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Moyen-Orient - Éclairage

L’émir qatari à Téhéran pour jouer le médiateur sur l’accord nucléaire

Cheikh Tamim doit se rendre aujourd’hui en Iran pour aborder les relations bilatérales entre les deux pays, ainsi que les dossiers régionaux et internationaux, comme l’approvisionnement en gaz des pays européens.

L’émir qatari à Téhéran pour jouer le médiateur sur l’accord nucléaire

Le président iranien, Ebrahim Raïssi, reçu par l’émir du Qatar, lors d’une visite à Doha, le 21 février 2022. Photo archives AFP

Il part avec une mission. L’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, sera aujourd’hui en Iran avant de se rendre notamment en Allemagne et au Royaume-Uni. Si les relations bilatérales ainsi que les affaires régionales et internationales figurent à l’ordre du jour de sa visite à Téhéran, un des objectifs principaux de ce déplacement sera de sauver l’accord sur le nucléaire, alors que les négociations se trouvent de nouveau au point mort. Doha avait déjà joué le rôle d’intermédiaire lors de la première visite officielle de l’émir à Téhéran en janvier 2020, après que des frappes américaines avaient coûté la vie à Kassem Soleimani à Bagdad, alors commandant en chef de l’unité d’élite al-Qods au sein des gardiens de la révolution iranienne. Aujourd’hui encore, l’émir qatari a pour mission de jouer le médiateur entre les États-Unis et l’Iran pour faire avancer les pourparlers de Vienne conduits indirectement entre les deux pays, qui semblaient pourtant être il y a quelques semaines dans leur phase finale. Proche des États-Unis, courtisé par les Européens pour son gaz naturel et entretenant de bonnes relations avec la République islamique, Doha est bien placé pour faire le lien dans cet épineux dossier.

Déclaré en mars dernier comme un allié majeur non membre de l’OTAN par Washington, « le Qatar joue le rôle de médiateur avec un mandat clair de la part des États-Unis pour aller à Téhéran et présenter aux Iraniens le caractère urgent (d’un accord) », affirme Andreas Krieg, professeur associé au King’s College de Londres. La réalité des développements survenus depuis la reprise des négociations en avril 2021 s’est confrontée à l’objectif initial de retourner à l’accord conclu en 2015 sous l’administration de Barack Obama, visant à limiter les activités nucléaires iraniennes contre la levée de sanctions économiques. Avec un stock, annoncé en novembre dernier, de 25 kg d’uranium enrichi à 60 % et la flambée des cours des hydrocarbures depuis l’invasion par la Russie de son voisin ukrainien, l’Iran semble avoir relevé son niveau d’exigences. Dernière en date : le retrait des gardiens de la révolution de la liste américaine des organisations terroristes, qui a soulevé une opposition bipartisane à Washington. Autre point contentieux, Téhéran réclame l’assurance que la signature de l’accord ne sera pas remise en question en cas de changement d’administration en 2024 ou après, en référence au retrait unilatéral décidé par le président Donald Trump en 2018.

L’Europe en ligne de mire

« Si les Qataris ne peuvent pas grand-chose pour promettre la stabilité et la durabilité d’un accord – qui est surtout lié au système politique américain –, ils peuvent faire comprendre que les Européens soutiennent très fermement le deal et qu’ils sont également très désireux d’accroître leur engagement en cas d’un second accord », avance Andreas Krieg. Dans un effort coordonné, les Européens, parmi lesquels l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni sont signataires de l’accord de 2015, ont ainsi envoyé hier à Téhéran leur négociateur en chef, Enrique Mora, pour rencontrer son homologue iranien. En poursuivant son voyage à Berlin et Londres, l’émir qatari pourrait chercher à verrouiller des garanties européennes pour « développer des mesures qui protégeraient les entreprises investissant en Iran contre de potentielles sanctions imposées par les États-Unis à l’avenir », poursuit le chercheur.

