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Politique - Présidentielle

Gebran Bassil contraint au pragmatisme

Le chef du CPL lance sa feuille de route et appelle Aoun et Raï à convoquer un dialogue pour une entente autour du futur chef de l’État.

Gebran Bassil contraint au pragmatisme

Le chef du CPL, Gebran Bassil, remettant au président de la République, Michel Aoun, la feuille de route de son parti, hier, à Baabda. Photo tirée du compte Twitter de la présidence @LBpresidency

Gebran Bassil a dû revoir ses calculs. Alors qu’il soufflait jusqu’ici le chaud et le froid sur ses ambitions présidentielles, se disant un jour « candidat logique » et le lendemain « pas intéressé » par la fonction, le chef du Courant patriotique libre semble être revenu à l’évidence : le Hezbollah ne mènera pas bataille pour sa candidature aux dépens du leader de Zghorta Sleiman Frangié. Le parti chiite avait bloqué l’échéance pendant deux ans afin de mener Michel Aoun à Baabda, le 31 octobre 2016.

Aujourd’hui, il adopte une démarche différente, appelant sans cesse à l’entente, loin des candidatures de provocation et de défi. Et Gebran Bassil sait qu’il sera très difficile pour lui de faire objet d’un compromis à la libanaise. Mais il sait aussi qu’aucun compromis ne pourra se concrétiser sans son aval. Certes, le leader maronite s’est en quelque sorte aligné sur la logique du Hezbollah, plaidant désormais pour l’élection d’un chef de l’État qui soit le fruit d’un dialogue élargi entre les protagonistes. Mais il veut que ce dialogue soit mené sous la houlette de... Bkerké et de Baabda. C’est ce qui ressort des entretiens que le chef du parti orange, à la tête d’une délégation du groupe parlementaire du Liban fort, a eus hier avec le patriarche maronite, Béchara Raï, et le président de la République, Michel Aoun. L’occasion pour le parti de remettre aux deux plus hautes autorités maronites du pays sa feuille de route dans la perspective de la présidentielle.

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Dans ses grandes lignes, ce projet dresse en quelque sorte le programme que le futur président devrait mettre en œuvre durant son mandat, notamment pour ce qui est des réformes politiques et économiques permettant de sortir le pays de la crise qui le secoue depuis plus de trois ans. La feuille de route du parti orange ne définit pas le profil du futur locataire de Baabda, mais insiste sur le fait qu’il doit être représentatif. Comprendre : le CPL n’avalisera pas la candidature de Sleiman Frangié qui n’a pu faire élire qu’un seul député à l’issue des législatives de mai dernier. Il n’en demeure pas moins que le CPL adopte désormais une approche plus pragmatique. « Nous tenons à ce que le président soit représentatif. Mais nous sommes conscients que toutes les composantes de la Chambre peuvent jouer la carte du défaut de quorum, soit pour empêcher la tenue des séances électorales, soit pour entraver l’élection d’un candidat appuyé par un camp déterminé. Il faut donc s’entendre sur un même nom. » C’est en ces termes que César Abi Khalil, député CPL de Aley, explique à L’Orient-Le Jour la démarche de son parti.

À l’issue de la réunion avec le patriarche Raï, M. Bassil a tenu des propos allant dans le même sens : « Nous sommes devant un Parlement où chaque camp est capable de faire un défaut de quorum et empêcher le camp adverse d’assurer 65 voix (requises pour élire un président à partir du deuxième tour, le premier tour ayant déjà eu lieu le 29 septembre). La solution consiste donc à mener un dialogue entre tous les protagonistes pour s’entendre sur une figure capable d’assurer le quorum des deux tiers (86 députés), exigé pour la tenue de la séance parlementaire, et la majorité (de 65 voix) », a-t-il déclaré. « Toute autre équation signifie le vide présidentiel », a averti le leader du CPL, appelant Béchara Raï et Michel Aoun à déployer des efforts et convoquer un dialogue qui permettrait de résoudre le dilemme.

Pour le moment, ni Bkerké ni Baabda ne se sont prononcés au sujet de la démarche du CPL. S’exprimant à la tribune du palais présidentiel, Gebran Bassil s’est contenté de déclarer que l’élection est aujourd’hui « à la tête des priorités du chef de l’État ». Selon lui, Michel Aoun est « favorable à toute démarche qui permettrait d’élire son successeur ». « Nous allons intensifier nos contacts dans ce sens », a-t-il ajouté. Les députés du CPL entendent en effet présenter la feuille de route à tous les protagonistes dans le cadre d’une tournée qui devrait démarrer dans les prochains jours.

