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Culture - CINÉMA

Tchaïkovski vu par sa femme oubliée : l’histoire à l’origine du film

« Ce n’est pas un biopic, il n’est pas le personnage principal. C’est un film sur quelques épisodes de sa vie et sur une femme qui était obsédée par lui », indique Kirill Serebrennikov, enfant terrible du 7e art russe.

Tchaïkovski vu par sa femme oubliée : l’histoire à l’origine du film

Une image tirée du film « La femme de Tchaïkovski », premier des 21 films en lice pour la palme d’or à Cannes. Photo Alyona Mikhailova

Qui était Antonina Milioukova ? L’enfant terrible du cinéma russe Kirill Serebrennikov se penche sur la vie de Tchaïkovski à travers non pas le regard du compositeur de génie, mais de celle qu’il a épousée pour cacher son homosexualité et protéger les siens.

Un demi-siècle après le biopic soviétique d’Igor Talankine (1969) et la Symphonie pathétique de Ken Russell (1971), La femme de Tchaïkovski, premier des 21 films en lice pour la palme d’or, promet un aperçu plus intimiste du bref et désastreux mariage de Piotr Ilitch Tchaïkovski.

« Ce n’est pas un biopic, il n’est pas le personnage principal. C’est un film sur quelques épisodes de sa vie et sur une femme qui était obsédée par lui », expliquait à l’AFP Kirill Serebrennikov, lors d’un entretien mené en avril à Berlin où il est désormais installé.

« Ça montre sa version des événements et c’est intéressant car Antonina Milioukova est un personnage complètement oublié », poursuit le réalisateur, pour qui ce film est le « début d’un long voyage » dans l’univers du compositeur du Lac des cygnes.

« Un terrible mensonge »

Il y a quelques années, alors que Serebrennikov cherchait un financement public pour ce film, l’ex-ministre de la Culture Vladimir Medinski (actuellement chef de la délégation russe aux négociations avec l’Ukraine), « voulait que nous suivions la version soviétique de la vie du compositeur, raconte-t-il. Or ce film est un terrible mensonge ».

En Russie, « Tchaïkovski est un monument qui n’a pas souffert, qui n’a pas eu de vie privée », précise-t-il. Pour lui, sa vie intime reste « inconnue des Russes tout comme Tchekhov, Dostoïevski ou Tolstoï ».

Réfutant tout sensationnalisme dans son film, Serebrennikov dit vouloir montrer en partie comment cette relation tumultueuse a été également source « d’inspiration de ses extraordinaires œuvres ».

Si l’homosexualité du compositeur était connue depuis longtemps, des passages de lettres de Tchaïkovski publiés sans censure pour la première fois en 2018 dévoilaient ses chagrins d’amour ou ses désirs pour des hommes.

« J’ai rencontré un jeune d’une beauté saisissante (...) après notre promenade, je lui ai proposé de l’argent, qu’il a refusé », écrit-il en 1880 à son frère Modeste, également homosexuel et librettiste de son opéra La dame de pique. La même année, il décrit son serviteur Alexeï Sofronov, son amant puis fidèle ami, comme « une créature angélique » dont il aimerait être « l’esclave, le jouet, la propriété ».

Ces passages avaient été censurés après sa mort, d’abord par ses frères puis à l’époque soviétique. « Jusqu’à présent, beaucoup de gens n’y croient pas et considèrent que c’est une tentative de ternir la réputation du meilleur compositeur russe », affirme à l’AFP Marina Kostalevsky, professeure de russe au Bard College à New York qui a copublié le recueil de lettres.

« Être normal »

D’après elle, Tchaïkovski s’est marié avec Antonina Milioukova, ancienne élève du Conservatoire de Moscou qui lui avait adressé une lettre d’admiration, car « il voulait être normal aux yeux de la société ».

« Je veux me marier ou avoir une relation publique avec une femme pour clouer le bec à tous ces salauds dont je n’ai que faire de leurs opinions mais qui font souffrir des gens qui me sont proches », écrit-il à Modeste en 1876.

Mais le compositeur « s’est rendu compte rapidement de son erreur (...), il a décrit à son frère Anatoli combien c’était une torture d’être avec elle et qu’il trouvait sa proximité physique révoltante », explique Marina Kostalevsky. Il tente même de se suicider dans une rivière glaciale.

Et Antonina Milioukova ? Longtemps, les biographes lui ont imputé toute la souffrance de Tchaïkovski, la qualifiant de folle – lui-même l’a qualifiée de « vipère » –, mais aujourd’hui les recherches sont plus nuancées.

Dans Antonina Tchaikovskaya : histoire d’une vie oubliée de Valery Sokolov, l’auteur « tente de montrer qu’elle n’était pas ce monstre décrit par certains biographes », indique la professeure Kostalevsky. La vie d’Antonina, qui a fini dans un hôpital psychiatrique, « a été complètement détruite ».

Malgré la brièveté de leur cohabitation – ils ne divorceront jamais –, c’est à cette période que le compositeur créa l’un de ses chefs-d’œuvre, l’opéra Eugène Onéguine, influencé par cette relation impossible.

Rana MOUSSAOUI/AFP


Qui était Antonina Milioukova ? L’enfant terrible du cinéma russe Kirill Serebrennikov se penche sur la vie de Tchaïkovski à travers non pas le regard du compositeur de génie, mais de celle qu’il a épousée pour cacher son homosexualité et protéger les siens.Un demi-siècle après le biopic soviétique d’Igor Talankine (1969) et la Symphonie pathétique de Ken Russell (1971), La...

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