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Moyen-Orient - Éclairage

Le marchandage politique d’Erdogan face à l’OTAN

Entre question kurde, pression russe et popularité sur le plan domestique, le président turc entend acquérir un maximum d’avantages sur le dossier d’intégration de la Suède et de la Finlande à l’Alliance transatlantique.

Le marchandage politique d’Erdogan face à l’OTAN

Recep Tayyip Erdogan lors d’une conférence de presse au siège de l’OTAN, à Bruxelles, le 14 juin 2021. Yves Herman/Pool/Reuters

Le président turc campe sur ses positions. Alors que la Suède et la Finlande ont officialisé leur demande d’adhésion à l’OTAN le 18 mai en réaction à l’invasion russe de l’Ukraine, faisant monter les tensions entre l’alliance, la Russie, les candidats et la Turquie, Recep Tayyip Erdogan semble résolu à bloquer leur entrée. Avec le même mot d’ordre : les préoccupations sécuritaires turques doivent être entendues, surtout sur la question kurde dont la simple appartenance à cette minorité ethnique confère à ses membres une étiquette « terroriste » pour Ankara. Les efforts d’apaisement de la ministre suédoise des Affaires étrangères, Ann Linde, qui a notamment rappelé sur Twitter vendredi dernier que la Suède a été le second pays après la Turquie à classer le PKK parmi les organisations terroristes, ne semblent pas suffire.

Les candidats à l’OTAN doivent démontrer « clairement qu’ils seront solidaires de la Turquie sur des questions fondamentales, notamment dans la lutte contre le terrorisme », a déclaré le président turc samedi dernier au chef de l’OTAN, Jens Stoltenberg, lors d’un appel téléphonique. « Vis-à-vis de l’opinion publique turque et de ses partenaires occidentaux, Erdogan doit montrer que l’on n’obtient pas l’accord de la Turquie aussi facilement, que c’est un pays important et puissant, surtout dans le contexte de l’élection présidentielle turque qui arrive (en 2023) », souligne Bayram Balci, directeur de l’Institut français d’études anatoliennes à Istanbul.

Alors que les différends se sont accumulés entre l’OTAN et la Turquie ces dernières années, Istanbul sort la carte du droit de veto pour recentrer son pays sur l’échiquier politique, jouant de son ambiguïté stratégique entre ses différentes alliances avec les Occidentaux et le Kremlin. « Il y a une vulnérabilité de la Turquie vis-à-vis de la Russie et Ankara pourrait faire face à une mesure de rétorsion de la part de Moscou », fait remarquer Bayram Balci. « Elle est encerclée par la Russie : au nord par la mer Noire, à l’est avec la présence de bases militaires russes, mais aussi en Syrie où les Russes peuvent attaquer la Turquie ou la mettre en difficulté sur la question des réfugiés », poursuit-il.

Si le rapprochement entre l’Ukraine et l’OTAN avait déjà fait bondir les autorités russes, l’intégration de la Suède rajouterait 1 340 kilomètres de frontières communes entre Moscou et l’Alliance, positionnant cette dernière aux portes de la Russie. Une marge de marchandage importante pour Erdogan qui entend régler ses comptes avec les Occidentaux alors que l’intégration d’un nouveau pays dans l’alliance requiert l’unanimité des 30 membres. « Je ne pense pas qu’il va user de son veto, il va attendre, et faire monter les enchères », estime Bayram Balci.

Embargo

La Turquie accuse les deux pays nordiques de soutenir des militants kurdes du PKK, bête noire de la Turquie. Classé terroriste, et reconnu comme tel par les États-Unis, le Canada, l’Australie et l’UE, le groupe mène depuis 1984 une campagne armée en Turquie pour obtenir, à défaut d’une indépendance, une autonomie pour le peuple kurde dans le pays. Représentant 20 % des 84 millions d’habitants de la Turquie, ce groupe ethnique sans patrie, à majorité sunnite, a longtemps été marginalisé et persécuté en Turquie, mais aussi en Syrie, en Irak et en Iran, les quatre pays dans lesquels il est réparti. Depuis 2016, suite au putsch manqué en Turquie, la répression se voit renforcée sous la houlette du reïs turc. Faisant du PKK sa principale préoccupation sécuritaire, Ankara a lancé entre 2016 et 2019 trois opérations majeures au nord de la Syrie dans les zones aux mains des forces kurdes du YPG, bras armé du PYD et pendant syrien du PKK. Plus récemment, une autre incursion était discrètement menée dans le nord de l’Irak tandis que Recep Tayyip Erdogan a menacé lundi dernier de lancer prochainement une nouvelle incursion militaire dans le nord-est de la Syrie.