L’opposition toujours à la peine

La démarche du CPL intervient deux jours avant la deuxième séance consacrée à l’élection d’un nouveau président, prévue demain à 11 heures. Une séance que le courant aouniste boycottera parce qu’elle coïncide avec la commémoration du 13 octobre 1990, date de l’assaut des troupes syriennes contre le palais de Baabda où se trouvait le général Michel Aoun, alors chef du gouvernement militaire de transition. Mais cette position ne compromet pas la tenue de la réunion, le quorum des deux tiers des députés étant assuré. Car le Hezbollah ne se solidarisera pas avec son allié chrétien, mais avec son partenaire chiite, le président de la Chambre, Nabih Berry, farouche adversaire du camp de la présidence. « Il ne faut pas exagérer. Le CPL s’est opposé à la date du 13 octobre, ni plus ni moins », dit à L’OLJ Mohammad Afif, porte-parole du Hezbollah. Pour leur part, plusieurs composantes de l’opposition s’apprêtent à se rendre à l’hémicycle demain. Tel est le cas des Forces libanaises, des Kataëb et du Parti socialiste progressiste. Dans une réédition du scénario de la séance du 29 septembre, ces partis comptent accorder leurs voix à Michel Moawad, qui avait alors récolté les votes de 36 députés affiliés à ce camp. Sauf que le député de Zghorta n’arrive toujours pas à rallier à sa cause ceux qui l’avaient privé de leur appui. À commencer par les treize parlementaires de la contestation qui, après avoir soutenu l’homme d’affaires Salim Eddé lors de la première séance, sont actuellement à la recherche de nouvelles figures. Selon eux, M. Eddé n’est pas favorable à l’idée de se porter candidat à la magistrature suprême.

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De même, les députés majoritairement sunnites du Nord campent sur leur position : ils se rendront à la Chambre demain et voteront une nouvelle fois pour « le Liban ». La rencontre, hier, entre le candidat zghortiote et une délégation de ces députés (qui s’étaient rendus à Dar el-Fatwa aussi durant la journée) n’a en effet pas débouché sur un accord permettant à M. Moawad de muscler son score. « Nous n’allons pas voter pour une figure qui ne sera pas élue faute de quorum », affirme à L’OLJ Ahmad Kheir, député de Minyé. Une attitude qui laisse croire que les efforts déployés par l’ambassadeur d’Arabie saoudite à Beyrouth, Walid Boukhari, pour unifier les rangs de la communauté sunnite et empêcher l’élection d’un candidat du Hezbollah n’ont toujours pas porté leurs fruits. « Le royaume n’intervient pas dans le dossier de la présidentielle », se contente de réagir Ahmad Kheir.

Gebran Bassil a dû revoir ses calculs. Alors qu’il soufflait jusqu’ici le chaud et le froid sur ses ambitions présidentielles, se disant un jour « candidat logique » et le lendemain « pas intéressé » par la fonction, le chef du Courant patriotique libre semble être revenu à l’évidence : le Hezbollah ne mènera pas bataille pour sa candidature aux dépens...
commentaires (10)

Je lui suggère plutôt de commencer à ranger ses cartons et faire ses valises. L’heure du départ se rapproche inexorablement. Console toi Gebran, tu pourras toujours aller faire du tourisme en République Islamique d’Iran. Malheureusement les marques de luxe n’y sont présentes. Ton épouse et toi même pourrez vivre sans les marques de luxe ???

Lecteur excédé par la censure

16 h 55, le 12 octobre 2022

Tous les commentaires

Commentaires (10)

  • Je lui suggère plutôt de commencer à ranger ses cartons et faire ses valises. L’heure du départ se rapproche inexorablement. Console toi Gebran, tu pourras toujours aller faire du tourisme en République Islamique d’Iran. Malheureusement les marques de luxe n’y sont présentes. Ton épouse et toi même pourrez vivre sans les marques de luxe ???

