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Nos Lecteurs ont la Parole

Un populicide

C’est une maltraitance d’un peuple jusqu’à l’exaspération, la famine et la mort ou bien la fuite loin du pays. Une extermination d’une nation d’un peuple tel un génocide ou un ethnocide du temps de la révolution française. Que font nos dirigeants actuellement avec le peuple libanais. Ni protection sociale ni un plan de vie honorable. Pour échapper à une mort lente certains choisissent la fuite. Les voies terrestres ne font pas l’affaire. Il reste les voies aériennes et les voies maritimes.

La dernière tragédie au large de Tripoli a englouti femmes et enfants. Aucune voix au niveau des responsables ne propose un plan de sauvetage du pays et pourtant des projets existent. Les dirigeants sont soit incapables, soit ignorants, soit complices, profiteurs et collaborateurs. Leurs tiraillements ne révèlent aucun plan de redressement du pays. D’ailleurs tous les plans nécessitent des financements qu’ils n’ont pas. Cet argent est possible à trouver mais les responsables ne sont pas crédibles. Comment donner de l’argent pour le redressement économique à une caste corrompue qui a ruiné le pays et le peuple. Toutes les adjudications du passé se déroulaient légalement en apparence mais avec la complicité des responsables à tous les niveaux. Tout se déroule sous l’autorité d’un Parlement complice, un gouvernement complice et d’une administration complice. Notre magistrature innocente, semble incapable de réagir. Ni vu ni connu. Les organes de surveillance et d’inspection toujours absents ou tolérants. Ils émettent des avis descriptifs des faits sans suivi ou sanctions. Toute cette orchestration mafieuse fait profiter presque tous. Ceux dans les postes de décisions et la complicité tacite de ceux dans l’opposition. Ces derniers espèrent déloger les premiers pour prendre leurs places. Dans la période électorale actuelle, les candidats rivalisent en mots flatteurs et prometteurs pour caresser les espoirs du peuple et répondre à ses attentes. C’est tromper le peuple de nouveau. Le peuple devrait réagir. Au lieu de fuir le pays, les Libanais doivent se rappeler la parole du pasteur Martin Niemëller (1892-1984) sur la lâcheté des intellectuels allemands lors de la période du nazisme : « Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté, je n’étais pas communiste, quand ils sont venus chercher les syndicalistes je n’ai pas protesté, je n’étais pas syndicaliste, quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai pas protesté, je n’étais pas juif, puis ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. » Ceci pour rappeler à tous, qu’ils sont touchés par leurs biens, leurs vies, leurs rêves, et leurs familles. Par leur attitude timorée, ils se cachent espérant échapper à ce populicide. Intellectuels, penseurs, journalistes, syndicalistes doivent réagir. Le mouvement initié par les syndicats des professions libérales est sûrement à poursuivre. Mais le mieux est de travailler à mettre en place une table ronde entre gouvernement, banque centrale, déposants, magistrats, avocats et autres techniciens pour établir les responsabilités. Il faut arrêter de tromper le peuple avec les projets piégés du «Capital control», les discussions avec le Fonds monétaire et le secret bancaire. En fait, ils tendent à innocenter les responsables et à sanctionner les épargnants. L’ironie est que certains politiques comme certains experts en économie sont capables de prédire avec précision stupéfiante le passé. Les réformes semblent oubliées par l’équipe dirigeante. Avec un président fort et un régime fort, on est dans cet abîme. Comment on aurait pu faire avec un régime moins fort. Il y a certes le poids des puissances étrangères qui pèse pour empêcher toute solution, qui empêche le retour des Syriens dans leur pays, qui bloque tout règlement de la cause palestinienne, qui interdit l’exploitation de nos richesses en gaz et pétrole. Le peuple doit réagir au lieu de fouiller dans les poubelles pour se nourrir.

La part de l’humain sociétal finira par céder, éclater devant la poussée de l’humain révolté et meurtrier. La détérioration psychique, humaine va découvrir la part agressive de l’être (banditisme, agression à main armée, enlèvement et demande de rançon). C’est en fait qu’on a touché chez autrui l’impossible à supporter. C’est ce que nous vivons. On sait que le pouvoir, l’argent, la gloire sont des drogues qui abîment et aveuglent tous les prétendants. Mais des Libanais sincères, capables, peuvent corriger tous les choix déviants. Voter pour des responsables honnêtes qui peuvent travailler pour stopper la misère du pays, retrouver la confiance et relancer l’économie. Ceci nous évitera la poursuite que nous subissons de la destruction des composantes nationales, l’atteinte à l’intégrité physique et psychique, la soumission du peuple à des conditions d’existence intolérable. Ce n’est pas en invoquant les gloires du Liban contre les misères du présent que l’on avancera par des réformes nécessaires. La nostalgie d’un Liban rayonnant ne suffit pas à la jeunesse déroutée bousculée, écrasée et désemparée. Un dialogue intérieur est indispensable pour ramener la sécurité, redessiner le pays sur des bases harmonieuses. Il faut réapprendre à penser ensemble et à rattacher le Liban à la république loin des choix déviants. On doit retrouver les grands principes respectant les sensibilités et les droits de chacun. Un Liban décentralisé et en harmonie avec le monde. Les rêves personnels ou de certains groupes libanais sont suicidaires. C’est un rêve collectif, qui fera reconstruire le Liban par des personnes ayant le sens de l’État vers un avenir attendu par tous.

Adel AKL

Psychiatre, psychanalyste

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C’est une maltraitance d’un peuple jusqu’à l’exaspération, la famine et la mort ou bien la fuite loin du pays. Une extermination d’une nation d’un peuple tel un génocide ou un ethnocide du temps de la révolution française. Que font nos dirigeants actuellement avec le peuple libanais. Ni protection sociale ni un plan de vie honorable. Pour échapper à une mort lente certains...

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