Joe Biden arrivant à la base aérienne de Honolulu, à Hawaï, le 16 novembre 2022. Saul Loeb/AFP
Le Grand Old Party a repris le contrôle de la Chambre des représentants, selon des médias américains mercredi soir (heure locale), entraînant une division du Congrès. Après avoir échoué à s’emparer du Sénat, le parti conservateur ne disposera toutefois que d’une très courte majorité à la Chambre basse. NBC, CNN, Fox News et CBS ont projeté que les républicains disposeraient d’au moins 218 sièges à la Chambre, c’est-à-dire la majorité des 435.
Si les projections des médias américains se confirment sur l’ensemble des sièges, la performance de Joe Biden constituerait néanmoins le meilleur score d’un président en plus de 20 ans aux élections de mi-mandat, ce scrutin étant traditionnellement difficile pour le pouvoir en place, bien loin de la « vague géante » rouge promise par Donald Trump. Les lieutenants de l’ancien président ont en effet recueilli des résultats très mitigés aux élections de mi-mandat, ce qui n’a pas empêché l’ancien président d’annoncer mardi soir une nouvelle candidature à la Maison-Blanche.
Suite à l’obtention de la majorité, le chef des républicains à la Chambre a déclaré que « les Américains sont prêts pour une nouvelle direction et les républicains de la Chambre sont prêts à agir ». Reconduit dans ses fonctions mercredi, Kevin
McCarthy est désormais favori dans la course à la tête de cette Assemblée, l’actuelle speaker Nancy Pelosi ayant perdu sa majorité démocrate. « Les démocrates de la Chambre des représentants continueront à jouer un rôle de premier plan dans le soutien du programme du président Biden, avec une forte influence sur une faible majorité républicaine », a voulu croire Mme Pelosi. Le président démocrate Joe Biden a tout de suite félicité M. McCarthy pour sa reconduction, soulignant dans un communiqué qu’il compte « travailler avec quiconque – républicain ou démocrate – prêt à œuvrer avec moi pour agir ».
Blocages à venir
Cette très mince majorité républicaine à la Chambre basse risque d’ailleurs de compliquer sa gouvernance. Avec une Chambre républicaine et un Sénat démocrate, le parti de Joe Biden ne pourra de son côté plus faire passer de grands projets dans ce Congrès désormais divisé. Le président de 79 ans devrait chercher à user de ses talents de négociateur, hérités de sa longue carrière de sénateur, pour éviter une paralysie de l’administration fédérale (le fameux shutdown). Mais la main tendue du président risque de se heurter à un mur rouge, côté conservateurs.
Enterrées, par conséquent, les grandes promesses démocrates d’une loi fédérale consacrant le droit à l’avortement, d’une interdiction des fusils d’assaut ou d’une vaste réforme électorale pour protéger l’accès des minorités au vote. Il pourrait aussi être un peu plus difficile pour la Maison-Blanche de faire approuver de nouvelles aides militaires à l’Ukraine : si le soutien à Kiev fait jusqu’ici consensus, certains républicains ont déjà dit qu’ils ne signeraient pas de « chèques en blanc ».
Jusqu’à l’automne 2024, date de la présidentielle mais aussi des prochaines législatives, « ce sera plutôt une affaire de posture, d’enquêtes, de convocations pour des auditions » de la part du parti conservateur, prévoit Robert Rowland, professeur de communication politique à l’université du Kansas. Il prédit que « nous allons beaucoup entendre parler de Hunter Biden », fils cadet du président, homme d’affaires devenu artiste au passé marqué par les addictions. Les républicains veulent utiliser leur pouvoir de supervision à la Chambre des représentants notamment pour disséquer les relations d’affaires de Hunter Biden avec l’Ukraine et la Chine, entachées selon eux de conflits d’intérêt.
Mais l’autre camp non plus n’aura pas la vie facile. De nombreux experts estiment qu’avec une majorité étroite à la Chambre, et sans contrôle du Sénat, les républicains réfléchiront à deux fois avant de lancer une procédure de destitution, ou d’impeachment, contre le président, malgré les menaces plus ou moins vagues agitées dans la campagne pour les midterms. Conserver le contrôle du Sénat permettra aussi au président d’y faire passer des nominations importantes, qu’il s’agisse des très stratégiques juges fédéraux ou de postes dans son administration.
Au-delà des questions institutionnelles, ce Congrès divisé peut aussi donner à Joe Biden, qui doit dire en début d’année prochaine si oui ou non il se représente en 2024, un élan politique non négligeable. Rachel Bitecofer, stratège politique engagée aux côtés des démocrates, parie ainsi que la faible majorité des conservateurs à la Chambre va « mettre en lumière les dysfonctionnements du parti républicain », tiraillé entre une frange radicale et un contingent conservateur plus traditionnel. Le président va pouvoir faire campagne « contre les républicains » en leur reprochant de faire obstacle à ses projets, analyse David Schultz, professeur de sciences politiques à la Hamline University, et en faisant presque oublier qu’il est, après tout, le chef d’État en exercice. En clair : Joe Biden va être paralysé sur le plan législatif, mais il peut espérer gagner du crédit politique en rejetant la faute du blocage sur des républicains fragilisés.
Joe Biden pourra aussi se poser, comme il l’a fait la dernière fois, en contre-exemple de Donald Trump, maintenant que l’ancien président s’est officiellement lancé dans la course. Rien ne dit toutefois que cet élan va persister jusqu’à la prochaine présidentielle ni faire taire les questions insistantes sur l’âge du plus vieux président jamais élu aux États-Unis, ou sur sa cote de popularité d’une faiblesse persistante. « Deux ans, c’est une éternité », reconnaît David Schultz. Mais « en politique, la perception et la réalité se confondent. Et Biden est perçu aujourd’hui comme plus fort ».
Source : AFP

