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Politique - Décryptage

La réunion de Dar el-Fatwa, une initiative qui ne fait pas l’unanimité

Demain devrait être un grand jour sur la scène politique sunnite. Le mufti de la République Abdellatif Deriane a convoqué les députés de la communauté pour une réunion à Dar el-Fatwa à partir de 16 heures. En principe, cette réunion est destinée à souder les rangs sunnites éparpillés depuis le départ du chef du courant du Futur Saad Hariri aux Émirats arabes unis et la suspension de ses activités politiques. Elle devrait être suivie d’une autre rencontre et d’un dîner au siège de l’ambassade d’Arabie saoudite à Yarzé.

Le ton est ainsi donné. Il s’agit, selon des sources proches de Dar el-Fatwa, d’une initiative clairement appuyée par l’ambassadeur d’Arabie Walid Boukhari pour rassembler les députés sunnites dans la perspective de l’élection présidentielle qui devrait se tenir en principe avant le 31 octobre.

Des initiatives similaires pour unifier les rangs sunnites sous la houlette du mufti Deriane, avec la bénédiction de l’ambassadeur saoudien, avaient eu lieu peu de temps avant la tenue des élections législatives en mai dernier. Il s’agissait alors de mobiliser les électeurs sunnites en faveur des candidats choisis par l’ancien président du Conseil Fouad Siniora. Mais les efforts déployés par le mufti n’avaient pas été couronnés d’un succès éclatant, car de la liste appuyée par Siniora à Beyrouth, seul le candidat druze a été élu (Fayçal el-Sayegh), alors que dans plusieurs autres circonscriptions, des candidats proches de la mouvance du Futur ont été élus face à d’autres appuyés par Dar el-Fatwa et ses alliés. D’ailleurs, les élections législatives de mai avaient montré un véritable éparpillement des voix sunnites. Fouad Siniora, Nagib Mikati et Tammam Salam n’ont pas de députés au sein du nouveau Parlement. Seul Saad Hariri a un bloc de sept figures traditionnellement dans sa mouvance. Les 20 autres députés sunnites (il y en a 27 au Parlement) sont divisés entre ceux qui sont proches du Hezbollah, ceux qui sont affiliés aux Ahbache, à la Jamaa islamiya et à des groupes divers dont ceux du changement. C’est donc pour mettre un terme à cet éparpillement, alors que d’importantes échéances attendent le Parlement, que le mufti a décidé, sur l’impulsion de l’ambassadeur saoudien, d’organiser cette réunion.

Au moins trois députés ont déjà fait savoir qu’ils n’y assisteront pas. Il s’agit d’Ibrahim Mneimné et Halima Kaakour, deux députés de la contestation, ainsi que du député indépendant Oussama Saad. Jihad el-Samad n’avait pas encore donné de réponse hier soir. D’autres comme Mohammad Yehia (groupe du Liban fort), Yanal Solh et Melhem Hojeiri (élus sur la liste du tandem chiite à Baalbeck-Hermel) laissent entendre qu’ils n’ont pas (encore) été conviés.

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À ce stade, près de 20 députés devraient donc assister à cette réunion, dont notamment les députés proches du courant du Futur. Jeudi, une réunion de personnalités sunnites avait d’ailleurs eu lieu sous l’égide de l’ancien ministre des Télécoms dans le dernier gouvernement de Saad Hariri en 2019, Mohammad Choucair. Ce dernier a lancé un appel à tous les députés sunnites pour répondre à l’invitation du mufti Deriane.

Cet appel sera-t-il entendu ? La réunion annoncée pourra-t-elle rassembler les députés sunnites pour qu’ils adoptent une position commune et puissent ainsi peser sur les échéances à venir ? Les avis sont partagés. La plupart des forces politiques sunnites traditionnelles appuient cette initiative, mais d’autres la critiquent. Parmi ceux-là, des figures qui refusent la classification confessionnelle et prônent un changement dans l’approche politique habituelle. D’autres estiment que l’invitation du mufti manque de clarté. Aucun programme de la réunion ni liste des thèmes qui y seront discutés n’a été remis aux députés. Ce qui laisse supposer que la réunion a été décidée à la hâte et qu’elle manque de vision. D’autres encore ne sont pas très chauds pour se rendre après la réunion de Dar el-Fatwa au siège de l’ambassade saoudienne parce qu’ils craignent que ce parrainage direct ne nuise à l’initiative.

