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Économie - Pénurie

Carburants : la grève se poursuit en France, les files aux stations s’allongent, le gouvernement réquisitionne

Si les images de cette pénurie ressemblent à s’y méprendre à celles qu’ont connues les automobilistes libanais, la raison derrière ce manque d’approvisionnement des pompes n’est pas la même.

Carburants : la grève se poursuit en France, les files aux stations s’allongent, le gouvernement réquisitionne

En France, les files d’automobilistes atteignent plusieurs kilomètres dans certaines stations. Samer al-Doumy/AFP

Depuis plusieurs jours, il y a comme un air de Liban qui flotte en France. C’est en tout cas ce qu’ont pu ressentir les Libanais connectés lorsque, en parcourant les réseaux sociaux, des images de files d’attente à rallonge aux abords de stations-service ont défilé devant leurs yeux incrédules. Si certains ont d’abord cru à un retour des pénuries de carburant qu’a connues le Liban à l’été 2021, quelle ne fut pas leur surprise quand, y regardant de plus près, ils ont réalisé que ces vidéos étaient tournées dans l’Hexagone. « J’ai envoyé un message à ma fille, qui vit à Paris, pour lui proposer un bon pour aller s’approvisionner en essence, raconte Marie-Jo sur le ton de la plaisanterie. Au Liban, on est toujours en avance sur les crises, mais comment voudra-t-on que la situation s’améliore ici si elle dégénère là-bas ? »

Si les images de cette pénurie ressemblent à s’y méprendre à celles qu’ont connues les automobilistes libanais, la raison derrière ce manque d’approvisionnement des pompes n’est pas la même. En cause en France : une grève des travailleurs de certaines raffineries du pays, principalement au sein des groupes TotalEnergies et Esso-ExxonMobil, perturbant l’approvisionnement des stations-service. Répondant à l’appel de la Confédération générale du travail (CGT), les grévistes ont reconduit hier le mouvement, réclamant toujours une augmentation salariale suite à la hausse du taux d’inflation et à celle de hauts profits de ces deux groupes engrangés sur les six premiers mois de cette année : 10,6 milliards de dollars de bénéfices au premier semestre 2022 pour TotalEnergies et 17,9 milliards de dollars au second trimestre 2022 au niveau mondial pour Esso-ExxonMobil, selon les chiffres publiés par le journal Le Monde.

Alors que des négociations étaient toujours en cours avec le groupe, la Première ministre française Élisabeth Borne a ainsi annoncé hier en fin d’après-midi la réquisition des personnels pour le déblocage des dépôts de carburants français du groupe Esso-ExxonMobil, où un accord salarial a été conclu lundi par deux organisations syndicales, majoritaires à l’échelle du groupe mais pas de ses raffineries. « Le dialogue social, c’est avancer dès lors qu’une majorité s’est dégagée. Ce ne sont pas des accords a minima. Les annonces de la direction sont significatives. Dès lors, j’ai demandé aux préfets d’engager, comme le permet la loi, la procédure de réquisition des personnels indispensables au fonctionnement des dépôts de cette entreprise », a-t-elle déclaré, au lendemain d’une réunion d’urgence dans ses bureaux à Matignon. En attendant, sur le terrain, c’est « la panique », titrait hier l’Agence France-Presse.

Témoignages

Une panique pour le moment restreinte au secteur de la santé. Ainsi, dans les régions d’Île-de-France et de l’Oise, particulièrement affectées par la pénurie de carburant, des infirmiers libéraux se sont inquiétés auprès de l’AFP de ne plus pouvoir visiter leurs patients et de mettre en danger leur santé. « Ce matin, j’ai perdu une heure trente pour trouver une pompe de gazole pour m’approvisionner sur mon jour de repos. Le pire, c’est que je n’ai pu remplir que 20 litres, juste après moi il n’y avait plus rien. Je vais devoir recommencer d’ici à deux jours, je suis déjà en panique », témoigne Albertine Morais, infirmière à Clichy-la-Garenne, qui parcourt en moyenne une centaine de kilomètre par jour. « J’ai passé trois heures (lundi midi) dans la file d’attente d’une station. J’ai dû faire ma tournée en speed et laisser mes patients en stand-by pour aller faire le plein rapidement. J’ai fait les gros soins le matin, c’est-à-dire les toilettes et insulines, et les pansements plus tard dans l’après-midi », raconte de son côté Sandrine Monteiro, infirmière libérale qui parcourt en moyenne 150 km tous les jours. En conséquence de ces difficultés de ravitaillement en carburant pour ce secteur essentiel, des syndicats d’infirmiers libéraux ont réclamé lundi soir « un accès prioritaire » à toutes les stations.

Au-delà de ce secteur, les témoignages de particuliers coincés dans les files d’attente affluent, notamment en banlieue parisienne, où des automobilistes résignés s’armaient de patience hier devant des stations-service prises d’assaut, souvent obligés d’attendre plusieurs heures pour parvenir à faire le plein. À 7 heures hier, une file de véhicules s’étirait sur plusieurs centaines de mètres devant une station d’essence TotalEnergies de Montreuil (Seine-Saint-Denis), pourtant en rupture totale de carburant depuis lundi soir.

« Le pompiste nous a dit qu’il serait peut-être réapprovisionné vers 8 heures, mais il n’a pas su nous dire avec quel type de carburant », soupire David, emmitouflé dans une grosse doudoune. « J’ai trouvé des solutions toute la semaine, mais au bout d’un moment ce n’est plus possible », déplore ce mécanicien qui utilise désormais les transports en commun pour aller travailler, mais a besoin de son véhicule pour faire ses courses. En tête de la file d’attente, Mohand, lui, n’a « pas le choix ». Arrivé dès 5 heures, une heure avant l’ouverture de la station, ce salarié d’une entreprise de sécurité fait 100 km par jour pour se rendre sur son lieu de travail. « Je ne peux pas y aller, j’ai été obligé de prendre un arrêt maladie », assure-t-il. Après avoir déjà fait la queue pendant près de deux heures devant une station-service de la porte de Vincennes, à Paris, lundi, il avait été contraint de rentrer chez lui bredouille après que la station s’était déclarée en rupture de carburants.

Depuis plusieurs jours, il y a comme un air de Liban qui flotte en France. C’est en tout cas ce qu’ont pu ressentir les Libanais connectés lorsque, en parcourant les réseaux sociaux, des images de files d’attente à rallonge aux abords de stations-service ont défilé devant leurs yeux incrédules. Si certains ont d’abord cru à un retour des pénuries de carburant qu’a connues le Liban à l’été 2021, quelle ne fut pas leur surprise quand, y regardant de plus près, ils ont réalisé que ces vidéos étaient tournées dans l’Hexagone. « J’ai envoyé un message à ma fille, qui vit à Paris, pour lui proposer un bon pour aller s’approvisionner en essence, raconte Marie-Jo sur le ton de la plaisanterie. Au Liban, on est toujours en avance sur les crises, mais comment voudra-t-on que la situation s’améliore...
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