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Alors que l’Union européenne se divise quant à un potentiel embargo progressif contre les importations de pétrole russe pour sanctionner le Kremlin pour son invasion de l’Ukraine, certains pays ont déjà annoncé qu’ils allaient réduire leur dépendance au gaz naturel de Moscou, ouvrant ainsi la voie à une diversification des fournisseurs. L’Allemagne, qui importe plus de la moitié de son gaz de Russie, a ainsi conclu en mars dernier un accord préalable avec le Qatar pour augmenter sa capacité à recevoir du gaz naturel liquéfié (GNL) et par conséquent ses importations de l’émirat gazier. Si l’accord se heurte aujourd’hui à des problèmes contractuels, le marché européen constitue un débouché intéressant pour Doha, qui ne fournit que 5 % des besoins du Vieux Continent en GNL. Ayant annoncé l’année dernière un mégaplan d’investissement en vue d’augmenter sa production de plus de 60 % d’ici à 2027, l’émirat pourrait ainsi profiter de la crise ukrainienne pour négocier des contrats à long terme avec certains pays européens. Alors que Doha et Téhéran se partagent un des plus grands champs gaziers du monde, North Field/South Pars, les « compagnies qataries s’intéressent au développement du secteur pétrolier et gazier en Iran, et sont prêtes à aider à renouveler l’infrastructure et à permettre aux Iraniens d’opérer et d’extraire plus efficacement le gaz de North Field », indique Andreas Krieg. « Les Qataris pourraient promettre des investissements en Iran s’il y a une levée des sanctions », précise-t-il néanmoins.

Relations bilatérales

« Aussi, l’Union européenne et certains acteurs-clés du Golfe comme le Qatar croient qu’une relance de l’accord sur le nucléaire aidera à améliorer la sécurité dans cette région et conduira à de nouveaux efforts de dialogue régional », soutient pour sa part Anna Jacobs, chercheuse à l’Arab Gulf States Institute in Washington. Assurer la stabilité dans le golfe arabique est en outre primordial pour Doha, qui soigne son image à l’approche de la Coupe du monde de football qu’il accueille cet hiver.

Si des incidents sécuritaires affectent régulièrement la zone du fait notamment de la guerre au Yémen, où les rebelles houthis soutenus par Téhéran combattent les forces progouvernementales appuyées par la coalition menée par l’Arabie saoudite depuis 2015, le Qatar, qui n’y est pas impliqué, est resté épargné. Malgré des positions régionales parfois aux antipodes de celles de la République islamique, comme en Syrie, les liens de l’émirat gazier avec Téhéran se sont renforcés lors du blocus sur Doha décidé en 2017 – et levé en janvier 2021 – par Abou Dhabi, Riyad, Le Caire et Manama pour ses liens supposés avec l’Iran et son soutien aux Frères musulmans. « La coopération bilatérale entre le Qatar et l’Iran se développe rapidement, des liens commerciaux et économiques à l’énergie en passant par la connectivité des infrastructures et à l’accueil des touristes pendant la Coupe du monde », souligne Anna Jacobs, en référence aux accords signés en février dernier lors de la première visite officielle du président iranien Ebrahim Raïssi à Doha et à ceux signés en avril dernier pour promouvoir l’île de Kish en Iran, qui pourrait accueillir des fans de football. Dans ce contexte, la première réunion du comité de consultation politique établi entre les deux pays s’est tenue mardi dernier à Téhéran pour préparer le déplacement de l’émir qatari en présence de Ali Bagheri, négociateur en chef iranien pour les pourparlers sur le nucléaire. Après la visite du souverain, le président Raïssi doit se rendre à son tour dans un pays du Golfe qui n’a pas été précisé.

Il part avec une mission. L’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, sera aujourd’hui en Iran avant de se rendre notamment en Allemagne et au Royaume-Uni. Si les relations bilatérales ainsi que les affaires régionales et internationales figurent à l’ordre du jour de sa visite à Téhéran, un des objectifs principaux de ce déplacement sera de sauver l’accord sur le nucléaire,...
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