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Société - Port de Beyrouth

Les pompiers mobilisés pour éteindre l'incendie des silos

La députée Paula Yacoubian présente une proposition de loi pour classer les silos comme "patrimoine national".

Les pompiers mobilisés pour éteindre l'incendie des silos

Vue sur les silos du port de Beyrouth pendant l'intervention des pompiers, le 21 juillet 2022. Photo Matthieu Karam

Pompiers de Beyrouth, Défense civile et armée libanaise sont intervenus jeudi après-midi pour éteindre le feu qui consume les silos du port de Beyrouth depuis des jours suite à la fermentation de résidus de blé sous l'effet de la chaleur, une intervention qui advient après qu'une épaisse fumée noire a été aperçue dans la journée, émanant de ce lieu hautement symbolique. Quelques heures plus tôt, les autorités libanaises avaient chargé les pompiers et la Défense civile d'intervenir "immédiatement" pour refroidir la structure de manière "sécurisée".

Sur les réseaux sociaux, plusieurs témoins ont publié en début d'après-midi des photos et des vidéos de la fumée qui monte au-dessus des silos. De la fumée pouvait en effet être observée presque continuellement depuis des jours, mais elle est aujourd'hui plus épaisse et noire, selon les témoignages, et certains habitants de Beyrouth, traumatisés par la déflagration du 4 août 2020, s'interrogent : faut-il fermer les fenêtres pour éviter l'odeur de brûlé et les éventuelles conséquences néfastes de la fumée sur la santé, ou bien les ouvrir, pour éviter qu'elles n'explosent en cas de nouvelle déflagration. 

"Refroidir les silos"
Face à cette reprise en force de l'incendie, le ministre sortant de l'Intérieur, Bassam Maoulaoui, a chargé les pompiers de Beyrouth et la Défense civile de lancer "immédiatement" une opération pour refroidir les silos à blé "d'une manière qui ne menace pas la sécurité des personnes et ne constitue pas un risque pour les silos". 

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La semaine dernière, son collègue des Travaux publics avait d'abord justifié le fait qu'il n'avait pas envoyé les pompiers éteindre le feu par les risques imminents d'un effondrement de ce qui est devenu un monument, avant que l'armée ne finisse par envoyer des hélicoptères pour tenter, en vain, de venir à bout de la combustion du blé. 

En fin d'après-midi, des pompiers ont quitté la caserne de Beyrouth, située non loin du port, en compagnie de volontaires de la Défense civile, qui a partagé sur Twitter des photos montrant les opérations d'extinction et de refroidissement des silos de blé, effectuées en coordination également avec l'armée libanaise.


Les silos, qui ont été partiellement détruits par le souffle de l'explosion provoquée par un incendie dans un hangar adjacent contenant, sans aucune précaution, des milliers de tonnes de nitrate d'ammonium, ont permis d'étouffer partiellement l'onde de choc qui a secoué la capitale. Alors que les autorités disent craindre qu'ils ne s'effondrent et souhaitent qu'ils soient démolis, une campagne a été lancée, soutenue notamment par des familles de victimes de l'explosion, afin qu'ils soient renforcés et deviennent un monument commémoratif du drame. 

"Tentatives sérieuses" de démolition
C'est dans ce cadre que la députée des Forces du changement, Paula Yacoubian, a soumis jeudi au Parlement une proposition de loi revêtue du caractère de double urgence visant à classer les silos comme "site national du patrimoine libanais", rapporte l'Agence nationale d'Information (Ani, officielle). "Sans les silos, Beyrouth aurait été entièrement détruite, ce qui classe ce bâtiment comme un témoin vivant de cette catastrophe", explique la députée de Beyrouth dans son texte.

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Le caractère de double urgence de la loi lui permettrait d'être votée lors de la réunion du Parlement prévue mardi prochain. Mme Yacoubian a déclaré que la raison pour laquelle elle a revêtu la loi de ce caractère d'urgence est liée aux "tentatives sérieuses de démolir les silos à blé". Une autre loi visant également à préserver les silos avait déjà été présentée mi-juin par le parti Kataëb.

Le 16 mars dernier, le cabinet avait approuvé la destruction des silos du port de Beyrouth et chargé le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) de ce dossier. Le Premier ministre, Nagib Mikati, avait toutefois déclaré le 9 mai que "les silos du port de Beyrouth ne seront pas détruits tant (qu'il) sera en fonction."

Nominations judiciaires
Par ailleurs, des proches des victimes de l'explosion ont manifesté, plus tôt jeudi, contre le retard de certaines nominations judiciaires, qui entravent la reprise de l'enquête sur la catastrophe.

De la fumée noire s'élevant au-dessus du port de Beyrouth, le 21 juillet 2022. Photo OLJ

Lors de ce sit-in devant le port, le porte-parole des familles, William Noun, qui a perdu son frère Joe Noun, un des pompiers envoyés sur le site juste avant la déflagration, a appelé à une "participation massive" à la marche commémorative du 4 août, en précisant que cette année, il n'y aurait pas de prière ni d'entrée dans le port. Il a déclaré que les familles des victimes souhaitaient rendre visite au président du Conseil supérieur de la magistrature, Souheil Abboud, pour discuter d'une solution potentielle, "peut-être avant le 4 août", pour la nomination des membres de l'assemblée plénière de la Cour de cassation, un dossier en suspens qui nécessite l'approbation du ministre sortant des Finances, Youssef Khalil.

Le dossier de la nomination à la Cour de cassation est officiellement bloqué pour une raison de distribution confessionnelle des postes. Mais le ministre Khalil est proche du président de la Chambre Nabih Berry, qui dirige le mouvement Amal auquel appartiennent deux anciens ministres mis en cause dans l'instruction : Ali Hassan Khalil et Ghazi Zeaïter.

Commentant en outre la préservation des silos, William Noun a rappelé avoir "dit déjà plus de 100 fois être attaché à leur conservation jusqu'à la fin de l'enquête".

Pompiers de Beyrouth, Défense civile et armée libanaise sont intervenus jeudi après-midi pour éteindre le feu qui consume les silos du port de Beyrouth depuis des jours suite à la fermentation de résidus de blé sous l'effet de la chaleur, une intervention qui advient après qu'une épaisse fumée noire a été aperçue dans la journée, émanant de ce lieu hautement symbolique. Quelques...
commentaires (2)

Comme tous ceux qui étaient ou auraient pu être à Beyrouth ce 4 août 2020 et qui sont vivants, je suis un miraculé. À ce titre, je me permets de dire que cette lubie de préserver cette saleté comme mausolée ou patrimoine national disqualifie pour de bon ses auteurs et ses soutiens. Il faut vraiment être tordu.

M.E

21 h 08, le 21 juillet 2022

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Commentaires (2)

  • Comme tous ceux qui étaient ou auraient pu être à Beyrouth ce 4 août 2020 et qui sont vivants, je suis un miraculé. À ce titre, je me permets de dire que cette lubie de préserver cette saleté comme mausolée ou patrimoine national disqualifie pour de bon ses auteurs et ses soutiens. Il faut vraiment être tordu.

    M.E

    21 h 08, le 21 juillet 2022

  • Ça fait plus de 10 jours qu'on respire l'air contaminé par la fumée, ce qui est insupportable. Ce qui a fait bouger le ministre, c'est probablement la direction du vent qui change de temps à autre, et qui a atteint les narines de certains.

    Esber

    17 h 52, le 21 juillet 2022

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