs marocains ont montré ce que cet engagement pouvait réaliser et fourni à toute la région un exemple. Après les victoires de l’équipe, les enfants arabes dansaient dans les rues et l’on a vu supporteurs et joueurs, au Qatar, agiter le drapeau palestinien en signe de solidarité. Chaque fois qu’une équipe arabe était victorieuse, elle s’assurait qu’un portrait de groupe ou une déclaration à la presse s’accompagnent de marques ou de mots de solidarité avec la Palestine.

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Bounou, qui joue aussi pour le club de Séville, est devenu pour la jeunesse arabe un modèle. Sa haute taille et son agilité, sa confiance, son humilité et son sens de la collectivité en font une personnalité singulière dans un sport dont les stars défraient trop souvent la chronique par leur attitude individualiste et arrogante.

Force du collectif

Ce sont les mêmes défauts qui, plus généralement, handicapent le monde arabe. Alors qu’une stratégie d’équipe pourrait sembler l’évidence, les pays arabes ont du mal à s’y résoudre – dans le sport comme dans la vie. Certes, l’Algérien Taoufik Makhloufi a gagné l’or lors de l’épreuve du 1 500 mètres aux Jeux olympiques d’été de Londres en 2012, le Marocain Hicham El Guerrouj a réalisé sur la piste des Jeux d’Athènes, en 2004, un doublé en or sur les distances du 1 500 mètres et du 5 000 mètres, et, en 1996, la Syrienne Ghada Shouaa a remporté la médaille d’or de l’heptathlon aux Jeux d’Atlanta, mais ce sont là des victoires individuelles. Lorsqu’il s’agit de sports d’équipe, les pays arabes échouent généralement sans gloire.

La scène politique et économique de la région traduit les mêmes faiblesses. La Ligue arabe, par exemple, a été créée pour promouvoir l’unité du monde arabe. Mais les échanges commerciaux entre les pays arabes ne représentent pas même 10 % du total de leurs importations et de leurs exportations. Les entreprises familiales, certes, peuvent fructifier, mais les compagnies arabes parviennent à peine à se faire une place dans le commerce mondial. Et cela ne semble pas près de changer. Le Forum économique mondial estime que 75 % des entreprises arabes les plus performantes dans le monde ont une structure de propriété familiale.

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La désunion entraîne aussi des conséquences politiques alarmantes. L’absence de stratégie unifiée pour lutter contre la famine au Soudan, un pays souvent considéré comme le grenier à blé de la région, aggrave indubitablement la situation. De même, les Palestiniens souffrent de leurs divisions internes sur la question du contrôle de leurs territoires, et ces divisions comptent parmi les causes qui les empêchent de parvenir à la dignité et à la liberté dont ils ont tant besoin. Lors des dernières élections en Israël, les partis politiques arabes n’ont pu se mettre d’accord pour présenter une liste unifiée de candidats à la Knesset, s’aliénant ainsi des centaines de milliers de voix. Les citoyens des pays arabes riches eux-mêmes sont confrontés à la faim et à l’illettrisme.

Une unité arabe fondée sur des stratégies réalistes et mises en œuvre avec talent pourrait faire dans la région une différence considérable. Et c’est là que la Coupe du monde du Maroc devrait nous inspirer. Ce n’est qu’en appliquant plus largement les notions de désintéressement et de travail collectif, qui ont si bien réussi à l’équipe de football, que les jeunes Arabes et les futurs responsables politiques, collés à leur téléviseur, fascinés par des joueurs marocains qui entrent dans l’histoire de la Coupe, pourront traduire leur sentiment partagé d’enthousiasme dans l’unité réelle, au quotidien.

Copyright : Project Syndicate, 2022.

Traduction : François Boisivon

Par Daoud KUTTAB

Journaliste palestinien, lauréat de nombreux prix internationaux pour la liberté de la presse.


Depuis des dizaines d’années, le monde arabe souffre de sa désunion. Le manque de cohésion des pays de la région, pourtant unis par la géographie, la langue et la culture, permet de longue date aux puissances étrangères de piller ses ressources. L’héritage de la stratégie coloniale du « diviser pour mieux régner » demeure prégnant et le repli sur soi empêche les...

commentaires (3)

Leçon numéro 1 à tirer: pour l'amour de dieu, jouez au foot en tant que sport et oublier toutes ces manigances politiques inutiles et d'une ère noire bien révolue ! Grand Mabrouk au team du Royaume du Maroc et Inchallah dans 4 ans!!! Bonne continuation.

Wlek Sanferlou

16 h 43, le 18 décembre 2022

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Commentaires (3)

  • Leçon numéro 1 à tirer: pour l'amour de dieu, jouez au foot en tant que sport et oublier toutes ces manigances politiques inutiles et d'une ère noire bien révolue ! Grand Mabrouk au team du Royaume du Maroc et Inchallah dans 4 ans!!! Bonne continuation.

    Wlek Sanferlou

    16 h 43, le 18 décembre 2022

  • Beaucoup de marocains ne se considerent pas comme arabes, mais plutot comme Berberes. Le nom de leur peuple est 'Amazigh', ce qui se traduit par 'Homme Libre' dans la langue Amazigue. Ils tracent leurs origines a la migration de l'Homo Sapiens. La plupart considerent les arabes comme des envahisseurs. C'est la raison pour laquelle on les retrouve massivement dans les villages de montagne d'Afrique du Nord.

    Mago1

    18 h 08, le 17 décembre 2022

  • Malheureusement les arabes sont irréconciliables et je ne parle pas des peuples mais de leurs dirigeants qui trouvent toujours un prétexte pour faire la guerre à des pays qui sont sensés les réunir pour cause d’idéologies communautaires en apparence mais dans le fond elles ne reposent que sur des considérations personnelles et vaniteuses. Cette pseudo entente est plus éphémère et une fois le rideau tiré sur cet événement, ils iront chercher des noises les uns aux autres pour marquer leur divergences et leurs intérêts aux antipodes les uns des autres. Voilà comment malgré la puissance économiques et culturelles de ces pays ils sont condamnés à rester des pions sur l’échiquier des grandes puissances qui en font ce qu’ils veulent profitant de leur animosité historique que témoignent les uns aux autres. Le Liban n’est que le concentré de cet imbroglio qui règne dans la région depuis des siècles et on n’est pas prêts de voir un happy ending du spectacle tragique qu’ils nous offrent en croyant ferme à leur supériorité alors qu’en fait ils ne sont que des comparses qui exécutent des scénarios écrits par leurs maîtres avec une interdiction formelle d’improvisation sous peine d’être sanctionnés sans ménagement.

    Sissi zayyat

    11 h 30, le 17 décembre 2022

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