Pour les FSI, il a fallu fournir une aide au transport en vue d’aider les agents à se déplacer vers le lieu de formation. Photo DR
Dans un contexte de crise économique qui exacerbe les tensions au sein de la société, le programme « Promouvoir la police de proximité au Liban », financé à hauteur de 15 millions d’euros par l’Union européenne (UE) et chapeauté par un organisme public espagnol, FIIAPP (The International and Ibero-American Foundation for Administration and Public Policies), œuvre à renforcer la cohésion, la communication et la confiance entre les citoyens et le secteur sécuritaire, à savoir les Forces de sécurité intérieure et les polices municipales.
Les problèmes ne datent pas d’hier au sein de ces deux départements. « Avant la crise financière, des réticences à collaborer existaient parfois entre le commandement des FSI et les conseils municipaux, du fait notamment de différences confessionnelles », observe Thomas Valetas, représentant de Civi Pol, un organisme du ministère français de l’Intérieur, partenaire de la mise en œuvre du programme européen au Liban.
S’ajoute à cela une problématique de gouvernance. « Sur le plan local, les présidents de conseils municipaux ont leur propre perception de la sécurité. Déjà, avant la crise, la gouvernance centralisée était très faible. En théorie, le ministre de l’Intérieur est censé jouer le rôle d’une autorité de tutelle, mais dans l’état actuel, c’est le président du conseil municipal qui décide. Changer les mentalités est le grand défi en ces temps tourmentés », ajoute Thomas Valetas.
Les agents des FSI ne disposent pas du droit de vote, leurs salaires ne sont pas supérieurs à la moyenne des Libanais. Passés d’une rémunération d’environ 2 000 dollars à moins de 100 dollars par mois à la suite de la dépréciation de la livre libanaise ces trois dernières années, ces fonctionnaires ne s’en sortent plus. Pour subvenir aux besoins de leur foyer, nombre d’entre eux exercent une activité parallèle : chauffeur de taxi, employé de la restauration ou encore agriculteur.
« Ils viennent une ou deux fois par semaine au commissariat, ou à l’académie des FSI. Par exemple, les agents ne peuvent plus prendre en charge les prisons qui sont surchargées », souligne Consuelo Navarro Susino, coordinatrice du programme, dans un entretien avec L’Orient-Le Jour. « Le Liban a une stratégie pour les FSI. Nous sommes là pour les aider et les soutenir suivant leurs idées, pas les nôtres. »
Améliorer la police de proximité, un concept qui n’était pas familier aux Libanais. Photo DR
Rénovation et panneaux solaires dans les commissariats
Pour cela, le programme de l’UE travaille sur le développement des compétences des agents des FSI, en délivrant des formations à travers le pays. Au niveau de la police nationale, l’organisme espagnol FIIAPP supervise la rénovation de commissariats, en installant notamment des panneaux solaires dans quatre zones – Gemmayzé, Dekouané, Tripoli, Saïda – où les locaux ont été jugés en très mauvaises conditions.
Un autre objectif consiste à améliorer les services aux citoyens dans un contexte où les Libanais ont encore recours aux clans familiaux ou aux partis politiques pour se protéger. « Le concept de police de proximité est basé sur la connexion avec les gens. Les agents sont au service des citoyens », explique Thomas Valetas. « Pour cela, nous travaillons de manière rapprochée avec la police des différentes municipalités, tout particulièrement celles où nous faisons des rénovations. Nous délivrons des formations pour renforcer les capacités et fournissons aussi des équipements », poursuit-il.
De nouveaux uniformes de couleur bleue ont récemment été approuvés par le ministère libanais de l’Intérieur. Cette mesure vise selon lui « à faire évoluer la perception de la police chez les gens, à mieux identifier les agents municipaux, dès lors que tous les agents seront habillés de manière similaire ».
Une formation à l’extinction du feu. Photo DR
Une aide pour le transport
Afin d’assurer la participation aux ateliers de développement des compétences chez ces officiers démotivés par la crise, l’UE a accepté la recommandation autorisant le versement d’un per diem pour le transport vers l’académie des FSI située à Aramoun, ce qui a fortement accru le nombre d’inscrits et leur implication.
« En raison de la crise des carburants, nous avons pensé qu’il serait préférable que les formateurs se déplacent eux-mêmes vers les commissariats des différentes municipalités à travers le pays, poursuit Thomas Valetas. Mais cela s’est avéré plus difficile avec les FSI, dont le siège est très centralisé. Nous constituons actuellement un groupe de formateurs de policiers municipaux qui apporteront les connaissances au niveau local. »
Enfin, pour remédier à la crise, un mécanisme de coordination a été mis en place avec la société civile, dont six ONG partenaires impliquées dans les œuvres caritatives, les droits légaux, les droits des femmes, l’environnement ou encore la santé. « La crise provoque beaucoup de stress chez les agents. C’est pourquoi nous proposons un soutien psychologique et des formations en prévention du stress. C’est un travail sur le long terme, qui se fait en coordination avec d’autres projets similaires. Quand tout le monde vit les mêmes problèmes, c’est l’occasion de renforcer le lien entre les gens », conclut Consuelo Navarro Susino.



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