Lionel Messi devant Rodrigo De Paul sur la pelouse du stade Ahmad bin-Ali d’al-Rayyan, à la fin du huitième de finales remporté par l’Argentine face à l’Australie (2-1) lors du Mondial 2022. Kirill Kudryavtsev/AFP
Après la fameuse main de Maradona en 1986, le bras gauche d’Emiliano Martinez en 2022 mériterait bien une petite plaque commémorative au panthéon des exploits de l’Albiceleste en Coupe du monde. Alors qu’il ne reste que 25 secondes à jouer dans le temps additionnel, Garang Kuol, le jeune espoir du football australien, se retrouve seul balle au pied au niveau de la ligne des 6 mètres.
Le scénario catastrophe est sur le point de se réaliser. Devant au score tout au long de la partie, les Argentins, désarçonnés par la réduction de l’écart adverse un quart d’heure auparavant, croient pour une fraction de seconde qu’ils vont se faire embarquer dans une prolongation de tous les dangers.
« Leo Messi est 99,9 % de l’équipe »
Mais au moment où le futur joueur de Newcastle décoche sa frappe, Emiliano Martinez surgit devant lui et bloque héroïquement la dernière offensive de la rencontre. Ses coéquipiers ne tardent pas une seconde pour lui sauter dessus et le remercier. Le portier argentin vient de qualifier l’Albiceleste sur le gong et fait ainsi fructifier tous les efforts consentis par le génie pour qui l’équipe tout entière donnerait sa vie : « Leo Messi est 99,9 % de l’équipe, et nous sommes le 0,1 % restant qui lui venons en aide lorsque les choses ne se passent pas bien », résumait Martinez après la rencontre en guise de réponse sur son arrêt décisif.
Pour le 1 000e match de sa carrière, Lionel Messi a enfin marqué en phase éliminatoire de Coupe du monde. Une anomalie statistique que le septuple Ballon d’or a enfin corrigée, à 35 ans et à la 35e minute de la partie, lors d’un nouveau récital qui a guidé le reste de ses coéquipiers vers les quarts de finale (un stade de la compétition dont ils avaient été privés par la France en 2018).
L’affiche, contre les Pays-Bas, sera superbe vendredi dans l’écrin du stade de Lusail. De quoi rouvrir la boîte à souvenirs, notamment ceux du premier Mondial gagné à domicile par Mario Kempes et les siens en 1978, en battant les Néerlandais en finale (3-1 après prolongation). Toujours accompagnée par un impressionnant contingent de supporters, l’Albiceleste aura presque l’impression de rejouer la partie à la maison.
Mais il s’agira également d’un premier vrai test pour l’équipe de Messi, surprise en ouverture de tournoi par l’Arabie saoudite et qui a ensuite dominé trois adversaires auxquels elle était supérieure.
En attendant, le rêve d’un troisième sacre mondial tient donc toujours. Et on se dit que tant que son capitaine et numéro 10 jouera de cette manière, l’Argentine n’aura pas de raison de s’arrêter de rêver.
« C’est beaucoup de joie d’avoir passé ce cap et d’avoir fait un pas de plus vers l’objectif, a déclaré Messi en zone mixte. Ça a été un match très dur, très physique. On le savait, parce qu’on a joué il y a peu, on a eu peu de temps de repos. »
Ballon téléguidé
Son but, le troisième de son tournoi, a été celui de l’ouverture du score, au moment où tout allait bien pour l’Argentine, en contrôle du match et tout au plus menacé par une certaine léthargie, tant le rythme était modeste.
Une passe appuyée d’Alexis Mac Allister a été mal contrôlée par Nicolas Otamendi, défenseur central égaré dans la surface adverse, dont le geste maladroit s’est transformé en passe décisive pour Messi. Lui n’est pas embêté par son pied gauche et il a téléguidé le ballon jusque dans le petit filet de Mathew Ryan (1-0, 36e).
Le double mur australien s’est ensuite effondré en deuxième période, sur un nouveau contrôle approximatif, celui du gardien et capitaine Ryan, agressé par le pressing furieux de Rodrigo De Paul, qui n’a pas cessé de courir comme un dératé tout au long du match.
L’erreur de Ryan a profité au jeune Julian Alvarez, auteur de son second but après celui inscrit face à la Pologne et qui confirme qu’il est un vrai atout dans ce Mondial (2-0, 57e), alors que Lautaro Martinez, entré en fin de match, a de nouveau manqué trois grosses occasions.
Mais curieusement, sans que l’on sache très bien pourquoi et alors que rien ne semblait pouvoir lui arriver contre des « Socceroos » guère bondissants, l’Albiceleste s’est tout de même fait très peur au stade Ahmad bin-Ali.
Le Messi en mission
Ce dernier quart d’heure de trouille et de grands coups de tête pour écarter le danger a débuté par un tir de Craig Goodwin qui partait dans les nuages mais qui a croisé le dos d’Enzo Fernandez, pour un improbable but contre son camp (2-1, 77e).
Pendant que Lautaro Martinez gâchait les balles de match, l’Australie a failli réussir un improbable retournement de situation. Tout d’abord grâce à un raid « messiesque » de Behich, dribblant quatre défenseurs argentins, avant d’être superbement arrêté par un autre Martinez, Lisandro, auteur d’un tacle salvateur. Puis, comme on l’a vu à la 96e minute, avec ce tir de Garang Guol stoppé par Emiliano Martinez.
« La fin a été compliquée parce qu’on a pris ce but et on a souffert un peu. Mais c’est le Mondial, c’est normal qu’il y ait des difficultés », a jugé Messi. « Je crois que l’équipe ne méritait pas de souffrir comme ça a été le cas, elle méritait plutôt d’alourdir le score. Mais c’est un match typique de Coupe du monde », a confirmé son sélectionneur Lionel Scaloni.
Alors qu’en 2018, l’Argentine de Jorge Sampaoli avait été emportée par la bourrasque Kylian Mbappé, celle de 2022 s’apprête à disputer en quart de finale un « classique », entre « deux sélections historiques », comme les a qualifiées Scaloni.
Mais cette Albiceleste, toujours aussi fébrile que brouillonne par moments, semble cette fois-ci investie d’une mission : celle d’offrir à Messi une fin de carrière en apothéose en lui permettant de soulever le dernier trophée manquant à son palmarès.




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