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Société - Médias

Convoqué par le bureau d’investigation criminelle, le journaliste Mohammad Nimer dénonce un « État policier »

Le rédacteur en chef du site « Grand LB » ne s’est présenté pas à la convocation lundi matin, car « ce bureau n’est pas habilité à traiter des plaintes visant des journalistes ou des médias ».

Convoqué par le bureau d’investigation criminelle, le journaliste Mohammad Nimer dénonce un « État policier »

Le journaliste politique Mohammad Nimer, lors d'une intervention télévisée. Photo Facebook/ Mohammad Nimer-journalist

La répression de la liberté d’expression a encore frappé au Liban. Le journaliste politique Mohammad Nimer, qui dirige le site d’informations Grand LB, a fait l’objet d’une note d’information présentée par la présidence de la République après avoir publié, jeudi dernier, un article intitulé « Comment le Courant patriotique libre (CPL) a financé sa campagne électorale ». M. Nimer était appelé à se présenter lundi matin au bureau d’investigation criminelle, au Palais de justice de Beyrouth. Une convocation à laquelle il a refusé de se présenter.

Dans l’article incriminé, le journaliste écrit que « certains PDG de banque, convoqués pour une enquête concernant des dossiers financiers, ont été notifiés par un conseiller constitutionnel de haut rang au palais présidentiel de la nécessité de payer une certaine somme » pour ne pas être inquiétés par la justice. « Ces sommes devraient ensuite être utilisées pour financer la campagne électorale du CPL », écrit-il encore.

La présidence de la République a rapidement diffusé un démenti, avant de déposer une note d’information contre le rédacteur en chef du site. « Nous avons immédiatement publié ce démenti. Certes, l’article évoque ce qui ressemble à du chantage, mais il ne mentionne pas la personne du président de la République. Sauf que Baabda a décidé d’aller plus loin en présentant une note d’information à mon encontre près la Cour de cassation » , explique Mohammad Nimer à L’Orient-Le Jour. « Il s’agit d’un règlement de comptes en raison de mes prises de position politiques », estime-t-il. Le site d’informations Grand LB affiche une ligne éditoriale assez critique envers la présidence de la République, le CPL et le Hezbollah.

« Le bureau d’investigation criminelle m’a notifié d’une convocation lundi à 10 heures au Palais de justice de Beyrouth, poursuit le journaliste. Je refuse de m’y rendre, car ce bureau n’est pas habilité à traiter des plaintes visant des journalistes ou des médias. J’assumerai mes responsabilités devant l’instance concernée » , ajoute-t-il, en référence au tribunal des imprimés.Contactée par L’OLJ, une source informée de la position de Baabda nie toute implication de la présidence dans la convocation du journaliste. « Dans son démenti, la présidence de la République a tout simplement indiqué que ce texte (publié le 10 mars) faisait office de note d’information à l’adresse de la justice. Je suppose que le parquet s’est alors saisi de l’affaire », explique cette source qui a requis l’anonymat. Cette source réfute par ailleurs les accusations d’atteinte à la liberté d’expression. « Il y a différence entre liberté d’expression et informations calomnieuses », se contente-t-elle de commenter. Quant à la convocation de Mohammad Nimer par le bureau d’investigation criminelle et non par le tribunal des imprimés, la même source estime que « c’est le parquet qui décide quelle instance doit examiner le dossier ».

Vague de solidarité
Depuis l’annonce de sa convocation, Mohammad Nimer a fait l’objet d’une vague de solidarité de la part de juristes, de journalistes et de militants qui l’ont exhorté à ne pas se rendre au bureau d’investigation criminelle. « J’ai été contacté, entre autres, par vingt-huit avocats, l’ordre de la presse, l’ordre des journalistes, l’association Skeyes pour les médias et la liberté culturelle et encore par le syndicat alternatif des journalistes, indique le journaliste. Ce genre de convocations visant des militants ou des membres du secteur des médias montre que l’État policier s’étend de plus en plus, ce qui prouve que le pouvoir est dans un état de délabrement avancé », analyse-t-il.Roula Mikhael, directrice exécutive de l’ONG Maharat qui lutte pour la promotion de la démocratie et de la liberté d’expression, met en garde, pour sa part, contre une répression grandissante de la part des autorités. « Toute convocation en justice pour des opinions exprimées est problématique. La parole fait-elle à ce point peur ? se demande cette militante. Il est désormais interdit de critiquer des responsables ou des figures publiques. Or, ces personnes-là doivent rendre des comptes, quelle que soit la position qu’elles occupent. » Mme Mikhael rappelle par ailleurs que « le Liban vient d’être placé, pour la première fois, dans la catégorie des régimes autoritaires », en référence à un rapport publié début février par l’Economist Intelligence Unit (EIU), le bureau de recherche du groupe britannique The Economist (voir L’OLJ du 3 mars 2022). « Cette classification est bel et bien justifiée, soupire-t-elle. Les autorités sont en train de museler les voix qui les dérangent. Nous baignons dans une véritable culture de l’impunité et il n’y a aucun garde-fou malheureusement. Les responsables politiques considèrent qu’ils sont au-dessus de la loi », poursuit Mme Mikhael. « Aujourd’hui, seule la solidarité de la société civile peut nous permettre de faire face à la répression et de nous protéger. La société civile doit s’unir, sinon rien n’empêchera les autorités de continuer sur leur lancée », conclut-elle.