Selon des sources proches de Dar el-Fatwa, d’autres raisons, liées à la situation intérieure dans ce lieu hautement symbolique, pourraient faire échouer cette initiative. Comme c’est le cas dans de nombreuses institutions, les fonctionnaires se plaignent des bas salaires et le mufti n’est pas en mesure de répondre à leurs doléances. De même, ce dernier est en conflit ouvert avec les membres du tribunal chérié, qu’il s’agisse des juges ou des conseillers. Il est aussi en crise avec les responsables des wakfs qui sont chargés de la gestion des mosquées dans les régions. Un imam de mosquée à Beyrouth aurait même dit aux fidèles que Dar el-Fatwa n’a pas les moyens de se procurer du mazout pour la mosquée et qu’ils devraient donc le payer eux-mêmes. Pour toutes ces raisons, il est difficile de croire qu’une telle initiative pourrait aboutir dans de telles circonstances, précisent ces sources. Et de demander comment le mufti, qui n’a pas réussi à mobiliser les électeurs en faveur des listes qu’appuyait Dar el-Fatwa, pourrait réussir aujourd’hui. Les partisans de l’initiative, eux, pensent que les circonstances sont différentes et que les sunnites ont plus que jamais besoin de s’unifier.


Demain devrait être un grand jour sur la scène politique sunnite. Le mufti de la République Abdellatif Deriane a convoqué les députés de la communauté pour une réunion à Dar el-Fatwa à partir de 16 heures. En principe, cette réunion est destinée à souder les rangs sunnites éparpillés depuis le départ du chef du courant du Futur Saad Hariri aux Émirats arabes unis et la...

commentaires (4)

L’éventuel échec de l’initiative du mufti pourrait servir de leçon aux libanais pour s’unifier et se réunir en tant que citoyens appartenant à la patrie et non à leurs communautés respectives

Hitti arlette

14 h 13, le 23 septembre 2022

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Commentaires (4)

  • L’éventuel échec de l’initiative du mufti pourrait servir de leçon aux libanais pour s’unifier et se réunir en tant que citoyens appartenant à la patrie et non à leurs communautés respectives

    Hitti arlette

    14 h 13, le 23 septembre 2022

  • Toutes les gesticulations confessionnelles sont suspectes. Meme celles qui pretendent faite face a la milice ultra confessionnelle du Hezb.

    Michel Trad

    09 h 56, le 23 septembre 2022

  • Madame Haddad, vous ne vous lassez pas d’écrire toujours les mêmes choses ! Sortez un peu de votre cocon et regardez comment vit la majorité de la population libanaise. Tout le monde n’est membre ou proche du Hezbollah/CPL pour profiter de ce qu’il reste à voler dans le pays

    Liberté de penser et d’écrire

    09 h 31, le 23 septembre 2022

  • Après la politique molle et désastreuse de Saad hariri, les sunnites devraient un jour ou l’autre réaliser que ce n’est pas les malheureux 3 milliards de dollars du FMI qui vont renflouer le Liban, ni les dons iraniens de missiles et de menaces guerrières. Avec des excedents budgetaires de plus de trois cents milliards de dollars, les pays arabes du Golfe , désireux d’aider le Liban, comme ils l’ont fait en 2006 suite à la guerre irréfléchie du hezbollah, peuvent eux par contre nous sortir de l’enfer promis par le « mandat fort ». Entre ces deux options, et sans trop philosopher, le choix est clair.

    Goraieb Nada

    08 h 30, le 23 septembre 2022

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