Un soldat marocain patrouillant à la frontière avec l’Algérie dans la région de Oujda. Photo d’archives AFP
Selon les versions, c’est une victoire marocaine, berbère, africaine ou arabe. Peu importe : partout au Moyen-Orient, on acclame le sentiment d’appartenance d’un même peuple unanimement lié à travers les exploits footballistiques de l’équipe marocaine, première sélection arabe et africaine à être allée aussi loin pendant une Coupe du monde. Après avoir arraché la victoire aux Portugais samedi dernier, les Lions de l’Atlas se hissent en demi-finales, provoquant des scènes de liesse à travers le Maroc, Doha, Le Caire, en passant par Gaza. Juste au sud du Maroc pourtant, la victoire résonne différemment. « Je regarde la Coupe seulement pour voir l’équipe de l’occupant marocain perdre », tranche Ahjabha Hammadi depuis le camp de Boujdour, situé dans le Sahara occidental, pomme de discorde entre Rabat et Alger. Cette Sahraouie de 28 ans qui travaille en tant que volontaire pour améliorer les conditions de vie des femmes vivant dans les camps de réfugiés sahraouis ne veut pas entendre parler d’un quelconque sentiment d’union arabe à travers le succès des joueurs marocains. « Où était le soutien du monde arabe quand nous sommes officiellement devenus la dernière colonie du continent africain ? » condamne-t-elle.
« Le Sahara est à nous »
Coincé entre le Maroc et la Mauritanie, le Sahara occidental, qui longe la côte atlantique, est une ancienne colonie espagnole, revendiquée depuis 1976 par le Front Polisario (soutenu par l’Algérie) qui lutte pour l’indépendance de la République démocratique arabe sahraouie (RDAS). En vain. Les autorités marocaines contrôlent 80 % du territoire et se réfèrent à cette zone riche en phosphates et en eaux poissonneuses en tant que « provinces du sud », tandis que le groupe indépendantiste sahraoui n’occupe que les 20 % restants. Malgré un cessez-le-feu imposé en 1991 et qui devait aboutir à la tenue d’un référendum d’autodétermination sous l’égide de l’ONU, sollicité par le front séparatiste, les différends persistent et la frontière algéro-marocaine est fermée à partir de 1994, après que le Maroc a imposé un visa d’entrée sur son territoire aux citoyens algériens. Et les tensions n’ont depuis cessé de ternir les relations bilatérales entre les deux voisins maghrébins. Au centre de cet épineux dossier, la population sahraouie. Vivant pour dans sa grande majorité dans des camps de réfugiés en Algérie après avoir fui l’occupation marocaine, elle ne peut se résoudre à une potentielle victoire des Lions de l’Atlas.
« Le Maroc utilise cette sélection et cette victoire pour promouvoir son occupation », affirme Taleb Alisalem, ancien réfugié sahraoui du camp de Boujdour et résidant actuellement en Espagne. Pour l’activiste, qui se sert des plateformes numériques pour faire parler de la cause sahraouie, l’équipe de football du Maroc n’est qu’un outil supplémentaire servant la propagande d’État. Preuve en est selon lui, une vidéo qui a fuité sur les réseaux sociaux, montrant les joueurs marocains entonner, après leur victoire contre l’Espagne en huitièmes de finale, un chant à la gloire de l’occupation marocaine du Sahara occidental. « Le Sahara est à nous, ses rivières et ses terres sont les nôtres », célèbrent-ils. Taleb en est tombé de sa chaise. D’autant que dans la zone occupée militairement, les autorités marocaines ont cherché à imposer le soutien de la population à l’équipe nationale. Selon Taleb et Ahjabha, les forces de police marocaines ont distribué des drapeaux ainsi que des portraits du roi Mohammad VI et installé des écrans géants partout dans les villes sahraouies.
Échange de bons procédés
« Le Maroc craint toute sorte de rébellion parce que cela va à l’encontre de l’image qu’il s’emploie à diffuser dans le monde entier sur le fait que les Sahraouis sont contents d’appartenir au Maroc », analyse Taleb, qui reçoit insultes et menaces quotidiennes depuis qu’il a annoncé sur ses réseaux sociaux qu’il ne soutenait pas la formation marocaine durant le Mondial. Lors de la Coupe d’Afrique remportée en 2021 par l’équipe algérienne, des habitants sahraouis des territoires occupés avaient témoigné leur soutien en célébrant la victoire algérienne dans les rues, drapeaux algérien mais aussi sahraoui dans les mains. Des réjouissances qui avaient déclenché une vague répressive du côté marocain. Photos à l’appui, Taleb montre les violences commises par l’armée marocaine sur le corps de jeunes gens, descendus dans la rue pour célébrer le succès de l’Algérie. Il raconte également le couvre-feu imposé pour que les Sahraouis ne puissent suivre les matches. Mais aussi le décès de cette jeune femme de 23 ans, Sabah Ozman, après avoir été percutée par une voiture de police le soir de la victoire algérienne. Selon un rapport de l’organisation Human Rights Watch, les autorités marocaines considèrent toute opposition de leur autorité au Sahara occidental comme une atteinte illégale à « l’intégrité territoriale » du Maroc.
Dans ce contexte, beaucoup d’activistes militant pour la cause sahraouie considèrent le soutien affiché par l’équipe marocaine au peuple palestinien opprimé par Israël comme le symptôme de l’hypocrisie d’un régime qui commet la même oppression sur son territoire. « Ce soutien aux Palestiniens est surtout l’occasion pour le Maroc d’embellir son image devant le peuple arabe », avance Taleb «. Sous l’égide de l’administration américaine, Rabat a signé en décembre 2020 les accords d’Abraham, garantissant la reprise des liens diplomatiques avec Israël, emboîtant le pas aux Émirats arabes unis, à Bahreïn puis au Soudan.
Mais pour Sarah*, Marocaine de 23 ans habitant à Rabat, » le Maroc a toujours été d’un soutien indéfectible pour la Palestine et la normalisation entre les gouvernements israélien et marocain n’y a rien changé «. Considéré comme un échange de bons procédés, l’accord a néanmoins permis à Rabat d’obtenir la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, alors que 84 pays des Nations unies rejettent cette emprise territoriale. » La comparaison (entre les dossiers palestinien et sahraoui) n’a absolument pas lieu d’être «, estime Sarah. Les soutiens à la cause sahraouie sont » endoctrinés dès leur plus jeune âge « à travers une » culture de la haine du Maroc », rappelle-t-elle en faisant référence aux deux conflits.
* Le prénom a été modifié.




Ca s’appelle déjà : sahara marocain. Puis les polisarios ou ces milices qui combattent le maroc. Ce ne sont que des milices et pions à la solde des algériens. Je n’ai pas terminé la lecture de cet article surtout que c’est l’OLJ qui sait pertinemment mieux que quiconque , ce que signifie une milice qui est financée par un pays tiers et qui n’est que façade pour ce pays. Franchement !!!!
09 h 02, le 13 décembre 2022