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Le rôle majeur des YPG dans la lutte contre l’État islamique en Syrie au sein des Forces démocratiques syriennes, soutenues depuis 2015 par la coalition internationale menée par les États-Unis, leur octroie notamment un statut privilégié vis-à-vis des Occidentaux, constituant un point de tension majeur avec Istanbul. Alors que les YPG sont armées et financées par Washington et les pays européens, Stockholm a annoncé en 2021 une augmentation de leur financement, pour atteindre 376 millions de dollars d’ici à 2023.

En outre, l’acquisition du système de défense antiaérienne russe S-400, vaut à Ankara, encore aujourd’hui son exclusion du programme d’avions de combat F-35 mené par les États-Unis. En conséquence, des embargos ont été imposés par Washington et d’autres pays de l’UE – dont la Suède et la Finlande – pour interdire la vente de certaines armes à la Turquie.

« Un absolu nid de terroristes »

Une situation qui pousse la minorité à l’exil, notamment en Europe. En accueillant près de 100 000 réfugiés kurdes, notamment des dissidents et militants politiques, dont plusieurs siègent même au Parlement, la Suède est particulièrement visée par les attaques turques. « Nous sommes très préoccupés par ces deux pays, surtout par la Suède qui est un foyer de terreur, un absolu nid de terroristes », a déclaré jeudi dernier le président turc à l’occasion de la Journée de la jeunesse. Stockholm est accusée d’abriter des partisans de Fethullah Gulen, ancien allié et ennemi juré d’Erdogan, basé aux États-Unis, et considéré par le reïs turc comme le cerveau de la tentative de coup d’État de 2016. Côté Finlande, bien que moins virulentes, les accusations turques sont les mêmes.

Les conditions pour ces adhésions sont claires et ont été énoncées à nouveau samedi dernier lors des entretiens téléphoniques respectifs entre M. Erdogan et les dirigeants des deux pays. Il faut que la Suède et la Finlande renoncent à tout soutien « politique et financier » à ces organisations terroristes. Le président turc réclame également, et ce depuis 2018, l’extradition de 33 militants présumés du PKK résidant dans les deux pays, et parmi eux le fameux éditeur turc défenseur des droits de l’homme, Ragıp Zarakolu, réfugié en Suède depuis 2012. La levée de l’embargo sur les armes est aussi une condition cruciale, renforçant d’autant plus le rôle de Washington comme médiateur dans les négociations. Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, qui a rencontré son homologue américain Anthony Blinken mercredi dernier à New York, affirme d’ailleurs que la vente à Ankara d’un nouveau lot d’avions de combat F-16 et des kits de modernisation pour compenser l’embargo imposé est en bonne voie. « Résoudre la question des armes et les préoccupations kurdes sont centrales pour les Turcs, souligne Bayram Balci. Il faut qu’Istanbul ait des garanties de protection de la part des Européens », insiste le spécialiste.


Le président turc campe sur ses positions. Alors que la Suède et la Finlande ont officialisé leur demande d’adhésion à l’OTAN le 18 mai en réaction à l’invasion russe de l’Ukraine, faisant monter les tensions entre l’alliance, la Russie, les candidats et la Turquie, Recep Tayyip Erdogan semble résolu à bloquer leur entrée. Avec le même mot d’ordre : les...

commentaires (3)

Bravo Erdogan ! Il est en train de sauver le Suède et la Finlande de la désastreuse Ukrainisation dont l'auteur n'est autre que ce pitre qui s'appelle Kerensky ... Pendable Kerensky !

Chucri Abboud

01 h 24, le 26 mai 2022

Tous les commentaires

Commentaires (3)

  • Bravo Erdogan ! Il est en train de sauver le Suède et la Finlande de la désastreuse Ukrainisation dont l'auteur n'est autre que ce pitre qui s'appelle Kerensky ... Pendable Kerensky !

    Chucri Abboud

    01 h 24, le 26 mai 2022

  • Erdogan = Poutine …..

    Eleni Caridopoulou

    18 h 27, le 25 mai 2022

  • a MALINS- l'occident en general - a MALINS ET DEMI ! ces gens la ne comprennent que par les moyens appliques par Mr. Erdogan ! chantages, menaces sont le language qu'ils comprennent, language qui les forcent a tenir compte des interets des autres & pas seulement les leurs MILLE FOIS BRAVO a mr. Erdogan.

    Gaby SIOUFI

    14 h 48, le 25 mai 2022

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