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Sport - Rugby

Les Bleus ne peuvent plus se cacher

Après sa victoire samedi à Marseille sur l’Afrique du Sud (30-26), championne du monde en titre, le XV de France, invaincu depuis plus d’un an, s’affiche définitivement comme le favori du prochain Mondial.

Les Bleus ne peuvent plus se cacher

Matthieu Jalibert envoyant le ballon en touche pour sceller la victoire du XV de France aux dépens de l’Afrique du Sud (30-26) au terme du 2e match des séries d’automne, au stade Vélodrome de Marseille le 12 novembre. Sylvain Thomas/AFP

Il y a trois semaines, au début du rassemblement à Marcoussis pour préparer les tests d’automne, le simple fait d’évoquer le Mondial 2023, qui se déroulera dans l’Hexagone du 8 septembre au 28 octobre, semblait leur brûler les lèvres. Pas question pour eux de brûler les étapes : cette échéance suprême, qu’ils ont forcément tous à l’esprit, semblait alors encore beaucoup trop loin.

Mais les fenêtres internationales, comme les colonies de vacances, ont le mérite de faire passer la vie en accéléré. Les deux succès arrachés à l’Australie (30-29) et aux Springboks (30-26), avec un engagement et une dramaturgie dignes d’une phase finale de Coupe du monde, ont levé le tabou.

Forte d’une série record de douze victoires consécutives, la France avancera dans les mois à venir « avec un statut certainement différent », reconnaît Antoine Dupont. « Un statut de favori peut-être, comme les médias l’ont évoqué ces derniers temps et auquel on se fait aussi parce qu’on se le provoque, poursuit le capitaine tricolore. Maintenant, toutes les équipes vont vouloir nous voir tomber. »

Un tableau de chasse complet

Avec les champions du monde sud-africains (30-26), vaincus dans la douleur samedi soir à Marseille malgré de la casse et un carton rouge pour Antoine Dupont, la France de Fabien Galthié a désormais battu toutes les nations majeures du rugby : Irlande, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Angleterre, Argentine... personne ne résiste à ces Bleus pétris de caractère, tombeurs en l’espace d’un an seulement des neuf autres membres du top 10 mondial.

Ça ne suffit pas (encore) à déloger les Irlandais de la première place du classement mondial, mais leur série record de douze victoires consécutives, entamée en novembre 2021, en fait sans conteste l’un des grands favoris d’une Coupe du monde qu’ils auront l’avantage de disputer à la maison.

Acquis de haute lutte grâce à un nouvel essai tardif, du pilier remplaçant Sipili Falatea, leur succès de prestige, dans un stade Vélodrome à guichets fermés, est un marqueur substantiel dans leur progression vers cette échéance suprême.

Comme avait pu l’être la victoire fondatrice contre l’Angleterre (24-17) pour le premier match de l’ère Galthié en février 2020 ou celle face aux All Blacks (40-25) il y a un an, au terme d’une prestation offensive particulièrement aboutie.

Une histoire de commotions

Après avoir balbutié son rugby lors de son premier test d’automne la semaine dernière contre l’Australie qu’il avait fini par battre sur le fil (30-29) grâce à un exploit personnel de Damian Penaud, le XV de France était impatient de voir où il se situait face à une référence mondiale. Il a vu.

Les Springboks ne lui avaient pourtant pas réussi dernièrement. Il fallait même remonter jusqu’en 2009 pour trouver la trace de la dernière victoire des Bleus. C’était à Toulouse, où Dupont, alors âgé d’une douzaine d’années, s’était rendu avec son club des Hautes-Pyrénées voisines. Le demi de mêlée avait gardé de ce jour-là le souvenir des « impacts » et d’un « engagement physique » qui caractérise toujours invariablement le jeu sud-africain.

Parfois trop, et les Français en ont fait l’amère expérience, avec trois joueurs contraints d’être définitivement remplacés dès la première demi-heure. À commencer par Jonathan Danty. Devenu papa dans la nuit de mardi à mercredi, arrivé à Marseille seulement à la veille du match après avoir assisté à l’accouchement de sa compagne à La Rochelle, la folle semaine du trois-quarts centre a pris fin après moins de 12 minutes de jeu.

Alors qu’il grattait un ballon, il a été victime d’une fracture du plancher orbital sur un coup de tête du troisième ligne Pieter-Steph du Toit, logiquement exclu.

