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Culture - Ouvrage

L’amitié (vraiment) surréaliste entre Alberto Giacometti et André Breton

Un livre-témoignage entre créativité littéraire, art, sculptures, commentaires et profils de deux personnalités de la galaxie surréaliste dont l’amitié a duré cinq bonnes années (1930-1935).

L’amitié (vraiment) surréaliste entre Alberto Giacometti et André Breton

Des portraits d’Alberto Giacometti et d’André Breton en couverture de l’ouvrage consacré à leur amitié. Photo DR

Ceux qui n’ont pas eu l’occasion de voir l’exposition inédite à la Fondation Giacometti à Paris (de janvier à fin avril derniers) évoquant les liens d’amitié entre Alberto Giacometti et les artistes surréalistes rassemblés autour d’André Breton – Jean Arp, Joan Miró, Max Ernst, Salvador Dali, Yves Tanguy, Dora Maar, Meret Oppenheim, Leonora Carrington et Victor Brauner – peuvent enrichir leurs connaissances à travers l’ouvrage Amitiés surréalistes, Alberto Giacometti et André Breton (éditions Fage, 192 pages), réalisé dans une étroite collaboration entre l’Association Atelier André Breton, le centre Pompidou et le Musée d’art moderne à Paris. Entre sculpture, dessin et poésie, bouleversé le paysage culturel et artistique des années 1930. Années de crises socio-économiques qui ont culminé avec la Seconde Guerre mondiale. Dans cette fiévreuse atmosphère précédant les tam-tams des grands conflits sanglants, Alberto Giacometti, citoyen suisse de la ville Borgonovo, s’installe à Paris, centre du rayonnement culturel. Il intègre vite le groupe surréaliste. Avec ses créations qui avaient une filiation d’esprit, d’innovation et d’invention, tel que l’a prôné le manifeste louant l’imagination, le rêve et l’émerveillement, Giacometti est immédiatement repéré. Il sera des leurs et aura de nombreux amis dans ce milieu qui lui apportera soutien et reconnaissance. Vedette de cette vague artistique dans le sillage de Salvatore Dali, Joan Miro, Yves Tanguy, Marx Ernst, il s’en détache pourtant…

Son lien avec André Breton débute grâce à Aragon qui entreprend d’arranger une rencontre. De cette rencontre qui marquera l’artiste et le poète naît une correspondance chaleureuse de partage d’idées, de respect mutuel et d’admiration.

Un turbulent bout de chemin, d’une moitié d’une décennie, avant que leurs routes ne se séparent. Sans fracas. À cause de certaines idées de politique révolutionnaire, de concept de la bourgeoisie et d’une représentation artistique qui s’éloigne progressivement du surréalisme pour épouser d’autres ressources d’inspiration. C’est surtout Giacometti qui rompt le lien du cercle pour s’orienter vers une autre direction. Avec cet argument en guise de défense : « Le meilleur moyen d’être révolutionnaire pour un artiste, c’est de faire son travail au mieux ! »

« Transformer le monde et changer la vie »

Mais l’étincelle de l’amitié, malgré cet écart et ce différend de vision, restera longtemps vivante. Car Giacometti trouvait André Breton « intelligent et sensible ».

Fer de lance et élément fondateur du mouvement surréaliste après avoir rompu avec les dadaïstes, l’auteur de Nadja, qui voulait « transformer le monde et changer la vie », prendra Giacometti comme témoin de son mariage avec Jacqueline Lamba. Une amitié par conséquent non passagère, mais intime et intense, qui se nourrit non seulement de cette correspondance, riche et assidue, qui les unira longtemps, mais aussi des créations que l’un et l’autre entreprennent tout au long de leurs vies respectives.

Giacometti éblouira le poète romancier avec ses sculptures caractérisées par leur onirisme fou, leur doute devant ce que l’on considère comme certitude et leur érotisme sulfureux à la sensualité provocante. Des œuvres qui viennent se ranger sous la bannière surréaliste où l’on retrouve les noms de Salvatore Dali, Joan Miro, Pablo Picasso, Tristan Tzara. On ajoute à cette étrange combinaison d’images et de télescopage visuel, les vocables de Paul Éluard, Philippe Soupault et bien entendu ceux d’André Breton.

On retiendra dans cet ouvrage également, comme la première note à deux voix d’une partition musicale, L’air de l’eau, un texte d’André Breton beau comme un diamant, illustré par Alberto Giacometti, qui fera grincer les dents des critiques et ravira tous les compères qui venaient se joindre à un mouvement naissant.

Un mouvement qui bouscule et balaie certaines valeurs intellectuelles traditionnelles. Le sculpteur s’enhardit et éblouit le public avec La boule suspendue, La table, Le mannequin, Le cube, autant d’œuvres inédites qui défraient la chronique.

Des images et des objets insolites échappés à l’imaginaire délirant d’un sculpteur qui défie normes et convention, et le verbe sonore et brillant d’un André Breton épris de changement. Telles sont les arcanes de cette amitié que fait vivre cet ouvrage riche de témoignages, d’écrits, de photos, de lettres, d’illustrations diverses entre ébauches, esquisses, dessins et plans d’atelier.

Par-delà toute galère de vie de bohème et d’artistes, il y a là le terreau de tout ce qui fait l’étincelle des créations géniales. Ces créations qui marquent en toute sagesse le temps et les gens.


Ceux qui n’ont pas eu l’occasion de voir l’exposition inédite à la Fondation Giacometti à Paris (de janvier à fin avril derniers) évoquant les liens d’amitié entre Alberto Giacometti et les artistes surréalistes rassemblés autour d’André Breton – Jean Arp, Joan Miró, Max Ernst, Salvador Dali, Yves Tanguy, Dora Maar, Meret Oppenheim, Leonora Carrington et Victor Brauner –...

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