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Nos Lecteurs ont la Parole

Sans amour...

Sans amour...

« Le Baiser » de Gustav Klimt. Photo DR

Les photos et les tableaux parlent plus facilement que les mots. Ça a été le cas depuis toujours, ça l’est encore plus ces derniers temps, constatant avec un énorme regret que la culture de l’imprimé disparaît peu à peu.

Ils expliquent avec succès et en un temps record ce que des paragraphes entiers et des livres et des articles essaient de communiquer, constatant avec un énorme regret la perte de l’intérêt pour la lecture et la perte de patience.

Heureusement que l’art et les photos sensibilisent encore en prenant le relais. La plupart pourvoient dans leur message la banalité du basculement d’une humanité qui perd son humanité. D’un tableau, le Baiser de Klimt, célébrant l’amour dans toute sa vérité picturale et sa majesté à une photo étrangement et spontanément d’une ressemblance étonnante et qui exprime à elle seule toutes les horreurs, la terreur et l’agonie qu’a subies et que subit encore le monde. Se couvrir d’un drap contre...

Contre quoi ? Contre cette humanité qui ne réalise pas que la haine supplante avec abrutissement l’amour dès lors que tout un chacun se croit dorénavant un Caligula des fois démentiellement devant le monde entier et d’autres fois à une échelle moins tangible devant son miroir d’Insta et de FB... Il lui devient dorénavant de plus en plus inimaginable de réaliser sa petitesse et sa platitude devant l’étincellement d’une étoile ou devant la vitesse d’un rayon de soleil.

Une fascination pour soi-même qui prend des ampleurs extravagantes. Portant continuellement un regard hautain sur le commun des mortels, l’homme se dépouille de son humanité. Il laisse cheminer aisément la méchanceté à l’intérieur même des tréfonds de sa personnalité et la cultive jovialement. Habité par son ego, misanthrope et xénophobe, il le devient. Excessivement imbu de lui-même, cet homme s’insémine tous les poisons du mal.

Ceux-ci poussent certains à initier des guerres et des famines, à tuer des enfants et des innocents, à ôter la vie à toute une jeunesse, oui, la vie, à détruire des villes, des écoles et des institutions, à disposer arbitrairement de la vie des autres tout en protégeant excessivement maladivement la leur et à chambouler gravement l’économie de tout un monde.

Ceux-ci mènent d’autres, animés par les mêmes venins, à interdire l’accès à l’égalité entre les femmes et les hommes, à instrumentaliser la religion à des fins personnelles et à réduire les femmes et les filles à l’état d’esclaves, à les vendre en bas âge, à les marier à l’âge de six ans et à leur interdire l’accès à l’éducation.

Ceux-ci exhortent d’autres qui vivent dans des sociétés occidentales, à régime démocratique, minées par la haine et fascinées par la violence, à aimer les dictateurs, à se réjouir de leur pouvoir arbitraire et à les couvrir de louanges.

Ils les mènent aussi à avoir horreur d’autres bons et meilleurs humains qu’eux et par ricochet non seulement à détester, mais à nier leur talent et leur bonté et trembler jusqu’au bout des doigts de jalousie et d’animosité devant leur succès. Leur ego et leur âme démesurément abrutis les prédisposent à ne voir que le bout de leur nez.

L’enfer serait-il en train de remonter ses cercles à la surface pour faciliter un accès à la portée de tous ? Serait-il déjà sur terre ? Un Camus contemporain aurait intitulé son prochain livre la Faillite humaine. La guerre et « l’aliénation de l’homme par l’homme » qu’il dénonçait dans son livre la Chute se sont exponentiellement aggravées. Un Dante contemporain aurait inversé l’itinéraire de son héros pour commencer son histoire au paradis et la terminer dans les différents cercles de l’enfer. Cet « enfer moderne » dans lequel nous évoluons.

Et l’amour dans cette évolution ? Fugace. Absent à l’appel. Quand je pense, il y a plus de vingt ans à cela, à sœur Emmanuelle qui s’indignait devant la morosité ambiante qui gagnait les esprits et le manque de fraternité quotidienne. Qu’aurait-elle pensé aujourd’hui, à l’heure de la spirale infernale et ininterrompue de violences et de résurgence de guerres qui menacent le monde et qui marquent le retour de l’insoutenable et la fin de l’insouciance ?

Qu’aurait-elle pensé à l’heure des réseaux sociaux qui au nom de la liberté d’expression lancent des discours et des discours de détestation gratuite, proférée et catapultée à la face du monde sans gêne aucune ? Misérable réalité.

Qu’aurait conseillé mère Teresa aux générations futures ? Préparer vos enfants à l’adversité et à la haine des autres pour répondre aux nouveaux défis du monde de demain ? Ou, pour adoucir ce monde de brutes, leur apprendre la fin de la chanson Quand on n’a que l’amour : « Alors sans avoir rien que la force d’aimer ; Nous aurons dans nos mains, amis ; Le monde entier ! » Possédons le monde entier avec notre force d’aimer. Indubitablement.

Ça éloigne la fatalité de l’enfer terrestre, l’amour. Ça empêche de mourir, l’amour. Qu’attendons-nous ?

Vivons-le. Revivons-le à l’infini.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique Courrier n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, L’Orient-Le Jour offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires ni injurieux ni racistes.


Les photos et les tableaux parlent plus facilement que les mots. Ça a été le cas depuis toujours, ça l’est encore plus ces derniers temps, constatant avec un énorme regret que la culture de l’imprimé disparaît peu à peu. Ils expliquent avec succès et en un temps record ce que des paragraphes entiers et des livres et des articles essaient de communiquer, constatant avec un énorme...

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