Des participants à la COP27 prévue jusqu’à vendredi à Charm el-Cheikh en Égypte, le 14 novembre 2022. Mohammed Salem/Reuters
Au début de la seconde semaine de négociations à la conférence de l’ONU prévue jusqu’à vendredi à Charm el-Cheikh, le président de la COP27 a appelé les participants à s’entendre. « Nous avons terminé sur certaines questions, mais il reste encore beaucoup de travail si nous voulons obtenir des résultats significatifs et tangibles dont nous pourrons être fiers. Il faut maintenant changer de vitesse », a exhorté Sameh Choukri lors d’un bref point d’étape.
Le chef de la diplomatie égyptienne a listé les points litigieux, soit tous les chapitres importants : l’atténuation (baisse des émissions), l’adaptation aux effets prévisibles du changement climatique et les finances, notamment pour les « pertes et dommages » déjà inévitables, qui frappent souvent les pays les plus pauvres, les moins responsables du réchauffement.
« Construire les ponts »
Simon Stiell, patron de l’agence ONU-Climat, a fait écho à cette liste dans un tweet : « Les peuples et la planète attendent de ce processus qu’il tienne ses promesses. » Et d’appeler à « construire les ponts nécessaires pour progresser sur la limitation du réchauffement à 1,5 °C, l’adaptation, le financement et les pertes et dommages ». Il y a un an, à la précédente COP à Glasgow, quelque 200 pays s’étaient engagés à « maintenir en vie » l’objectif le plus ambitieux de l’accord de Paris. C’est-à-dire limiter le réchauffement à
+1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle, en rehaussant leurs engagements de réduction de gaz à effet de serre pour la COP27. Mais moins d’une trentaine l’ont fait, mettant la planète sur la voie au mieux d’un réchauffement de +2,4 °C.
Et la première semaine de la COP27 n’a pas vu beaucoup d’annonces, à l’exception du Mexique. Selon plusieurs observateurs, la Chine et l’Arabie saoudite ont même fait savoir leur réticence, déjà exprimée dans le passé, à voir dans la déclaration finale la référence à l’objectif de
+1,5 °C, insistant sur le principal objectif de l’accord de Paris de « nettement en dessous » de +2 °C. « La plupart des pays ici n’a pas l’intention de revenir en arrière », a insisté l’émissaire spécial américain pour le climat, John Kerry, mais les décisions se prennent par consensus et un pays peut à lui seul bloquer la machine. Les regards étaient tournés hier sur l’issue de la rencontre entre les présidents chinois Xi Jinping et américain Joe Biden avant le sommet du G20 en Indonésie.
Les relations entre les deux plus gros émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre sont en effet très tendues, ce qui fait craindre des répercussions sur les négociations sur le climat. Sameh Choukri a demandé aux délégations d’achever les travaux techniques aujourd’hui, afin de pouvoir passer ensuite la main aux ministres attendus à Charm el-Cheikh. Dans la déclaration finale, il faut « un certain nombre de choses qui disent aux gens “on vous a entendus, il y a une urgence, c’est tout le monde sur le pont et on va utiliser tous les leviers pour décarboner la planète” », résume Alden Meyer, analyste au groupe de réflexion E3G.
Bouclier financier pour le climat
Du Pakistan noyé sous les inondations il y a quelques mois aux petites îles du Pacifique menacées par la montée de l’océan, les pays en développement réclament de leur côté plus d’argent aux pays riches qui n’ont pas respecté leur promesse de porter à 100 milliards de dollars par an leur aide destinée à la réduction des émissions et l’adaptation aux impacts. Ils revendiquent également désormais la mise en place d’un mécanisme spécifique pour faire face aux « pertes et dommages » déjà subis. L’Europe et les États-Unis y sont notamment très réticents, et le président Biden a soigneusement évité le terme lors de son bref passage vendredi dernier à la COP, plaidant plutôt pour mobiliser le secteur privé.
Créer un mécanisme dédié, « est-ce que c’est la bonne solution ? On pense que ce n’est pas le cas », indique de son côté une source européenne, préférant l’utilisation d’organismes existants comme le Fonds vert pour le climat. La présidence allemande du G7 et une soixantaine de pays vulnérables ont lancé lundi à la COP27 un « bouclier mondial contre les risques climatiques », nouvelle structure pour aider, notamment via des assurances, les populations à financer les impacts du réchauffement, initiative accueillie avec prudence par les ONG. Le bouclier a recueilli à ce stade 170 millions d’euros de l’Allemagne, ainsi que 60 millions de la France sur trois ans, 10 millions d’euros de l’Irlande, près de 5 millions d’euros du Danemark et 7 millions de dollars du Canada, visant à pallier les « faiblesses des structures de protection financière » dans les pays vulnérables via un « financement préorganisé » qui peut être déboursé avant ou juste après une catastrophe climatique, selon le communiqué commun de l’Allemagne et du V20, qui compte 58 pays. Il bénéficiera à un premier groupe de pays incluant le Bangladesh, Costa Rica, les îles Fidji, le Ghana, le Pakistan, les Philippines et le Sénégal.
« Nous n’abandonnons pas le combat, il faut pousser et pousser plus fort », a déclaré Henry Kokofu, négociateur du Ghana, s’exprimant au nom du Climate Vulnerable Forum qui rassemble près de 60 pays. « Le plus gros problème est le manque de volonté politique, la réticence à voir l’urgence climatique », a commenté de son côté la ministre de l’Environnement des Maldives Aminath Shauna, refusant tout « compromis ».
Source : AFP
Le détenu Alaa Abdel Fattah dit qu’il « va bien » et « boit de nouveau »
Le prisonnier politique égypto-britannique, en grève de la faim depuis sept mois, a écrit à sa famille qu’il allait bien et buvait de nouveau depuis samedi, « une preuve de vie enfin », selon sa sœur. Le blogueur prodémocratie n’a avalé pendant sept mois que 100 calories par jour. Le 6 novembre, lors de l’ouverture de la COP27 en Égypte, il a décidé de ne plus manger ni boire du tout. Son avocat Khaled Ali s’est rendu à trois reprises à la prison de Wadi Natroun, à 100 kilomètres au nord-ouest du Caire, pour le voir. Reparti deux fois bredouille, il est revenu à la charge hier matin. La mère de Alaa Abdel Fattah, qui l’accompagnait, a ainsi pu obtenir une lettre comme preuve de vie. Sa sœur Sanaa Seif, qui a mené une campagne sans relâche pour les 60 000 détenus politiques d’Égypte, selon les ONG, et son frère en particulier, à la COP27, s’est aussitôt exclamée sur Twitter : « Alaa est vivant. » « C’est clairement son écriture, c’est une preuve de vie, enfin. Pourquoi ont-ils gardé deux jours (la lettre) sans nous la donner ? a-t-elle écrit. Alaa dit qu’il en dira plus quand il pourra. »

