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Moyen-Orient - Éclairage

Vers une réconciliation Biden-MBS ?

Selon Axios, de hauts responsables US se sont rendus cette semaine en Arabie saoudite, pouvant ouvrir la voie à une rencontre inédite entre le locataire de la Maison-Blanche et le prince héritier saoudien.

Vers une réconciliation Biden-MBS ?

Le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane lors du G20 à Osaka, en 2019. Photo d’archives AFP

C’est une visite qui pourrait amorcer un tournant dans la ligne diplomatique tenue par Joe Biden à l’égard de l’Arabie saoudite depuis son arrivée à la Maison-Blanche l’année dernière. Selon le site d’information Axios mercredi, le conseiller de la politique de la Maison-Blanche au Moyen-Orient Brett McGurk et le conseiller principal américain à la Sécurité énergétique mondiale Amos Hochstein ont effectué une visite secrète cette semaine dans le royaume pour trouver un terrain d’entente sur plusieurs dossiers cruciaux avec les autorités saoudiennes avant une possible venue du président américain en Arabie saoudite le mois prochain.

Alors que les relations entre l’administration Biden et le royaume sont au plus bas, Washington redouble d’efforts pour tendre la main à Riyad sur différents dossiers, dans le sillage de la guerre en Ukraine et de la flambée des prix du pétrole. Si les contours de ce déplacement sont encore flous, une rencontre entre Joe Biden et le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane (dit MBS) marquerait une étape inédite dans la relation entre les deux hommes – qui ne se sont toujours pas rencontrés depuis l’investiture du 47e président américain – et marquerait le point final à l’isolement du dirigeant de facto du royaume, mis au ban de la scène internationale suite à l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans le consulat de son pays à Istanbul en 2018. Pour le dauphin saoudien, le locataire de la Maison-Blanche représente le dernier verrou à faire sauter pour consacrer sa réhabilitation internationale, après avoir notamment reçu le chef de l’État français Emmanuel Macron en décembre dernier et le Premier ministre britannique Boris Johnson en mars. Dès le début de son mandat, le président américain avait voulu prendre le contre-pied de son prédécesseur Donald Trump face aux autocrates du Golfe. Il a notamment déclassifié un rapport confidentiel de la CIA mettant en cause MBS dans l’affaire Khashoggi et annoncé la fin du soutien américain à l’Arabie saoudite et à la coalition qu’elle mène au Yémen, sous couvert de violations des droits humains. « En campagne, Joe Biden s’est engagé à faire de l’Arabie saoudite un “paria”. Désormais, en tant que chef de l’État, concernant le royaume et MBS, il doit prendre ses décisions sur la base de modalités pratiques, et non de principes ou de morale », suggère Giorgio Cafiero, PDG du Gulf State Analytics. Cités sous couvert d’anonymat par Axios, des anciens officiels américains et d’autres actuellement en poste ont précisé que l’objectif du voyage des responsables américains est d’aborder le réchauffement des relations entre Washington et Riyad, et l’augmentation de la production de pétrole.

Garantie sécuritaire

Suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février dernier, l’administration démocrate a opté pour une approche plus pragmatique face à Riyad. Alors que les cours mondiaux des hydrocarbures ont grimpé en flèche pour dépasser rapidement les niveaux record atteints en 2014 et que des prix à la pompe élevés pourraient nuire au Parti démocrate avant les élections de mi-mandat prévues en novembre aux États-Unis, « cette invasion a clairement démontré l’urgence de se rattraper auprès des Saoudiens », indique Aaron David Miller, chercheur au Carnegie et ancien négociateur au sein d’administrations américaines républicaines et démocrates. Au cours de ces derniers mois, le dauphin saoudien aurait néanmoins refusé de s’entretenir avec des officiels américains.

