La Banque d’Angleterre (BoE) a annoncé hier une cinquième hausse consécutive de son taux directeur, pour lutter contre l’inflation qui devrait, selon elle, dépasser 11 % cet automne, mais la prudence de son message inquiétait les marchés et certains économistes. La BoE n’a pas décidé d’augmenter ses taux de plus de 0,25 point, contrairement à la Réserve fédérale américaine, mais elle « sera particulièrement attentive aux indications de pressions inflationnistes persistantes, et répondra si nécessaire avec force », promet-elle dans les minutes de sa réunion. Les prévisions pour la croissance et l’inflation n’ont pas été revues en détail lors de cette réunion, mais alors que l’inflation a grimpé en avril à 9 %, un record depuis 40 ans, la BoE table désormais sur un pic à « plus de 11 % » sur un an en octobre, quand le plafond régulé des prix de l’électricité sera revu à la hausse.
Comme les États-Unis ou la zone euro, les prix montent au Royaume-Uni en raison des perturbations des chaînes de production causées par la pandémie de Covid-19 et la flambée des cours de l’énergie depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine. La BoE prévoit désormais une baisse de 0,3 % du PIB au deuxième trimestre, là où elle prévoyait encore une augmentation de 0,1 % en mai, recul qui vient s’ajouter à une contraction déjà prévue sur les trois derniers mois de l’année.
La croissance atone empêche donc la BoE de se montrer plus déterminée face à l’envolée des prix, contrairement à la Réserve fédérale américaine (FED) qui avait relevé mercredi son taux directeur de trois quarts de point, une première depuis 1994. La Banque centrale européenne (BCE) avait tenu le même jour une réunion exceptionnelle pour tenter de rassurer sur le marché de la dette européenne tout en maintenant sa hausse des taux prévue en juillet.
En parallèle, la banque centrale suisse a créé la surprise jeudi en relevant son taux directeur d’un demi-point au lendemain d’une hausse drastique de la Réserve fédérale américaine, prévenant que d’autres relèvements pourraient être nécessaires pour lutter contre l’inflation. La Banque nationale suisse (BNS) a relevé son taux directeur à -0,25 %, a-t-elle indiqué dans un communiqué à l’issue de sa réunion trimestrielle de politique monétaire. Figée dans un statu quo monétaire ultra-accommodant avec un taux immuablement à -0,75 % depuis 2015, la banque centrale suisse a, pour la première fois depuis cette date, infléchi son discours en remettant l’accent sur l’inflation face à l’emballement qui sévit mondialement depuis l’invasion de l’Ukraine. Si le taux directeur, passé en territoire négatif en 2015 pour la première fois, y reste, il s’agit néanmoins de sa première hausse depuis 2007.

