Brigitte Giraud, lauréate du Goncourt 2022 pour son roman « Vivre vite » (Flammarion). Julien de Rosa/AFP
C’est en hommage à son mari tué dans un accident il y a plus de vingt ans que la romancière française Brigitte Giraud a écrit Vivre vite, sans imaginer un instant qu’il lui vaudrait le Goncourt, le plus prestigieux des prix littéraires francophones. Native d’Algérie, Brigitte Giraud, qui réside à Lyon (centre est de la France), avait derrière elle une certaine expérience en littérature, mais peu de notoriété auprès du grand public. Et elle s’en accommodait très bien.
La liste est longue des professions qu’elle a exercées, après des études de langues (anglais, allemand, arabe) qui devaient faire d’elle une traductrice.
Elle l’aura été brièvement, pour l’industrie, mais c’est vers la culture qu’elle s’est tournée.
« J’ai été un peu libraire. J’ai travaillé comme journaliste, pigiste à Lyon Libération. Qu’est-ce que j’ai fait d’autre ? Conseillère littéraire pour des festivals... J’ai été éditrice aussi à un moment. Et j’ai écrit une dizaine de livres : romans, essais, nouvelles », détaille-t-elle lors d’un entretien.
Jean-Marc Roberts, son premier éditeur chez Fayard en 1997, l’avait chargée de créer une collection chez Stock. Elle l’avait baptisée La Forêt, en hommage à une chanson de The Cure, A Forest.
Sinon, ajoute-t-elle, « j’ai pas mal voyagé en Angleterre, pour la musique, dans les années 80. J’ai vécu en Allemagne... Tout ce que j’ai pu pour m’éloigner ».
Comme elle l’écrit dans Vivre vite (paru fin août chez Flammarion), un « drame », le 22 juin 1999 à Lyon, coupe sa vie en deux. Ce jour-là son mari, Claude, démarre trop vite à un feu, avec une moto trop puissante qui n’est pas la sienne, tombe et ne s’en relèvera pas.
L’heureuse lauréate du Goncourt 2022 Brigitte Giraud entourée des journalistes après l’annonce au restaurant Drouant à Paris. Bertrand Guay/AFP
« À bonne distance »
En 2001, elle avait raconté les semaines suivant cette mort dans À présent. Elle l’appelle « le livre de la sidération, de la déflagration, du fracas juste après ».
Car elle avait 36 ans, un fils très jeune, une maison qu’ils venaient d’acheter, dans laquelle elle a emménagé sans lui. Pour y commencer son deuil.
« J’ai vécu, j’ai publié des livres. J’ai repris pied, malgré tout, même si, dans ces cas-là, on devient quelqu’un d’autre », explique-t-elle aujourd’hui.
Elle a obtenu le Goncourt de la nouvelle 2007 pour le recueil L’amour est très surestimé. En 2019, elle a été finaliste du prix Médicis pour Jour de courage.
« Je savais depuis longtemps qu’il faudrait que j’écrive le livre. Le livre qui soit à la hauteur de Claude, de notre histoire d’amour, celui qui embrasse tout ça et qui recherche la vérité, toutes les vérités », dit-elle. Mais « je n’aurais pas pu l’écrire avant une période de 20 ans, parce qu’il fallait que je sois à bonne distance ».
Quand il a été temps de vendre la maison de Caluire-et-Cuire, à côté de Lyon, l’écriture est venue. Et avec elle, l’envie d’élucider certaines circonstances restées floues pendant de longues années.
Le récit, sobre, a été tout de suite bien accueilli par la critique et a attiré l’attention de plusieurs jurys des prix d’automne. Comme dans l’accident, fruit d’une chaîne d’événements improbables, « il y a eu, là aussi, un effet domino ». Mais « là il s’est passé de belles choses ».
Hugues HONORÉ/AFP
La course au Goncourt et au Renaudot
Brigitte Giraud a emporté le 120e Goncourt au 14e tour d’un scrutin très serré face à Giuliano da Empoli, grâce à la voix du président de l’académie Goncourt Didier Decoin qui compte double. Elle succède au Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr.
L’académie Goncourt a fait le choix d’une auteure peu connue du grand public et pas habituée aux gros chiffres de vente, poursuivant ainsi un certain renouveau.
Native d’Algérie, Brigitte Giraud, qui réside à Lyon (centre est de la France), a écrit une dizaine de livres, romans, essais ou nouvelles.
En choisissant Vivre vite, les jurés Goncourt élisent un récit sobre et sensible, qui a été tout de suite bien accueilli par la critique.
Longtemps favori, Giuliano da Empoli, 49 ans, qui a publié en avril Le Mage du Kremlin (éditions Gallimard), devra finalement se contenter du Grand Prix du roman de l’Académie française, qu’il a remporté fin octobre.
À nouveau présente en finale, la florissante littérature haïtienne voit encore une fois lui échapper le Goncourt, Makenzy Orcel (Une somme humaine chez Rivages) ne parvenant pas à s’imposer. Pas plus que Cloé Korman, auteure et plume des discours du ministre français de l’Éducation nationale, Pap Ndiaye, qui concourait avec Les Presque sœurs, aux éditions du Seuil.
Pour sa part, le prix Renaudot – remis juste après le Goncourt dans le même restaurant parisien– a été attribué à Simon Liberati pour Performance, sur un écrivain septuagénaire qui renoue avec le feu sacré en écrivant un scénario sur les Rolling Stones et a une relation avec une femme de près de 50 ans plus jeune que lui. Il a obtenu 6 voix parmi les membres du jury.
Les prix littéraires, qui inspirent souvent ceux souhaitant découvrir ou offrir un roman en fin d’année, sont un enjeu économique crucial. Le Goncourt en particulier garantit des centaines de milliers de ventes.

