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Nos Lecteurs ont la Parole

Lendemain du 4 août et veille de la Transfiguration

C’est en écoutant la prière du matin sur RCF que je vous écris. En particulier, je viens d’entendre le Pater et de le prier avec la radio : « Que ta volonté soit faite. » « Pardonne-nous nos offenses. » « Délivre-nous du mal. »

Nos offenses… car il s’agit des nôtres et pas seulement celles des autres. Nous sommes d’ailleurs, peu ou prou, les autres. Hélas. Nous sommes par exemple les autres pour quelqu’un de moins talentueux. Car quelles grandes compétences et talents avons-nous reçus ! Et quelle immense tragédie vit le pays où nous sommes nés et avons grandi, où nous avons reçu ces talents, sans mérite aucun de notre part, au berceau, en famille et à l’école.

Le pays ? Quel pays ? Est-ce le Liban de 10 452 km2 que nous avons aimé, avec ses 18 confessions dont l’une, hélas, a déjà été totalement éradiquée ? Est-ce ce rassemblement riche de sa diversité ? Est-ce ce climat, ces paysages, cette montagne, ces architectures, cette histoire, cette liberté, tous uniques dans la région? Est-ce ce système culturel, économique et social qui avait fait du Liban la banque, l’hôpital et l’université du Proche-Orient – ce BHU qui fut la colonne vertébrale de cette géographie, et qui est désormais fissuré, voire abîmé. Qu’avons-nous aimé ? Qu’avons-nous perdu ? Que pleurons-nous ? Pour quoi et pour qui nous engageons-nous, ici ou là, dans nos associations, tribunes, livres, films, peintures, sculptures – quel que soit le mode d’expression que nous avons adopté pour rendre un peu de ce que nous avons reçu ? Et si notre génération se sent amputée et salie, qu’en est-il de celle à qui nous avons donné la vie ? Et la suivante ?

Hier nous avons sangloté à la deuxième bougie du crime contre l’humanité perpétré par certains de nos compatriotes – un terme mensonger et même parjure, puisqu’il concerne des personnes partageant notre passeport, mais pas notre patrie. Avant-hier, nous avons pleuré la mort de quelques géants libanais que nous avons côtoyés de près ou de loin – artistes, avocats, banquiers, écrivains, entrepreneurs, médecins, poètes, et même politiciens… Qu’avons-nous pleuré ? Leur mort inéluctable ? Ou bien cette question angoissante : que faisons-nous concrètement pour assurer dignement leur relève ? Car s’il n’est de richesse que d’hommes, alors visons l’homme, c’est-à-dire nos enfants, donnons-leur le goût de la vie, du beau et du bien commun. C’est notre première responsabilité. Et à la portée de chacun de nous. L’art, la banque, l’écriture, l’entreprise, la poésie, la politique, la science nous seront donnés par surcroît. Et aussi, parfois, les honneurs. Mais toujours le bonheur.

Ce sera notre part de transfiguration. Savoir dépasser le désespoir pour viser à l’espérance.

Qu’on ait pris l’avion pour partir – et c’est hélas souvent notre cas –, qu’on ait créé un cabinet ou une entreprise en France et au Liban pour créer des richesses ici ou là, qu’on ait écrit, filmé ou chanté, qu’on ait préservé le patrimoine musical au Liban. Je félicite chacun d’entre vous, parents et amis, pour sa capacité à penser et à accepter la pensée de l’autre, à dire et à écouter, à débattre, à être courageux et oser être soi, à créer et à développer. À aimer malgré la diversité.

Aimer le Liban et aussi aimer la France. Malgré les fêlures. Notre énergie permettra de les colmater, au moins partiellement. Notre énergie et celle de nos enfants et de nos petits-enfants. Car c’est pour eux que nous nous engageons.

« Bene vale. »


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique Courrier n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, L’Orient-Le Jour offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires ni injurieux ni racistes.


C’est en écoutant la prière du matin sur RCF que je vous écris. En particulier, je viens d’entendre le Pater et de le prier avec la radio : « Que ta volonté soit faite. » « Pardonne-nous nos offenses. » « Délivre-nous du mal. »Nos offenses… car il s’agit des nôtres et pas seulement celles des autres. Nous sommes d’ailleurs, peu ou prou,...

commentaires (1)

C’est beau , aimer le Liban et aussi aimer la France.

Eleni Caridopoulou

20 h 41, le 06 août 2022

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Commentaires (1)

  • C’est beau , aimer le Liban et aussi aimer la France.

    Eleni Caridopoulou

    20 h 41, le 06 août 2022

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