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Nos Lecteurs ont la Parole

Différences utiles


«... La précarité devient fonctionnelle pour le maintien de tout un système social dans lequel les structures traditionnelles se reproduisent et gardent, voire gagnent, de l’importance. La pauvreté est notamment récupérée par les lois de la réciprocité pour en faire un des points d’appui susceptible de préserver et de renforcer les bases de pouvoir des hégémonies traditionnelles… La pauvreté... sert donc de manière latente ce pays dans lequel familles, confessions et clientélisme politique établissent l’ordre social. Cette fonctionnalité de l’inégalité économique bloque finalement la formation d’un État social qui instaurerait une solidarité entre tous les citoyens… Aucun des pouvoirs souterrains de ce pays n’a politiquement intérêt à mettre fin au patronage de ses proches. » La misère du Liban : une population appauvrie, peu d’état et plusieurs solidarités souterraines de Thierry Kochuyt, dans Revue Tiers-Monde 2004/3.

Il y a maintes façons de considérer le présent au Liban. J’en retiens ces deux : un train de vie où des électeurs habitent un espace de rapports sociopolitiques propices et un autre, de plus en plus rare, qui concerne la pratique de la « response-ability » face à son rétrécissement continu. Ce type de personnage n’est pas courant. Il n’appartient à aucune génération passée mais à une révolte effective non paradoxale. Alors que tant de Libanais ne perçoivent toujours pas que le changement urgent débute en eux, les trajectoires conditionnées prévalent. Voilà le choix exceptionnel de Simon, celui de la différence utile. La qualité de son parcours relève du fait qu’il ne tolère pas de se laisser prendre en charge par des intervenants extérieurs. C’est un adulte indépendant considéré « original » parmi les siens et son milieu car il assume ses propres responsabilités, prend connaissance de ses droits civils et assume ses obligations sans vouloir recourir au court de chemin du voisin d’en face, à un intermédiaire familial, aux influences de sa communauté et aux politiciens correspondants. Il évite d’écouter les personnalités qui parlent incessamment de faire sans résultats visibles. Il décide alors d’agir autrement avec un groupe de téméraires voués à la pratique démocratique. Ces personnes favorisent entre eux et en tout contexte la pensée délibérée et la coexistence strictement citoyenne. Ils s’exercent à prévaloir la franchise, à pointer les erreurs, à les corriger et à pratiquer le dialogue difficile afin que, malgré les sujets extrêmement sensibles, les points communs restent à privilégier. Leurs buts sont de montrer l’exemple de la différence utile car « penser clairement est un premier pas vers la régénération politique ».

« George Orwell… a beaucoup réfléchi sur la “politique de la langue…”. Il avait le sentiment de vivre à une époque où la langue se dégradait, ce qui rendait plus difficile de décrire honnêtement la réalité. Il mettait en accusation le flou qui dissimule la pensée ; la tendance au slogan qui tend à imposer des idées fausses par la simple répétition ; le jargon pseudo-scientifique qui tend à donner un air de neutralité à des arguments en réalités idéologiques ; bref, l’usage malhonnête des mots. » Extrait de La novlangue, instrument de destruction intellectuelle, Jean-Jacques Rosat, professeur de philosophie et éditeur, Françoise Thom historienne, France culture 2017.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique Courrier n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, L’Orient-Le Jour offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires ni injurieux ni racistes.


«... La précarité devient fonctionnelle pour le maintien de tout un système social dans lequel les structures traditionnelles se reproduisent et gardent, voire gagnent, de l’importance. La pauvreté est notamment récupérée par les lois de la réciprocité pour en faire un des points d’appui susceptible de préserver et de renforcer les bases de pouvoir des hégémonies...

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