« Leyli et Majnûn de Jâmi illustré par les miniatures d’Orient » a remporté fin juin le prix spécial du jury du Prix du livre d’art d’Ajaccio. Photo DR
L’indépendance est un luxe chèrement défendu pour Diane de Selliers, éditrice depuis 30 ans de livres aux tirages réduits mais aux projets littéraires et artistiques extrêmement ambitieux.
Rares sont les maisons d’édition sur ce créneau. La concurrence, pour les éditions Diane de Selliers, se situe dans ce qu’on appelle le « beau livre », avec des noms comme Citadelles & Mazenod ou Assouline en France, ou encore Taschen en Allemagne.
D’autres artisans du même type ont abandonné la partie : les éditions Franco Maria Ricci ont été absorbées, Skira ne publie plus en français. Chez Citadelles & Mazenod, 2021 a signé la fin de l’indépendance, avec un rachat à la famille de Waresquiel par le groupe LVMH.
Pas question pour Diane de Selliers de céder sa société, fondée en 1992. Même si, avoue l’éditrice, « j’ai failli couler la boîte ».
C’était en 2010, avec une idée assez folle : le Râmâyana, épopée traduite du sanskrit, en sept volumes, 1 600 pages illustrées par des miniatures indiennes du XVIe au XIXe siècle, pour 950 euros, en 3 000 exemplaires... Très pointu pour le public francophone, l’ouvrage aurait dû connaître une version anglaise, mais qui a avorté.
« C’était un peu ambitieux. On a dû emprunter un peu d’argent mais on a remboursé. Aujourd’hui, je suis totalement libre, puisque je n’ai pas de dettes », confie l’éditrice.
L’éditrice Diane de Selliers. ©Camille Lamy
Aucun droit à l’erreur
Le prix de ce Râmâyana a été descendu à 285 euros, permettant d’écouler beaucoup de stock.
« Au début, on vivait sur la corde raide : un livre par an au mois d’octobre, chiffre d’affaires entre octobre et janvier. Si ce n’était pas un succès... » se souvient-elle.
Mais cette Belge installée à Paris, qui a la particularité d’avoir défendu les couleurs du plat pays dans des compétitions de ski, s’est entêtée.
Périlleux, ce modèle économique a été consolidé par les ouvrages plus abordables de la « Petite Collection » depuis 2007 : mêmes titres, format réduit, des livres plus simples à réimprimer une fois le stock écoulé, et volontiers mis en avant par les libraires. Et dans la librairie de la maison d’édition, dans le quartier Saint-
Germain-des-Prés à Paris.
Avant cela, « on n’avait pas le droit à l’erreur !
(...) Ça nous a donné petit à petit le fonds de roulement », d’après Diane de Selliers.
La reconnaissance pour ce travail d’orfèvre est assez rare.
Leyli et Majnûn de Jâmi illustré par les miniatures d’Orient a remporté fin juin le prix spécial du jury du Prix du livre d’art d’Ajaccio. Cette histoire d’amour traduite du persan, et bien connue dans le monde musulman, ne l’est pas en France.
« Le luxe, c’est de prendre son temps : de lire, de faire ce qui est beau et qui a du sens, de donner un plus. Le prix en fait partie, bien sûr, mais c’est plutôt du luxe culturel », estime l’éditrice.
En 2022, le titre à paraître en octobre emmènera encore les lecteurs au Moyen-Orient, plus précisément dans l’actuel Irak, avec L’Épopée de Gilgamesh illustrée par l’art mésopotamien. Un texte poétique mais complexe traduit de l’arabe, entouré de photos en noir et blanc de sculptures anciennes prises dans la région de Bassora.
« C’est un choix. Quand on le fait, ça veut dire qu’on a une petite avance, qu’on se dit : “Celui-là, il est difficile, mais je peux le sortir” », souligne-t-elle.
Hugues HONORÉ/AFP


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