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Sport - Formule 1

Verstappen couronné dans la confusion au Japon

Pour la seconde année consécutive, le jeune pilote néerlandais a été sacré champion du monde de F1 grâce à sa victoire au Grand Prix du Japon. Longtemps interrompue puis tronquée à cause de la pluie, la course aurait également pu donner lieu à un nouveau drame.

Verstappen couronné dans la confusion au Japon

Max Verstappen porté en triomphe par les membres de l’écurie Red Bull après l’officialisation de son second sacre consécutif en formule 1, au terme du Grand Prix du Japon. Issei Kato/Reuters

Fidèle à sa réputation, le Grand Prix du Japon ne fait rien comme les autres. Théâtre de certaines pages mémorables de l’histoire de la F1, mais aussi de l’une de ses plus tragiques, le circuit de Suzuka s’est une nouvelle fois distingué par son incroyable dénouement.

Démarrée sur une piste détrempée, la course a d’abord été stoppée dès le 3e tour en raison des trombes d’eaux tombées sur la piste ayant contraint Carlos Sainz (Ferrari) et Alexander Albon (Williams) à l’abandon. Après plus de deux heures d’attente, les pilotes sont finalement ressortis du paddock, malgré des conditions météorologiques toujours si peu favorables, le temps de 25 tours supplémentaires aux termes desquels Max Verstappen (Red Bull) est arrivé en tête devant Charles Leclerc (Ferrari) et son coéquipier mexicain Sergio Pérez.

En franchissant la ligne d’arrivée, le Batave n’a pourtant pas célébré sa victoire. Déjà trompé par l’absence de drapeau à damiers, que les commissaires n’ont déployé qu’après son passage, il pensait surtout ne pas avoir glané suffisamment de points pour creuser définitivement l’écart sur ses poursuivants au classement.

Arrivé deuxième de la course et dauphin de Verstappen au championnat avant la manche japonaise, Leclerc a finalement été pénalisé de cinq secondes pour avoir coupé un virage et « gagné un avantage » contre Pérez qui le pourchassait. Le pilote monégasque a ainsi perdu sa 2e place au profit de Pérez, un changement qui a permis au Néerlandais de 25 ans d’être titré, comme en 2021.

Au début, lui-même n’y a pas cru et il s’est d’abord félicité de sa victoire, avant de se projeter sur le prochain Grand Prix pour viser le titre mondial. « Je ne pensais pas avoir gagné le titre », a expliqué Verstappen dont le premier sacre mondial avait déjà eu lieu dans un tel scénario rocambolesque lors du dernier tour de la dernière course de la saison 2021, à Abou Dhabi.

« Le deuxième titre est plus beau »

« C’est fou, mes sentiments sont partagés », a réagi « Mad Max » qui entre dans le cercle fermé des 17 pilotes multititrés au plus haut niveau mondial. « Le premier (titre) était plus émouvant, le deuxième est plus beau », a-t-il poursuivi.

Verstappen compte désormais 113 points d’avance sur Pérez, qui passe 2e, et 114 points sur Leclerc. Il ne peut plus être rejoint car un maximum de 112 points restent à empocher lors des quatre dernières courses. Contre toute attente, le barème de points normal a finalement été appliqué dimanche, malgré le fait que la course ait été amputée de près de la moitié des tours de piste normalement prévus. Les pilotes n’en ont parcouru que 28 sur 53, dans le délai maximum de trois heures après le départ, prévu par le règlement.

« Je ne pensais pas être titré car je ne savais pas si j’allais avoir la totalité des points », a expliqué Verstappen en conférence de presse. Mattia Binotto, patron de l’écurie Ferrari, s’est lui-même dit « confus » et pensait que tous les points n’allaient pas être attribués à Verstappen (qui aurait alors remporté seulement 19 points et n’aurait pas été titré).

Malgré ce nouvel imbroglio, nul ne peut contester la supériorité dont le pilote Red Bull a fait preuve tout au long de la saison, lui qui a emmené à 12 reprises sa monoplace sur la première marche du podium lors des 18 courses disputées jusqu’alors. « Félicitations à Max, c’est un titre totalement mérité », a reconnu Leclerc qui n’aura finalement pas fait le poids cette saison au volant de sa Ferrari. Devant des tribunes remplies à guichets fermés, remplies par 90 000 fans ayant bravé la pluie, le Néerlandais a reçu le couronnement qu’il méritait avant de le célébrer dignement avec son écurie.

Mêmes causes, mêmes effets

Ce premier GP du Japon depuis 2019, après deux saisons d’absence en raison de la pandémie, ne pourra toutefois être dissocié de la nouvelle erreur flagrante commise par les commissaires de course, dont la négligence a mis Pierre Gasly dans un grand danger. À la frontière de l’inconscience et de l’amateurisme, les responsables ont commis la même erreur qui, sur ce même circuit de Suzuka il y a huit ans, avait coûté la vie à un autre jeune pilote français.

Parti en pole position, Verstappen était parvenu à conserver la tête malgré le très bon envol et la tentative de dépassement de Leclerc. Mais l’explication entre les deux hommes a vite tourné court, la faute à l’asphalte détrempé qui a envoyé le Thaïlandais Alex Albon (Williams) et l’Espagnol Carlos Sainz (Ferrari) dans le décor.

