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Nos lecteurs ont la parole

Des hauts et des bas


Nul homme ne peut échapper au poids de la souffrance. Chaque homme en est témoin à un certain point de sa vie. Que ce soit à travers une dépression chronique, à travers la mort d’un proche, un échec dans ses études, une tristesse prolongée, des crises existentielles, une rupture d’amour ou d’amitié, la séparation, des disputes, du harcèlement, bref, nous sommes naturellement confrontés à des situations fatales qu’on souhaite éviter. Mais la souffrance n’épargne personne, elle est un palais insouciant qui nous emporte vers les confins ténébreux du monde, dans des gouffres sans fond où l’on croit que nul soleil ne pourra nous libérer de cet emprisonnement maudit. Mais il arrive que ce gouffre en pierre se métamorphose en un gouffre de diamants, par miracle, car la vie est imprégnée de petits miracles inaperçus.

Vivre peut donc être à la fois un fardeau et une bénédiction. Parfois on est envahi par un bonheur enivrant et euphorique, on sent qu’on est au sommet d’un monde idyllique, on sent que le monde nous appartient, comme si l’on était des fées dans un conte fantastique. On est au beau milieu de moments voluptueux, proche de gens sensuels qui nous chauffent le petit cœur, au bord d’un bonheur épicurien, dans une chambre paradisiaque où l’air est enivrant. On est envahi par une avidité presque tragique.

D’autres fois, il arrive que les cadres s’écroulent, une vérité qui existe contre notre gré, et que la vie soit cruelle avec nous, qu’elle prenne le visage d’un fardeau et qu’il y arrive des choses qui ne sont pas à notre mesure et qui cassent le royaume qu’on a bâti pour si longtemps. On est alors englouti dans un abîme sans fond et au bout duquel il n’y a pas de lumière. On se sent vide d’émotions. On ne se lève plus du lit. On a du mal à effectuer les moindres tâches, comme se laver le visage ou se brosser les dents. On se sent détaché de la réalité. On a du mal à suivre nos cours. On se demande ce qui se passe, pourquoi, on ne se comprend pas et par conséquent on ne sait pas l’expliquer aux autres. On se pose un tas de questions qui n’ont pas de réponse. Cette fois-ci, on est dans une chambre froide à l’air fastidieux. On passe tous sans exception par ces moments.

C’est parce que la vie est un mélange drastique de hauts et de bas. Sans les hauts et les bas, la vie n’a aucun sens. La vérité, c’est que le monde est comme les vagues, comme le martèlement de la mer, comme des montagnes russes, il y aura toujours des bas qui sont là pour donner une signification à ces hauts, la fusion des deux est indispensable pour donner un sens aux choses.

Où serait la beauté de la mer si les vagues avaient les mêmes battements, si elles avaient toutes le même rythme ? Où serait la splendeur des mélodies si l’on n’alternait pas les touches blanches et noires en jouant au piano ? D’ailleurs, l’homme peut-il vivre sans que les battements de son cœur exercent des hauts et des bas ? L’arc-en-ciel peut-il apparaître dans le monde sans que la pluie et la tempête aient ravagé les cieux ? Sans la mort, serait-on autant attaché à la vie ? Sans la guerre, qui désirerait la paix ? Sans que l’homme soit emprisonné, comment peut-il désirer la liberté ? C’est lorsqu’il s’emprisonne qu’il comprend la valeur de sa liberté.

Sans l’idée de l’enfer, le paradis gardera-t-il la même valeur ? N’est-ce pas par l’existence de l’enfer que le paradis est justement un paradis ? N’a-t-on pas besoin d’échouer d’abord pour savourer le succès, pour commencer à travailler dur ? N’est-ce pas à travers la dépression qu’on commence à désirer le bonheur, qu’on reconnaît sa valeur ?

La vie est donc un ensemble de paradoxes. Tantôt euphorique, tantôt misérable. Ce monde tel qu’il est fait est naturellement composé d’amour, mais également de ruptures d’amour, de rires et de déluges de larmes, de souvenirs et de cauchemars, de gens égoïstes mais aussi de gens généreux, de pluie et de soleil, de couchers de soleil mais aussi de levers de soleil, d’orages et d’arcs-en-ciel, de séparations et de retrouvailles, de printemps et d’hivers, de fleurs et d’épines, mais l’épine dévore-t-elle la beauté implacable de la fleur ? Surtout pas.

