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Culture - Festival

Rima Frangié : Célébrons « Ehdeniyat » durant tout l’été

Après deux ans d’absence, le Festival de Ehden est de retour avec une nouvelle formule décentralisée. « Parmi les avantages de notre crise, il y a ce retour à l’essentiel qu’il opère pour nous faire redécouvrir à quel point notre pays est unique et beau », confie sa présidente Rima Frangié à « L’Orient-Le Jour » dans un entretien exclusif.

Rima Frangié : Célébrons « Ehdeniyat » durant tout l’été

Rima Frangié, présidente du Festival de Ehden, de retour cette année. Photo DR

À quel point l’absence d’Ehdeniyat ces deux dernières années vous a-t-elle marquée ?

Cette pause est survenue dans un contexte mondial de pandémie, durant lequel toute la planète était en suspens. Mais au Liban, la crise a fait empirer les choses et les priorités étaient ailleurs. Nous étions occupés à assurer médicaments, vaccins et nourriture à nos compatriotes et nos masques cachaient la tristesse sur nos visages. Notre festival est un festival culturel, artistique, social et environnemental. Au cœur d’Ehdeniyat, il y a l’homme. Quand les priorités ont changé, nous avons changé.

Qu’est-ce qui a motivé la reprise d’Ehdeniyat cet été ?

Cette année, la situation sanitaire s’est améliorée, les gens ont la possibilité de se rencontrer le temps d’événements en plein air et les émigrés ont envie de passer des vacances au Liban. Chaque région du pays s’est relevée de sa tristesse, de sa torpeur, de sa douleur, pour célébrer la vie dont nous, les Libanais, sommes les rois. Les Libanais ont cette faculté, cette philosophie bien particulière, de s’attacher au plus petit rayon de lumière qui peut les sauver. Le retour d’Ehdeniyat s’inscrit dans cette dynamique. Organiser ce festival, c’est un peu comme « sett el-beit » (la dame de maison) qui reçoit chez elle des invités qui lui tiennent à cœur et qui lui ont manqué.

Quel est le plus gros défi en ce qui concerne l’organisation des festivals ?

Le défi est financier certes. Il est très difficile aujourd’hui de faire venir des artistes de l’étranger. Mais aussi de monter une scène avec les installations du son et des lumières. Même le transport constitue un problème pour les Libanais. Mais c’est quand les temps sont durs que l’on se lance les plus gros défis et que l’on y trouve des solutions. Aujourd’hui, les Libanais optent pour le tourisme local. Chaque région, chaque village offre quelque chose de différent en attendant des lendemains meilleurs. Je crois toutefois que notre mode de vie d’il y a quatre ans n’était pas très sain et que nous étions une véritable société de consommation. Il nous faudra trouver dans un futur proche un mode de vie plus modéré.

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Quel programme pour cette édition 2022 ?

Nous avons commencé mardi par le spectacle Ta’arafou de Yehia Jaber avec l’ONG March, qui traite de nos problèmes, de nos conflits et des défis auxquels font face nos jeunes. Ensuite, l’idée était de nous diriger vers des talents locaux, des DJ notamment, qui peuvent réunir une diversité de musiques et de genres pour tous les goûts. C’est alors que nous nous sommes dit : au lieu de célébrer Ehdeniyat le temps d’une ou deux soirées, pourquoi ne pas en faire tout l’été ? Ehden est riche en bars, en restaurants, en clubs et en sites culturels et touristiques qui proposent toutes sortes d’activités. Si l’été libanais dure environ 100 jours, nous allons faire d’Ehdeniyat un programme de 100 activités qui allie restauration, environnement, sport, tourisme, culture et religion. Ainsi, cet été, nous allons transformer tout Ehden en une scène géante, en soutenant et finançant de nombreuses initiatives de la région, de manière à décentraliser les animations qui prendront place au cœur des vallées, dans les montagnes et en ville.