« Je ne comprends pas pourquoi le départ a été donné, c’était dangereux », a réagi Albon sur Canal+. Loin d’être le seul à s’étonner de la décision des directeurs du GP, les coureurs ont eu en prime la mauvaise surprise de voir débarquer sur la piste un camion de dépannage, venu évacuer la Scuderia de Sainz, alors que certains d’entre eux n’avaient pas encore eu le temps de rentrer aux stands.

Une aberration qui a provoqué l’ire de tout le paddock, Pierre Gasly en tête qui a croisé à pleine vitesse l’imposant engin en sortie de virage : « C’est inacceptable ! Comment c’est possible ? Je n’arrive pas à y croire », a-t-il hurlé au volant de sa monoplace dans une séquence captée par la caméra embarquée de F1TV.

Cet événement fait tristement écho à l’accident dont avait été victime Jules Bianchi en 2014. Sur la même piste mouillée, le jeune pilote français avait perdu le contrôle de sa Marussia dans le virage 7 avant de s’encastrer sous un engin de levage qui finissait lui aussi d’évacuer la Sauber de l’Allemand Adrian Sutil, sortie de la piste au tour précédent. Il avait ensuite succombé en juillet 2015, dans sa ville natale de Nice, après plusieurs mois passés dans le coma.

Un incident d’autant plus inévitable qu’il s’est produit sous le régime du drapeau rouge, brandi justement pour sommer aux pilotes de revenir aux stands, et qui aurait pu être dramatique sous une pluie battante provoquant une absence presque totale de visibilité.

« J’aurais pu me tuer ! » s’est exclamé Gasly une fois rentré dans son stand, qui a ensuite fait le tour des micros après la course pour exprimer son indignation. « C’est irrespectueux envers Jules, envers toute sa famille, a-t-il témoigné, très ému, auprès de Canal+. Je suis juste heureux d’être en vie. »

Loin d’émouvoir les commissaires, le Français, qui rejoindra la saison prochaine l’écurie Alpine, a même écopé d’une pénalité de vingt secondes « pour avoir continué à rouler à plus de 200 km/h à plusieurs reprises sous le régime du drapeau rouge », a indiqué la Fédération internationale de l’automobile dans un communiqué. Une décision qui l’a fait rétrograder à la 18e place à l’issue de la course.

L’instance a également annoncé qu’elle avait lancé, « comme c’est le cas dans ces circonstances », une enquête approfondie sur le déploiement des engins de dépannage, « à la suite des témoignages d’un certain nombre de pilotes ».

« C’est pire qu’inacceptable », a déclaré le directeur de l’écurie Alfa Romeo, Frédéric Vasseur, qui s’inscrit dans la grogne générale qui a gagné l’ensemble des pilotes après le GP. « Comment ça a pu arriver ? Nous avons perdu une vie dans cette situation il y a quelques années. Nous risquons nos vies, surtout dans ces conditions », s’est indigné le Britannique Lando Norris (McLaren). Sergio Pérez s’est montré tout aussi furieux sur son compte Twitter : « Comment pouvons-nous bien faire comprendre que nous ne voulons jamais voir une grue sur la piste ? Nous avons perdu Jules à cause de cette erreur. Ce qui est arrivé aujourd’hui est totalement inacceptable ! » a renchéri le coéquipier de Verstappen chez Red Bull.

La controverse n’a d’ailleurs pas tardé à parvenir aux oreilles de la famille du pilote regretté : « Aucun respect pour la vie des pilotes, aucun respect pour la mémoire de Jules, incroyable », a écrit son père Philippe Bianchi, sur Instagram.

Ce fait de course, qui risque de faire date dans la mémoire des pilotes, confirme l’éternelle dramaturgie entourant ce Grand Prix du Japon. Toujours prompt à danser avec la camarde dès que la pluie vient s’abattre sur lui, le circuit nippon avait déjà été l’épilogue d’une saison dantesque il y a près d’un demi-siècle, en 1976.

Sous le déluge de Fuji, le fantasque britannique James Hunt avait pris tous les risques au volant de sa McLaren pour s’adjuger, d’un petit point, le titre mondial aux dépens de Niki Lauda. Le visage encore marqué par les flammes, dont il avait été sauvé in extremis quatre mois plus tôt après un accident sur le circuit allemand de Nürburgring, l’Autrichien avait alors décidé de quitter la course au bout de deux tours de piste.

Conscient mieux que quiconque des risques encourus sous de telles trombes d’eau, le triple champion du monde n’avait pas mâché ses mots à l’égard des commissaires de course. « Ils sont fous, c’est beaucoup trop dangereux », avait-il déclaré, indigné contre des organisateurs qui n’avaient, déjà à l’époque, pas appris de leurs erreurs.

Fidèle à sa réputation, le Grand Prix du Japon ne fait rien comme les autres. Théâtre de certaines pages mémorables de l’histoire de la F1, mais aussi de l’une de ses plus tragiques, le circuit de Suzuka s’est une nouvelle fois distingué par son incroyable dénouement.Démarrée sur une piste détrempée, la course a d’abord été stoppée dès le 3e tour en raison des trombes d’eaux tombées sur la piste ayant contraint Carlos Sainz (Ferrari) et Alexander Albon (Williams) à l’abandon. Après plus de deux heures d’attente, les pilotes sont finalement ressortis du paddock, malgré des conditions météorologiques toujours si peu favorables, le temps de 25 tours supplémentaires aux termes desquels Max Verstappen (Red Bull) est arrivé en tête devant Charles Leclerc (Ferrari) et son coéquipier mexicain Sergio...
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