Le père d’une victime bloquant la route à un automobiliste, dans un accès de colère suite à l’effondrement des silos. Photo João Sousa
Le Premier ministre sortant Nagib Mikati a demandé hier de préserver la partie sud des silos et de la classer monument historique, « en hommage aux victimes du port », dans une lettre adressée au ministre des Transports et des Travaux publics Ali Hamiyé. Pour ce faire, il a appelé à modifier une précédente décision de son gouvernement, en mars dernier, qui prônait la destruction de l’intégralité de la structure. Cette décision avait été suivie quelques jours plus tard d’une contre-décision du ministre de la Culture, Mohammad Mortada, qui avait décidé de classer les silos monuments historiques, avant de se rétracter. L’appel de M. Mikati à préserver ce qui reste des réservoirs à grain du port reste toutefois tributaire des moyens financiers du gouvernement sortant, comme l’indique à L’Orient-Le Jour un des responsables du dossier. La missive de Nagib Mikati intervient quelques heures après l’effondrement du reste du bloc nord des silos, qui avait subi plusieurs écroulements partiels depuis fin juillet. « Nous vous prions de nous informer des procédures nécessaires pour préserver la partie sud des silos, en tant que monument historique, en hommage aux victimes du port. Nous vous demandons également de prendre les mesures nécessaires pour amender les précédentes décisions du gouvernement à ce propos », peut-on lire dans le document adressé par Nagib Mikati à Ali Hamiyé.
Ce dernier s’est réuni hier après-midi avec les ministres de l’Économie Amine Salam et de l’Environnement Nasser Yassine, en vue de débattre des mesures à mettre en place pour donner suite à la requête du Premier ministre. « C’est la firme Khatib et Alami qui sera chargée de présenter une étude sur le coût et la faisabilité des travaux de soutènement de ce qui subsiste de la structure. Ce rapport devra aussi présenter des solutions pour l’évacuation de 3 700 tonnes de grains toujours coincées dans la partie sud », révèle à L’Orient-Le Jour Mohammad Abiad, conseiller du ministre Nasser Yassine. « Le ministère de l’Environnement sera chargé d’étudier les options de traitement des grains et des gravats, ainsi que l’étude d’impact environnemental des travaux », ajoute-t-il. Une seconde option, écartée pour le moment, consisterait à détruire la partie qui contient les grains et à préserver le reste, révèle Mohammad Abiad. Selon l’ingénieur civil français Emmanuel Durand qui a installé des capteurs à l’intérieur des silos, le bloc sud est stable pour l’heure, rapporte l’AFP. Au total il y avait 48 silos avant l’explosion du 4 août 2020. Après l’effondrement du reste du bloc nord hier, le ministre sortant de l’Environnement Nasser Yassine a rappelé la nécessité de porter des masques au port et dans la zone qui l’entoure. Des tests seront effectués pour évaluer la qualité de l’air dans ce secteur, a-t-il également indiqué. Le ministre a par ailleurs relevé que les décombres seront retirés et les grains de blé traités, ce qui empêchera un renouvellement de l’incendie. Selon lui, la Défense civile « peut désormais s’approcher des silos et maîtriser le feu », celle-ci ayant été empêchée de le faire au préalable au vu du risque d’effondrement.
Un rassemblement de parents de victimes hier devant la statue de l’Émigré, suite à l’effondrement de la partie nord des silos. Photo Joao Soussa
Indignation des proches des victimes
Réagissant à ces développements, des proches des victimes du 4 août 2020 se sont rassemblés hier après-midi devant le port de Beyrouth et coupé la circulation au niveau de la statue de l’Émigré. Dans un communiqué conjoint, les familles ont accusé les autorités d’être responsables de la chute d’une partie de la structure et ont indiqué que « les silos n’ont pas été vidés du blé comme il se devait ». Elles ont également dénoncé « l’absence des autorités », à qui elles ont aussi reproché de n’être pas intervenues pour éteindre les incendies à répétition qui se sont déclarés à l’intérieur des silos « durant un mois et 16 jours ». Les familles ont par ailleurs lancé un ultimatum de 12 heures au gouvernement pour « prendre des mesures concrètes » en vue d’éteindre l’incendie qui continue de ravager les silos. « Il est illogique qu’un incendie se déclare et qu’il n’y ait aucun moyen de l’éteindre, d’autant plus qu’il était, au départ, petit et facile à contrôler », ont dénoncé les proches des victimes. Ils ont par ailleurs demandé au pouvoir « d’annuler la décision de démolition et de protéger la partie sud » des silos. « Les silos sont un cimetière où sont préservés les restes des victimes, il s’agit d’un site sacré pour nous et nous voulons le préserver pour qu’il soit une mémoire collective », poursuit le communiqué.
Contacté par L’OLJ, William Noun, dont le frère Joe, un pompier, avait été tué lors du drame du port, a appelé Nagib Mikati à tenir parole. « Le Premier ministre nous avait déjà promis, à plusieurs reprises, de préserver et de renforcer la partie sud des silos, nous espérons qu’il tiendra sa promesse », a-t-il lancé.
Une militante dans le domaine du patrimoine, qui a requis l’anonymat, assure pour sa part « ne pas faire confiance aux déclarations du Premier ministre ». « S’il veut réellement classer les silos monuments historiques, il aurait dû adresser sa missive au ministère de la Culture et non pas à celui des Transports et des Travaux publics. Il s’agit tout simplement d’une déclaration populiste », indique-t-elle.
Mariana Fodoulian, dont la sœur Gaïa a trouvé la mort le 4 août 2020, a appelé, au nom des proches des victimes, à préserver la partie restante des silos, ainsi que l’ensemble de la zone concernée. « Nous tenons la classe au pouvoir responsable de l’effondrement d’aujourd’hui », a-t-elle affirmé. « Afin d’éviter que le même scénario ne se produise au bloc sud des silos qui demeure stable, nous appelons à prélever les décombres, retirer les grains de blé qui restent dans ce bloc, réparer les trous percés au niveau des silos et renforcer la structure », a-t-elle ajouté.



A quoi bon s'autoflageller encore et encore.... De l'avis meme de mes amis qui portent dans leur chair et leurs os les stigmates de cette explosion , la vue de ces silos suffit à leur rappeler des moments qu'ils veulent oublier. Pourquoi ne pas édifier un mausolée dans le quartier in memoriam pour toutes ces victimes innocentes, et inscrire sur le mausolée non pas le nom des victimes, mais des bourreaux, en citant nommément les dirigeants en place lors de cette catastrophe annoncée, Nasrallah et Netanyahu en tete les vrais responsables de cet holocauste.
16 h 14, le 24 août 2022