La répression de la liberté d’expression a encore frappé au Liban. Le journaliste politique Mohammad Nimer, qui dirige le site d’informations Grand LB, a fait l’objet d’une note d’information présentée par la présidence de la République après avoir publié, jeudi dernier, un article intitulé « Comment le Courant patriotique libre (CPL) a financé sa campagne électorale »....

commentaires (8)

La presidence de la republique n’a rien d’autre à faire que de presenter des notes contre des journalistes ! Qu’elle s’occupe plutôt de resoudre les mille problemes des Libanais et qu’elle cesse de se comporter comme un chef de bande.

Goraieb Nada

07 h 48, le 15 mars 2022

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Commentaires (8)

  • La presidence de la republique n’a rien d’autre à faire que de presenter des notes contre des journalistes ! Qu’elle s’occupe plutôt de resoudre les mille problemes des Libanais et qu’elle cesse de se comporter comme un chef de bande.

    Goraieb Nada

    07 h 48, le 15 mars 2022

  • Nous sommes en Iran , n’oubliez pas….

    Eleni Caridopoulou

    17 h 28, le 14 mars 2022

  • Bravooooooo et soutiens au Journaliste Mohammad Nimer ! Convoqué au Bureau d’investigation criminelle rien que ça ! coupable de lèse-Majesté pour avoir eu cet honneur de recevoir une telle convocation …Le pouvoir est chatouilleux quand on fait allusion à ses émoluments, et surtout quand on chatouille de près ou de loin le potentiel héritier d’un pouvoir finissant aux abois se cherchant une porte de sortie plus ou moins honorable. Je ne connais pas ce jeune courageux journaliste Mohammad Nimer qui ose nous donner des informations de derrière les fagots en bravant l’in-justice qui n’aspire qu’à le bâillonner, ne sachant justifier l’injustifiable. Au lieu d’une réponse rapide et claire du berger à la bergère ; le pouvoir préfère la manière forte que le débat démocratique. Faire chanter les banquiers même en sous-main par un collaborateur de énième rang n’est très intelligent non plus. hahaha décidément Aoun a mal compris les ordres que son héritier lui a intimé, pour le sortir encore une fois de l’impasse dans laquelle il s’est mis lui-même ! L’un a perdu le nord et le second est en train de tout perdre…vivement les élections pour qu’ils puissent enfin se reposer l’un à Rabieh et le second à Batroun si la population le laisse s’installer une fois redevenu monsieur tout le monde !

    Le Point du Jour.

    16 h 45, le 14 mars 2022

  • Ce journaliste est responsable du bureau d'information au sein du courant du futur. J'ai eu l'occasion de l'écouter lors d'un talk-show au cours duquel il n'a parlé que de G. Bassil . Plus de 38 fois le nom de ce dernier a été évoqué . Je me suis bien amusée à les compter dans un review sur you tube. Ne vous inquiétez pas Mme Hage. Chez nous, la liberté d'expression se porte très bien, elle aussi respectée sinon plus que partout ailleurs .

    Hitti arlette

    14 h 34, le 14 mars 2022

  • Il ne faut pas se tromper : Les fripouilles securitaires sont les chiens de garde de la canaille politichienne. Nombre de juges venaux egalement. Le nettoyage des ecuries d'Augias doit debuter par le corps judiciaire. Kellon ya3ne kellon.

    Michel Trad

    14 h 07, le 14 mars 2022

  • "… le journaliste Mohammad Nimer dénonce un « Etat policier » …" - Mohammad Nimer doit être un mauvais journaliste car il confond état mafieux et état policier. Erreur compréhensible pour le citoyen lambda, mais impardonnable pour un journaliste censé nous informer…

    Gros Gnon

    13 h 50, le 14 mars 2022

  • Ils croient que nous sommes en Russie ou en Syrie? Non rassurez-vous nous tenons encore à notre liberté d’expression et j’espère que tous les journalistes de ce pays se tiendront derrière chacune des personnes représentant les médias pour leur mener une guerre sans merci si jamais ils oseraient s’attaquer à ce que nous avons de plus cher, la vérité révélée par des médias patriotiques et fidèles à leur pays.

    Sissi zayyat

    13 h 44, le 14 mars 2022

  • POUR CEUX QUI POURRAIENT ENCORE ET MALGRE TOUT PENSER AOUN ET CPL...

    LA LIBRE EXPRESSION.

    13 h 07, le 14 mars 2022

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