Les jeunes des clubs sociaux de la région présenteront également des performances variées qui valorisent notre patrimoine culturel immatériel. Sans oublier les activités de l’initiative Cinemaiyat lancée en 2004, qui continue à soutenir les jeunes réalisateurs et qui a pris pour thème cette année « Bhebak ya Lebnan en une minute ».

En quoi Ehdeniyat est-il spécial parmi tant d’autres festivals ?

Ehdeniyat est un festival varié qui a toujours proposé un programme éclectique avec, notamment, une place de choix pour la francophonie ! Le festival réunit jeunes et moins jeunes, et porte toujours une cause environnementale par sa politique zéro déchets, et une cause sociale puisque les recettes sont utilisées dans un but caritatif. Mais c’est surtout un festival qui favorise le développement rural. Dans les milieux ruraux, on trouve souvent des enfants et des personnes âgées, car la jeunesse fuit vers la ville. Avec Ehdeniyat, nous ramenons ces jeunes en renforçant leur sentiment d’appartenance à la région. Et c’est une véritable opportunité pour nos restaurants, nos hôtels, nos petits commerces, nos guides touristiques.

Le tourisme est-il au cœur de la reprise économique selon vous ?

De nombreuses études assurent que le tourisme peut créer plus de 100 000 emplois au Liban, bien plus que les secteurs de l’agriculture et de l’industrie. Et ce domaine, nous l’avons dans le sang. Nous pouvons y exceller sans efforts. Parmi les avantages de notre crise, il y a ce retour à l’essentiel, à nous-mêmes, pour redécouvrir à quel point notre pays est unique et beau.

Votre message pour ceux qui comptent vous rejoindre à Ehden cet été ?

« Aa Ehden charrfouna » ! C’est le slogan que nous avons choisi pour notre campagne et c’est une phrase que nous répétons ici. Alors nous vous attendons nombreux. À Ehden, le climat est magique et sain. Venez visiter Kornet el-Sawda, le point culminant du Moyen-Orient, la réserve naturelle la plus riche, nos sites religieux si nombreux, la bonne cuisine de Zghorta, le « Miden » qui ne dort pas et qui réunit couche-tard et lève-tôt. Sans oublier l’hospitalité des habitants. À Ehden, les visiteurs prennent plaisir à perdre leur chemin, pour demander aux locaux des directives.

Pourquoi est-il encore important de soutenir la culture par ces temps ?

La sécurité, la stabilité et la sûreté alimentaire sont extrêmement importantes, mais l’art et la culture le sont tout aussi. La pensée, la culture et l’identité libanaises ne sont pas secondaires. Elles sont le Liban qui nous unit, par ces temps où nous avons le plus besoin de trouver des points communs qui nous rapprochent. Et quand on parle d’art, notre pays regorge de talents locaux qui peuvent briller partout dans le monde. Là où les Libanais se trouvent, il y a créativité et magie. Nos ailes ont peut-être été brisées, mais elles sont toujours là.


À quel point l’absence d’Ehdeniyat ces deux dernières années vous a-t-elle marquée ? Cette pause est survenue dans un contexte mondial de pandémie, durant lequel toute la planète était en suspens. Mais au Liban, la crise a fait empirer les choses et les priorités étaient ailleurs. Nous étions occupés à assurer médicaments, vaccins et nourriture à nos compatriotes et nos masques...

commentaires (4)

Toutes des copieuses ces first ladies...lol

Jack Gardner

22 h 41, le 02 août 2022

Tous les commentaires

Commentaires (4)

  • Toutes des copieuses ces first ladies...lol

    Jack Gardner

    22 h 41, le 02 août 2022

  • Impressionnant

    M.E

    22 h 05, le 02 août 2022

  • Oui, célébrons jusqu'à l'élection de Sleiman..

    Esber

    10 h 44, le 02 août 2022

  • une affaire de femmes et de tribus. Jumblat: Beiteddine; Frangie: Ehden; Berri: Saida; qui dit mieux?

    Zampano

    06 h 19, le 02 août 2022

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