Manifestation de la gauche, hier, à Paris. Julien de Rosa / AFP
Des milliers de personnes ont défilé dimanche à Paris pour une « marche contre la vie chère et l’inaction climatique », organisée par la gauche unie dans la Nupes qui veut contribuer à l’ébullition sociale de l’automne.
Le poing levé, Jean-Luc Mélenchon, cravate rouge et cocarde tricolore au revers de la veste, a pris place aux côtés de la Prix Nobel de littérature Annie Ernaux dans le carré de tête de la manifestation, qui a démarré avec un peu de retard à 14h30. On retrouvait au milieu des drapeaux nombre de députés LFI, comme Manuel Bompard, Alexis Corbière, Clémentine Autain, le numéro un du PS Olivier Faure, les écologistes Sandrine Rousseau et Éric Piolle, et encore Philippe Poutou (NPA).
Une centaine de bus ont été affrétés de toute la France pour cette marche soutenue par des associations et certaines fédérations syndicales. Il y avait quelque 140 000 personnes, selon les organisateurs. Quelque 30 000 manifestants étaient attendus par les services de police.
« Nous avons d’ores et déjà réussi notre pari. Ce n’est qu’un début », a estimé la députée LFI Aurélie Trouvé, cheville ouvrière de la marche. Peu avant, Jean-Luc Mélenchon avait évoqué « un immense succès ». « Il y a quelque chose qui se réveille, et c’est un très bon signe », s’est réjouie la députée LFI Clémence Guetté en évoquant une « démonstration de force ».
« Canicule sociale, le peuple a soif de justice », pouvait-on lire sur une pancarte brandie près de la place de la Nation. Une autre avertissait : « La retraite, c’est bien, l’offensive, c’est mieux ».
« On a vraiment besoin d’avoir un grand rapport de force populaire face à la politique de maltraitance sociale et écologique de ce gouvernement », a lancé dans la matinée la chef de file des députés LFI Mathilde Panot. Il s’agit de « remettre de l’ardeur dans les cœurs pour qu’ensuite (le mouvement) s’étende », selon l’insoumis François Ruffin.
Le ministre des Comptes publics Gabriel Attal a, lui, fustigé « une marche des partisans du blocage du pays ».
Jean-Luc Mélenchon, qui avait déjà fait défiler au printemps dernier plusieurs dizaines de milliers de personnes, avait lancé cette idée de marche dès juillet en estimant que la gauche devait impulser la contestation sociale contre le gouvernement en s’associant avec les syndicats, mais ceux-ci ne l’ont pas attendu pour faire monter la température.
La marche survient en pleine grève dans les raffineries de TotalEnergies, qui entraîne des pénuries de carburants (voir P. 4). Et après la mobilisation du 29 septembre, une autre journée interprofessionnelle a été lancée pour mardi par la CGT avec FO, Solidaires, FSU ainsi que des mouvements de jeunesse.
Le patron de la puissante confédération Philippe Martinez goûte peu à l’initiative de la gauche : « Les syndicats doivent être soutenus et on ne doit pas faire les choses en parallèle », a-t-il confié vendredi.
Prise en sandwich entre les deux manifestations syndicales, la « marche » est néanmoins complémentaire des efforts de la CGT, estiment ses organisateurs. Ainsi, Aurélie Trouvé anticipait : « D’expérience, il y a du monde à une manifestation quand il y a un climat insurrectionnel. »
Les services de police nourrissaient de « vraies craintes » face « à la venue de personnes violentes de l’ultragauche, des ultragilets jaunes qui voudraient perturber la manifestation ». « L’organisateur a été prévenu de ces craintes », a ajouté une source policière. Jérôme Rodrigues, figure emblématique des « gilets jaunes », était présent en début d’après-midi.
Meeting en marchant
La perspective d’éventuelles violences agace Jean-Luc Mélenchon, qui s’est interrogé : « Combien de fois on va devoir supporter que les gens aient peur d’aller en manif ? » Mais il s’est aussi réjoui que la manifestation permette à la Nupes « de remonter sur le cheval » après les douloureuses affaires Quatennens et Bayou.
Si la coalition continue de connaître quelques dissensions, ses composantes (LFI, le PS, EELV et le PCF) ont défilé toutes dans le cortège, de Nation à la Bastille. Le chef des communistes Fabien Roussel et l’ex-candidat écologiste à la présidentielle Yannick Jadot, sceptiques sur la Nupes, ont cependant indiqué avoir mieux à faire.
Le socialiste Olivier Faure a, lui, critiqué les propos de M. Mélenchon comparant la marche à un épisode de la Révolution française. Mais il devait bien prendre la parole lors d’un « meeting en marchant », sur le camion de la tête du cortège, ainsi que Léa Balage el-Mariky pour EELV, Ian Brossat pour le PCF et Jean-Luc Mélenchon. Et ce malgré des réserves sur le bien-fondé de l’intervention du leader de LFI formulées par certains partenaires. « Il n’est pas une personnalité rassembleuse », estimait par exemple un cadre écologiste en privé.
Bien que Jean-Luc Mélenchon, malgré ses pressions, ait dû faire une croix sur l’appel à manifester conjoint des confédérations syndicales, certaines fédérations, comme la CGT Commerce et la CGT Énergie Île-de-France, devaient être de la partie. Un délégué CGT de la raffinerie en grève de Gravenchon en Normandie, Germinal Lancelin, a participé au meeting.
Pour Jacques Montal, cheminot retraité venu du Lot, « les réquisitions des raffineries, ça va très loin ». « Aujourd’hui est une première étape, mardi, je pense qu’il y aura un mouvement fort. Et c’est fort possible que ça se poursuive après mardi. »
Source : AFP


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22 h 27, le 17 octobre 2022