Donc ces bas ne doivent pas empêcher notre bonheur, comme les épines et les ronces n’empêchent pas la fleur d’embellir un jardin, tout comme la pluie n’empêche pas la floraison du printemps ; au contraire, elle est indispensable pour les plantes. Et comme l’existence des égoïstes n’exclut pas la possibilité qu’il y ait des personnes au cœur bon, l’échec n’élimine pas le succès, mais c’est au contraire une partie du succès. Une rupture d’amour n’implique pas qu’on ne trouvera jamais son âme sœur et ainsi de suite. De cette façon, les bas sont une partie nécessaire des hauts et ils n’excluent pas le bonheur. Sans la nuit, il n’y a pas de soleil qui se lève ; on a donc besoin du noir pour que la lumière existe et ait une valeur ; il faut exalter à la fois la laideur et la beauté du monde, chanter la victoire et la défaillance, danser sous les étoiles dans la nuit sombre mais aussi sous la lumière du soleil somptueux.

Peut-être qu’on trouvera le bonheur si l’on accepte ces hauts et ces bas dans la vie, si l’on comprend que, en tant qu’êtres humains, nous allons tous franchir un tunnel sombre imprégné d’épreuves et de chagrins qui nous forgent et nous construisent, et qu’il faut garder l’espoir qu’il y aura toujours une lumière au bout de ce tunnel. Peut-être qu’on peut trouver le bonheur dans la façon dont on choisit de faire face à ces moments, à ces hauts et ces bas, dans l’espoir qu’on plante dans notre jardin, dans le sourire qu’on se dessine, mais surtout dans la perception qu’on garde. On ne doit pas aspirer à un bonheur idéal ou à une vie parfaite. Cela n’est pas possible. Personne ne passe sa vie au sommet d’une montagne, il arrive un temps ou un autre où un volcan entre en éruption. L’idée d’un monde où les hommes sont parfaitement heureux est donc illusoire, tous les hommes passent par des moments difficiles, la souffrance est inévitable. On peut donc choisir de croire, dans un monde où il y a beaucoup trop de chagrin, que le mal est indispensable dans notre vie pour donner sens au bien, mais que rien n’est éternel, toute situation est temporaire, donc ce qui importe, c’est qu’il y aura toujours une deuxième chance, chaque jour est une nouvelle opportunité à saisir, et si le coucher du soleil s’assimile à la finitude de quelque chose, alors sachez que toute finitude n’est qu’un commencement et que même la nuit la plus ténébreuse aboutira à l’aube, au lever du soleil, à un nouveau commencement, un nouveau départ, et qu’à chaque lever du soleil un monde à lui seul peut se composer.

Peut-on alors accéder au bonheur dans un monde de hauts et de bas ? Et doit-on s’abandonner au poids de ces bas qui inévitablement ravagent notre quotidien ?

La réponse serait qu’on ne sait pas ce que le hasard nous cache, la vie est un chemin dont la destination est inconnue, dont les détours sont aussi imprévisibles, mais parfois « le bonheur se cache dans l’inconnu », comme le disait Hugo. Il faut donc danser dans l’inconnu et garder l’espoir que la vie finit toujours par vous sourire, oui, tout comme le soleil finit toujours par se lever, malgré tous les coups durs que la vie jette sur votre chemin, malgré tous les bas !

Cette citation du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry résume un peu tout : « C’est une folie de haïr toutes les roses parce qu’une épine vous a piqué, d’abandonner tous les rêves parce que l’un d’entre eux ne s’est pas réalisé, de renoncer à toutes les tentatives parce qu’on a échoué… C’est une folie de condamner toutes les amitiés parce qu’une d’elles vous a trahi, de ne croire plus en l’amour juste parce qu’un d’entre eux a été infidèle, de jeter toutes les chances d’être heureux juste parce que quelque chose n’est pas allé dans la bonne direction. Il y aura toujours une autre occasion, un autre ami, un autre amour, une force nouvelle. Pour chaque fin il y a toujours un nouveau départ. »

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique Courrier n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, L’Orient-Le Jour offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires ni injurieux ni racistes.

Nul homme ne peut échapper au poids de la souffrance. Chaque homme en est témoin à un certain point de sa vie. Que ce soit à travers une dépression chronique, à travers la mort d’un proche, un échec dans ses études, une tristesse prolongée, des crises existentielles, une rupture d’amour ou d’amitié, la séparation, des disputes, du harcèlement, bref, nous sommes naturellement confrontés à des situations fatales qu’on souhaite éviter. Mais la souffrance n’épargne personne, elle est un palais insouciant qui nous emporte vers les confins ténébreux du monde, dans des gouffres sans fond où l’on croit que nul soleil ne pourra nous libérer de cet emprisonnement maudit. Mais il arrive que ce gouffre en pierre se métamorphose en un gouffre de diamants, par miracle, car la vie est imprégnée de petits miracles...
commentaires (1)

Et oui…. Regardez la guerre injuste de Poutine avec la peur d’une bombe atomique…..

Eleni Caridopoulou

18 h 02, le 09 novembre 2022

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Commentaires (1)

  • Et oui…. Regardez la guerre injuste de Poutine avec la peur d’une bombe atomique…..

    Eleni Caridopoulou

    18 h 02, le 09 novembre 2022

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