    Lecteur excédé par la censure

    16 h 55, le 12 octobre 2022

  • Qu'est ce que c'est que ces propositions a la mormoil ? En quoi le president "sortant" aurait son mot a dire sur le choix de son successeur ? Il se croit en Arabie Saoudite le Gaby Bassil ?????

    Michel Trad

    13 h 55, le 12 octobre 2022

  • PYGMEE TU FUS, PYGMEE TU ES, PYGMEE TU RESTERAS.

    LA LIBRE EXPRESSION

    13 h 44, le 12 octobre 2022

  • PEUT ÊTRE LES 13 VONT VOTER POUR MOI SANS ME LE DIRE. CE SONT DES CRACKS EN POLITIQUE QUI VEULENT SAUVER LE LIBAN. CEUX DU AKKAR AUSSI. COMME LES GENS PERDUS QUI TAPENT LEUR TÊTE DANS LE MUR. VOTER, VOTER UTILE LES ABRUTIS.

    Gebran Eid

    13 h 23, le 12 octobre 2022

  • Chers compatriotes, cessons de nous leurrer, le Hezbollah veut imposer le président de son choix par la force de ses armes. Tout autre président nous lèverait directement à une confrontation armée avec le Hezbollah. Donc soit on se soumet soit on se défend soit on divorce. Le plus sage est la dernière option. Le système politique actuel n’est plus viable. Nous avons largement démontré que nous sommes incapables de nous gouverner et que tous les dirigeants ne sont là que pour voler et s’enrichir frauduleusement

    Lecteur excédé par la censure

    12 h 37, le 12 octobre 2022

  • Pragmatisme dites-vous? Mais assez parler de choses sensées avec des vendus qui ne s’intéressent qu’à leur pomme et en particulier cet énergumène qu’on peine à isoler pour le faire taire et le mettre devant ses responsabilités qui ont ruiné notre pays. Il s’érige en donneur d’ordre à Bkerké et à Baabda suite à une rencontre avec le patriarche qui ne cesse de cumuler les erreurs en l’invitant au dialogue alors qu’il sait que c’est une cause perdue et que cet individu est irrécupérable. Il est et restera dans le camp des fossoyeurs qui lui ont permis des heures de gloire aux dépens de la souveraineté et de la survie de son propre pays et c’est tout ce qu’il cherche à présent. Il fera tout pour regagner leur confiance et leur clémence et se placer en sauveur de leur politique destructive pour s’assurer une place et continuer à compter comme étant un des leurs puisque ca rapporte et tant pis pour le pays qui l’a vu naître et mal tourné.

    Sissi zayyat

    11 h 48, le 12 octobre 2022

  • Au lieu d’imposer les règles, Berry ferait mieux de poser sa valise. C’est la fin du voyage…

    Gros Gnon

    09 h 35, le 12 octobre 2022

  • "… Gebran Bassil sait qu’il sera très difficile pour lui de faire l’objet d’un compromis à la libanaise …" - Il devait probablement confondre avec le proverbe: con promis, chose due…

    Gros Gnon

    09 h 33, le 12 octobre 2022

  • Voici ce que dit la Constitution (IV 49) : "Le Président de la République est élu, au premier tour, au scrutin secret à la majorité des deux tiers des suffrages par la Chambre des députés. Aux tours de scrutins suivants, la majorité absolue suffit". Pour la 1000ème fois, il n'est question ni du quorum des 2/3, ni de la majorité des députés, mais de celle des SUFFRAGES. Autrement dit, il n'est nul besoin de 65 voix pour élire un président. Mais c'est Berry qui impose les règles, pas la Constitution!

    Yves Prevost

    07 h 13, le 12 octobre 2022

  • Seul un recours à la rue, très majoritairement en faveur d’un candidat comme Michel Moawad, peut débloquer les choses, qu’on se le dise une fois pour toutes. Ni les petits nouveaux ni les haririens ne peuvent se permettre d’être en porte à faux avec leur propre rue qui ne comprend pas pourquoi ils ne votent pas Moawad. Et pour rappel aucun texte ne dit qu’au second tour le quorum des deux tiers est requis, c’est l’interprétation personnelle du duc du parlement de Berry qui le dit. Donc l’usage du défaut de quorum par le Hezbollah et ses alliés tiendra encore moins devant la pression populaire.

    Citoyen libanais

    06 h 36, le 12 octobre 2022

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