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Possédant la plus importante capacité de production non utilisée au monde, l’Arabie saoudite a décliné jusqu’à présent de mettre à disposition plus de pétrole sur le marché en vertu d’un accord conclu au sein de l’OPEP+, dont fait également partie la Russie, autre grand producteur d’hydrocarbures, et qui court jusqu’en septembre. Une position qui a contribué à élargir la brèche existant dans la relation entre les États-Unis et le royaume wahhabite, alors que les administrations successives depuis Barack Obama ont poursuivi une politique de désengagement régional pour se tourner vers l’Asie, rendant le parapluie sécuritaire américain plus incertain. « La question est de savoir si les Saoudiens demanderont une garantie sécuritaire sérieuse de la part des États-Unis en échange d’une augmentation de leur production, de manière à réaffirmer le compromis pétrole contre sécurité qui a été le moteur de leur relation pendant des décennies », soulève Aaron David Miller. L’absence de condamnation saoudienne face à l’invasion russe a été perçue comme une déclaration d’autonomisation face à l’allié américain. « Rapprocher Riyad de la position américaine sur la guerre en Ukraine serait plus difficile à réaliser si Biden continuait de refuser de rencontrer MBS », affirme Giorgio Cafiero. Alors que le bruit court quant à la santé de plus en plus défaillante du roi Salmane, « la Maison-Blanche craint que si les États-Unis continuent de ne pas engager le dialogue avec MBS après qu’il devient roi, Riyad se rapproche de la Chine et de la Russie au détriment de l’influence de Washington en Arabie saoudite et au Moyen-Orient », poursuit-il. Cette volonté américaine d’améliorer ses relations avec Riyad vaut aussi pour les Émirats arabes unis, tenants d’une ligne similaire à leur voisin du Golfe. Dans un geste symbolique, une délégation américaine menée par la vice-présidente Kamala Harris s’est ainsi rendue à Abou Dhabi pour présenter ses condoléances suite au décès du cheikh Khalifa et, surtout, féliciter son successeur, le nouveau président émirati Mohammad ben Zayed. Pour ouvrir la voie à une rencontre potentielle entre le locataire de la Maison-Blanche et le prince héritier saoudien, le directeur de la CIA William Burns avait rencontré Mohammad ben Salmane à la mi-avril à Djeddah. La semaine dernière, c’est le ministre saoudien adjoint de la Défense Khaled ben Salmane qui s’est entretenu à Washington avec le conseiller américain à la Sécurité nationale Jake Sullivan et le secrétaire américain à la Défense Austin Lloyd. Au menu des discussions, les efforts de paix au Yémen, sachant que la trêve déclarée pour ramadan touche bientôt à sa fin, et que le dossier est une priorité de Riyad face aux attaques fréquentes de missiles et de drones lancées sur son territoire par les rebelles houthis soutenus par Téhéran. La question de l’Iran était également à l’ordre du jour, tandis que Joe Biden aurait récemment prévenu le Premier ministre israélien Naftali Bennett qu’il n’accéderait pas à la demande iranienne de retirer l’organisation des gardiens de la révolution (IRGC) de la liste terroriste américaine, dans le cadre des négociations sur le nucléaire pour retourner à l’accord de 2015. Une posture qui devrait rassurer les pays du Golfe et l’État hébreu qui souhaitent consolider un front anti-iranien dans la région.

Normalisation

Le dernier voyage des émissaires US en Arabie saoudite a également pour objectif de faire avancer la médiation américaine entre l’Égypte, Israël et l’Arabie saoudite pour finaliser la rétrocession des îles de Tiran et Sanafir par Le Caire à Riyad. Selon Axios, l’administration Biden souhaiterait parvenir à un accord avant la tournée du locataire de la Maison-Blanche dans la région à la fin du mois de juin. Si leur restitution bénéficie déjà du feu vert du Parlement égyptien depuis 2017, elle nécessite d’être également approuvée par l’État hébreu. Stratégiquement situées en mer Rouge et menant aux ports de Aqaba en Jordanie et d’Eilat en Israël, ces deux îlots inhabités sont passés sous contrôle égyptien en 1950, cédés par l’Arabie saoudite. Occupés pendant la guerre des Six-Jours en 1967 par les forces israéliennes, ils ont été démilitarisés en 1979 suite à l’accord de paix entre Le Caire et l’État hébreu, et remis à l’Égypte en 1982. La présence d’une force multinationale menée par les États-Unis sur les îles pour y garantir le droit de navigation, prévue par l’entente de 1979, serait cependant un point de contentieux pour Riyad. Selon le site israélien Walla News, l’État hébreu accepterait de mettre fin aux activités des observateurs internationaux en échange d’arrangements sécuritaires alternatifs. Si la concrétisation d’un accord entre les parties permettrait à l’administration Biden de marquer des points dans la région, elle marquerait également – entre les lignes – une avancée pour Israël, qui cherche à rallier l’Arabie saoudite aux accords d’Abraham signés en 2020 et qui cristallisent la normalisation entre l’État hébreu, et les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc.