Ressources mentales

En supériorité numérique, le XV de France semblait avoir le match bien en main après l’essai en force du pilier gauche Cyril Baille au terme d’une longue séquence (13-0, 21e).

Mais il a perdu coup sur coup trois autres joueurs : deux sur commotion, le pilier droit Uini Atonio (finalement revenu après avoir passé avec succès le protocole) et la deuxième ligne Thibaud Flament, et un sur blessure, Baille, visiblement une rechute de son adducteur gauche opéré pendant l’été.

Les Bleus en ont perdu le fil du match et laissé les Springboks revenir, d’abord sur un essai de leur capitaine Siya Kolisi, bien sorti d’un mal, puis en étant à leur tour réduits à quatorze. Car pour avoir bousculé en l’air son ancien coéquipier toulousain Cheslin Kolbe, retombé sur la tête, Dupont a écopé du premier rouge de sa carrière et les champions du monde ont su en profiter.

Battus en Irlande (19-16) la semaine passée, ils ont inscrit un deuxième essai, par l’ailier Kurt-Lee Arendse, et converti au pied toutes leurs tentatives, malgré trois buteurs différents. Mais encore une fois, la France, sans forcément briller dans le jeu, a trouvé les ressources mentales pour refuser la défaite et s’imposer grâce à un essai en force de Falatea à la 74e minute.

Elle pourra terminer l’année invaincue en cas de succès sur le Japon la semaine prochaine à Toulouse. Sans l’icône locale Antoine Dupont.

« Remis à zéro »

« Ils font certainement partie des favoris, confirme le sélectionneur sud-africain Jacques Nienaber. Il suffit de regarder leur bilan. Ils n’ont plus perdu depuis juillet 2021, contre l’Australie, et ont maintenant gagné douze matches d’affilée. Aucune autre équipe au monde n’est sur une telle série. »

Comme l’ont montré les scores étriqués de leurs deux premiers tests automnaux, les Français ne survolent pas pour autant la concurrence selon lui : « Il n’y a pas beaucoup d’écart à l’heure actuelle entre les dix meilleures équipes mondiales. Si vous commettez des erreurs, vous pouvez perdre contre chacune d’entre elles. »

Tombeur, en l’espace d’un an seulement, de toutes les nations majeures du rugby, le XV de France, qui doit encore affronter le Japon dimanche prochain à Toulouse, atteint-il trop tôt son pic de forme ?

« C’est bien d’engranger des victoires, notamment contre des équipes comme ça (Afrique du Sud). Mais quand tu arrives dans une compétition comme la Coupe du monde, tout est remis à zéro, répond l’arrière et buteur Thomas Ramos. Dire qu’on est favori, c’est peut-être un peu tôt. Mais on ira certainement la jouer avec des ambitions et des objectifs. »

Pour le trois-quarts centre Gaël Fickou, battre les champions du monde en titre, un an après s’être déjà offert les All Blacks (40-25), « apporte des certitudes et de la confiance ». « Ça ne veut pas dire qu’on sera champions du monde, loin de là, tempère-t-il. Il faut d’abord la jouer, cette compétition. On en est encore loin, quelques mois. Il reste entre-temps un Six nations, qui nous tient à cœur. »

Tenants du titre, les hommes de Fabien Galthié se déplaceront lors du prochain tournoi en Angleterre et en Irlande, qui pointe actuellement en tête du classement mondial. De quoi largement mettre à l’épreuve leur statut de favori.

G.B. avec AFP

Il y a trois semaines, au début du rassemblement à Marcoussis pour préparer les tests d’automne, le simple fait d’évoquer le Mondial 2023, qui se déroulera dans l’Hexagone du 8 septembre au 28 octobre, semblait leur brûler les lèvres. Pas question pour eux de brûler les étapes : cette échéance suprême, qu’ils ont forcément tous à l’esprit, semblait alors encore beaucoup trop loin.Mais les fenêtres internationales, comme les colonies de vacances, ont le mérite de faire passer la vie en accéléré. Les deux succès arrachés à l’Australie (30-29) et aux Springboks (30-26), avec un engagement et une dramaturgie dignes d’une phase finale de Coupe du monde, ont levé le tabou.Forte d’une série record de douze victoires consécutives, la France avancera dans les mois à venir « avec un statut...
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