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Nos Lecteurs ont la Parole

Commémoration du 4 août


« Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties, sans un geste et sans un soupir. » R.K.

Deux ans déjà se sont écoulés sur la tragédie du 4 août 2020 et la douleur demeure tout aussi présente, tout aussi vibrante, et la blessure plus que jamais brûlante, indélébile.

Toujours meurtrie dans ma chair, vidée de mes mots, j’achoppe et n’arrive jusque-là à mettre noir sur blanc ces pensées, ces sentiments mitigés qui s’emparent de mon corps à l’étroit de tant d’émotions.

Ce cataclysme, qui a soufflé le cœur de la capitale, continue de souffler le chaud et le froid en moi, si bien que je me sens tour à tour envahie d’une tristesse infinie puis saisie d’une indomptable colère ! Si mon quartier, ma rue, ma maison et mes proches ont été épargnés car, me dit-on, les silos de blé ont absorbé le choc, formant ainsi un bouclier à la partie ouest de la ville, je reste la maman pleurant sa progéniture, l’épouse cherchant sa moitié, la fille se retrouvant sans (re)père, la sœur privée de confidente, l’amie errant sans âme-sœur ou la dame du troisième âge qui a perdu bien plus qu’une maison : un toit, un foyer. Un chez-soi possède une âme, il se meuble amoureusement au fil des années ; un bahut ou un lustre chinés aux puces, un tableau pour lequel vous avez craqué lors d’une expo, une psyché marquetée ramenée de Basta, un salon que vous avez invité chez vous après avoir fait la ronde des galeries, un tapis resté en souvenir d’Alep, un gracieux soliflore choisi à Prague, un piano hérité de vos grands-parents, des effets personnels à valeur sentimentale, ou pour les intérieurs plus modestes un sofa, une petite télé, un bec à gaz, des cadres avec des photos de toute la smala qui racontent chacune une histoire et des reproductions de tous les saints...

Si ces objets matériels déchiquetés, réduits en poudre en une fraction de seconde, sont un crève-cœur à ceux qui ont passé leur vie à les acquérir, que faut-il alors sentir, que faut-il alors penser de ces vies humaines parties si gratuitement ? De celui qui a perdu un bras, de celui qui n’a plus de jambe, de celui dont l’œil a sauté, de celui qui a perdu un être cher, de celui qui a été amputé de sa dignité, de celui qui voit que son bourreau est resté jusque-là impuni, de celui qui n’a pas encore appris la vérité pour être quelque peu rasséréné et à même de faire son deuil et, dévasté, se doit désormais de porter à vie son cœur en bandoulière ?

Oui, « la révolution naît des entrailles de la tristesse », oui, nous n’abdiquerons pas jusqu’à ce que justice soit faite et que tous ceux qui ont du sang sur les mains rendent l’âme et se voient souffrir au centuple pour avoir tué des innocents, pour avoir sapé des commerces et des entreprises centenaires, pour avoir volé nos plus belles années, pour nous avoir fait subir ces sentiments atroces que sont l’inquiétude, l’incertitude et l’insécurité !

... Gemmayzé, Mar Mikhaël, rue Pasteur, le port, le centre-ville, Saïfi, Tabaris, Khandak el-Ghamik, Rmeil, Bourj Hammoud, rien ni personne ne peut vous assujettir. Vous n’êtes tombés à genoux que pour mieux prier et implorer le ciel !

Alexou, Kristel, Hala, Marion, Zeina, Ali, Jean-Marc, Youssef, Mohammad, Armand, Isaac, Sama et tous les autres, vous n’êtes pas morts pour rien. « Iza ma kebrit ma btezghar » : vous avez payé le prix fort et votre départ laisse une blessure tellement béante, que les choses ne pourront que se résorber comme une peau de chagrin, d’où refleurira le Liban intègre, libre et laïc dont nous avons tant rêvé !

Non, vous n’êtes pas morts. Vous êtes toutes et tous une nuée de papillons blancs voltigeant dans les cieux, insufflant courage et espoir à ceux miraculés, à ceux dont les larmes de sang ne tariront jamais !

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique Courrier n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, L’Orient-Le Jour offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires ni injurieux ni racistes.


« Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties, sans un geste et sans un soupir. » R.K.Deux ans déjà se sont écoulés sur la tragédie du 4 août 2020 et la douleur demeure tout aussi présente, tout aussi vibrante, et la blessure plus que jamais brûlante, indélébile.Toujours meurtrie dans ma chair, vidée de mes mots, j’achoppe et n’arrive jusque-là à mettre noir...

commentaires (1)

Dans mon quartier à achrafie près de l’hôpital saint Georges ???

Eleni Caridopoulou

13 h 27, le 02 août 2022

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Commentaires (1)

  • Dans mon quartier à achrafie près de l’hôpital saint Georges ???

    Eleni Caridopoulou

    13 h 27, le 02 août 2022

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