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Si différents rapports font état de la volonté de MBS d’aller de l’avant avec l’État hébreu, le royaume encore sous la houlette du roi Salmane ne semble pas prêt à sauter le pas. Interrogé à ce propos mardi lors Forum économique de Davos, le chef de la diplomatie saoudienne Fayçal ben Farhane n’a pas nié les révélations faites par Axios, mais a indiqué que des étapes supplémentaires sont nécessaires en vue de trouver une solution au conflit israélo-palestinien. « Nous avons toujours vu la normalisation comme une fin en soi. La normalisation entre la région et Israël apportera des avantages, mais nous ne pourrons pas en bénéficier à moins que nous ne soyons en mesure de résoudre le problème de la Palestine », a-t-il insisté. « À part une rencontre de haut niveau entre le Premier ministre israélien Naftali Bennett et MBS – qui paraît improbable –, il semble que les Saoudiens voudraient prendre des mesures graduelles, mais rien de très audacieux ni de très déterminé », estime Aaron David Miller.

Plus largement, ces développements se déroulent également à un moment où MBS doit effectuer prochainement sa première tournée internationale depuis l’affaire Khashoggi sans qu’une date n’ait été précisée. Selon des sources citées par Reuters, le dauphin saoudien devrait se rendre en Turquie, à Chypre, en Grèce, en Jordanie et en Égypte afin de « discuter de dossiers régionaux et internationaux, et mettre sur papier des accords sur l’énergie et le commerce ». « Il s’agit du bon moment pour l’Arabie saoudite de faire des efforts afin de créer de meilleures relations avec un éventail de pays de la région dans le but de minimiser les risques pour le royaume : nous sommes dans une période de consolidation, de repli et de manœuvres de la plupart des puissances régionales au Moyen-Orient, nous éloignant ainsi d’une décennie de confrontation et de conflits initiés dans le sillage des soulèvements du printemps arabe », note Hussein Ibish, chercheur au Gulf States Institute.


C’est une visite qui pourrait amorcer un tournant dans la ligne diplomatique tenue par Joe Biden à l’égard de l’Arabie saoudite depuis son arrivée à la Maison-Blanche l’année dernière. Selon le site d’information Axios mercredi, le conseiller de la politique de la Maison-Blanche au Moyen-Orient Brett McGurk et le conseiller principal américain à la Sécurité énergétique...

commentaires (5)

pourquoi donc des polticiens - tel que Joe Biden-aiment ils se faire avoir comme ca a se devaloriser, a denigrer leurs "principes moraux".... hein dites ? hier on voue X aux gemonies sous pretexte que X est infrequentable car anti droits de l'homme et bien pire, aujourd'hui on cherche a s'en rapprocher- pt't meme a le prier de NOUS pardonner notre egarement passe....

Gaby SIOUFI

15 h 23, le 27 mai 2022

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Commentaires (5)

  • pourquoi donc des polticiens - tel que Joe Biden-aiment ils se faire avoir comme ca a se devaloriser, a denigrer leurs "principes moraux".... hein dites ? hier on voue X aux gemonies sous pretexte que X est infrequentable car anti droits de l'homme et bien pire, aujourd'hui on cherche a s'en rapprocher- pt't meme a le prier de NOUS pardonner notre egarement passe....

    Gaby SIOUFI

    15 h 23, le 27 mai 2022

  • Je partage sont avis Bilden est le plus nul des présidents Americain. MJ

    Marie-Joe MATTALIA

    13 h 59, le 27 mai 2022

  • Ni scrupules, ni âme ni conscience ces amerloques, ils ne sont mus que par l'argent et le pouvoir, beurk!

    Je partage mon avis

    11 h 08, le 27 mai 2022

  • Qu’il reste chez lui ce cher Joe. Le President le plus calamiteux de l’histoire de États Unis . Après l’anglais venu quémander du pétrole chez les saoudiens , Biden arrive , forcé de le faire , avec la même visée..En, avec le faux-espoir de rallier l’Arabie , à la folle politique de l’OTAN en Ukraine !

    LeRougeEtLeNoir

    10 h 04, le 27 mai 2022

  • Chine, Iran, Arabie Saoudite, finalement, le réalisme finit par l'emporter sur l'idéologie, et Biden est bien obligé de reconnaître que Trump n'avait pas tout faux.

    Yves Prevost

    07 h 52, le 27 mai 2022

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