« Chrétiens d’Orient ou crétins d’Occident ? » C’est en ces termes particulièrement provocateurs et non sans gouaille qu’a réagi Paul (le prénom a été changé), un ami libanais vivant depuis toujours à Khiam, dans le sud du Liban, à qui je demandais ce que la notion de « chrétiens d’Orient » lui inspirait.
Car, dans un pays où les motifs d’exaspération ne sont pourtant pas rares, rien ne paraît l’affliger autant que cette expression. Et, à ma grande satisfaction, nombreux sont les Libanais ou Français établis au Liban à considérer que la ficelle est beaucoup trop grosse pour échapper à leur vigilance.
C’est pourquoi mon plaidoyer s’adresse d’abord aux lecteurs occidentaux, qui auront l’extrême patience et la courtoisie de me lire : la notion de « chrétiens d’Orient » telle qu’employée par les politiques en France ne rend pas service aux chrétiens des origines dans leur diversité. D’après un sondage commandé par l’Œuvre d’Orient, près d’un tiers (32 %) des Français ne voient d’ailleurs pas du tout ce que l’expression désigne.
Osons d’abord l’évidence : il y a une autochtonie originelle du christianisme sur les terres de Méditerranée orientale. Que ce soit à travers la naissance de Jésus à Bethléem, les fresques de Douro Europos en Syrie, où sont apparues les premières images chrétiennes, ou la toute première désignation en tant que « chrétiens » des disciples de Jésus, à Antioche, l’actuelle Antakya turque. Le christianisme est donc initialement oriental.
La notion de « chrétiens d’Orient » recouvre un kaléidoscope de confessions et d’Églises diverses : orthodoxes de rite byzantin, arméniens apostoliques, chaldéens catholiques, maronites libanais, coptes égyptiens, syriaques, etc.
Sur le terrain politique français, l’usage de la notion contient souvent une charge paternaliste et suscite un sentiment de sympathie victimaire dont les chrétiens arabes ne veulent pas.
En vérité, la notion de « chrétiens d’Orient » désigne surtout dans le débat politique français les catholiques du Levant : maronites, melkites, chaldéens, syriaques, coptes. L’expression ne s’adresse en outre qu’aux catholiques de France.
Quel politique français s’offusque par exemple dans le débat public des terrifiantes persécutions des chrétiens en Inde ou en Indonésie ?
Le cardinal Béchara Raï, patriarche maronite d’Antioche et de tout l’Orient, que j’ai eu le privilège de rencontrer le mois dernier dans le patriarcat de Bkerké, ne s’y trompe d’ailleurs pas. Cité par la journaliste et grand reporter Isabelle Dillmann à qui il a accordé plusieurs entretiens, le cardinal confiait qu’il se vivait en missionnaire « dans un Orient menacé », refusant face à la guerre « intramusulmane vieille de mille trois cents ans » de pousser ses coreligionnaires à quitter une terre dont le bail a été « signé de main de maître depuis deux mille ans ».
Car voilà l’essentiel : les chrétiens sont chez eux au Levant et entendent heureusement y rester. Ils pensent toujours que la France est « la fille aînée de l’Église » et l’ardeur verbale des politiques français, supposés catholiques pour la plupart, a pu faire naître des attentes fortes auprès des chrétiens des origines, ces attentes ayant très souvent été déçues. Il en est résulté de douloureuses blessures. C’est sans doute ce que mon ami Paul a voulu exprimer.
Je suggère donc aux politiques de France de bannir cette expression de leurs campagnes électorales ou tout simplement de changer de vocation si leurs motivations sont sincères.
Je salue de ce point de vue l’action discrète mais résolue des associations comme l’Œuvre d’Orient et leur entreprise de construction d’un pont spirituel permettant « la réunion des chrétiens séparés » tant espérée par Thomas Merton. Car c’est loin de la politique partisane que se trouvent les amis sincères des chrétiens arabes des origines.
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J’espère que les chrétiens restent au Liban , car sans les chrétiens au Liban c’est la fin du moyen orient
17 h 59, le 01 juin 2022