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Politique - Liban

"Non à la guerre !" : Raï soutient l'indépendance de l'Ukraine

"Le Liban ne peut plus rester sans Etat, dans le chaos, l'effondrement et la confusion", prévient le patriarche maronite.

Le chef de l’Église maronite, Béchara Raï. Photo d'archives ANI

Le patriarche maronite, Béchara Raï, a appelé dimanche à la fin de l'invasion russe de l'Ukraine lancée le 24 février, et a soutenu l'indépendance de ce pays. Dans ce contexte, il a expliqué que ses appels à la neutralité par rapport aux conflits ne contredisent pas cette prise de position. Sur le plan local, le cardinal s'est, une nouvelle fois, opposé à un éventuel report des élections législatives du 15 mai, et a estimé que "de grands choix doivent être faits" durant le prochain mandat présidentiel qui succédera à celui de Michel Aoun en octobre.

"Non à la guerre ! Non à la guerre ! Non aux solutions armées ! Oui aux négociations par les voies diplomatiques et politiques", a martelé le cardinal Raï, lors de son homélie dominicale à Bkerké.

"(...) La guerre qui a lieu sur le territoire de l'Etat indépendant de l'Ukraine nous fait de la peine. Nous prions pour l'arrêt de cette guerre et pour la miséricorde envers les innocents (...)", a affirmé Mgr Raï, qui a appelé les deux parties "à s'asseoir ensemble et à régler le conflit pacifiquement".

"Si nous condamnons ce qui se passe en Ukraine, nous insistons quand même sur le principe de neutralité, notamment sur le plan humanitaire. La neutralité pour laquelle nous plaidons n'est pas sans cœur et sans conscience et n'est pas contre les droits humains ou contre le droit des populations à s'auto-déterminer. Cette neutralité n'est pas contre les lois internationales. La solidarité et la médiation sans s'impliquer militairement et politiquement est au cœur de la neutralité positive et active", a expliqué le patriarche.

Pour justifier sa position, le dignitaire religieux a affirmé que "tous les Etats neutres dans le monde ont rapidement exprimé leur soutien à l'indépendance de l'Etat ukrainien et la liberté de sa population". "Si nous avons renforcé nos liens avec la Russie, nous avons également condamné par le passé toutes les guerres menées contre les populations du Moyen-Orient et qui ont violé les frontières internationales, et nous avions exprimé notre solidarité avec tous les peuples opprimés (...) indépendamment de leurs affiliations politiques et des régimes de leurs Etats", a dit Mgr Raï.

Point de vue

Ce que nous, Libanais, partageons avec les Ukrainiens

Le 24 février, jour de l'invasion russe de l'Ukraine, le ministère libanais des Affaires étrangères avait publié un communiqué qui dénonçait l'agression russe, mais cette position a provoqué une polémique et n'a pas fait l'unanimité sur la scène politique libanaise. Si dans un premier temps, le chef de l'Etat, Michel Aoun, a semblé prendre se distances avec le communiqué des AE, il s'y est finalement aligné, tout en appelant à une fin des combats. Mercredi, le Liban s'est de nouveau rangé aux côtés des capitales occidentales lors de l'Assemblée générale de l'ONU en votant une résolution isolant Moscou. Sur 193 pays membres, cinq s'y sont opposés et 35 se sont abstenus.

Nouveau mandat présidentiel

Sur le plan politique local, le chef de l'Eglise maronite a, une nouvelle fois, exprimé son refus d'un report des législatives du 15 mai. "Nous œuvrons avec les personnes de bonne volonté pour que les élections législatives aient lieu à la date prévue et que la population puisse de nouveau s'exprimer", a fait savoir le prélat. "Il est inacceptable, et sous n'importe quel prétexte, de contourner cette échéance constitutionnelle et démocratique. Ceux qui s'activent pour reporter les élections en inventant des prétextes feraient mieux de déployer leurs efforts pour que le scrutin puisse avoir lieu", a encore lancé Mgr Raï. Pour lui, "des grands choix doivent être faits dans les prochains mois, et sous le nouveau mandat présidentiel. Le Liban ne peut plus rester sans Etat, dans le chaos, l'effondrement et la confusion", a prévenu le patriarche.

Lire aussi

Sur la scène sunnite, le réveil a sonné

Pour sa part, le métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth, Elias Audi, qui n'a pas évoqué le conflit en Ukraine dans son homélie, a appelé la population libanaise à "faire preuve de lucidité et à sortir du gouffre dans lequel nous ont mis les personnes au pouvoir". ll a également estimé "nécessaire d'avoir une vision politique et économique claire qui soit dans l'intérêt général, sans qu'aucune partie ne viole la souveraineté de l'Etat". Une critique à peine voilée du Hezbollah, poids lourd de la politique libanaise et seule formation à détenir des armes après la fin de la guerre civile en 1990.

Les prochaines législatives sont vues par nombre de Libanais comme une opportunité de changer la classe politique au pouvoir, accusée de corruption et de clientélisme dans un pays en plein effondrement socio-économique depuis 2019. La communauté internationale, ainsi que plusieurs protagonistes locaux, redoutent un report des élections sous divers prétextes, notamment un problème de financement. Mais le Conseil des ministres a tenté de donner un signal positif sur ce plan en assurant une partie des fonds. Et le Hezbollah, accusé par ses détracteurs de vouloir repousser cette échéance, affirme régulièrement qu'il est en faveur de la tenue du scrutin. Il a même lancé sa campagne électorale et publié les noms de ses candidats.

Le patriarche maronite, Béchara Raï, a appelé dimanche à la fin de l'invasion russe de l'Ukraine lancée le 24 février, et a soutenu l'indépendance de ce pays. Dans ce contexte, il a expliqué que ses appels à la neutralité par rapport aux conflits ne contredisent pas cette prise de position. Sur le plan local, le cardinal s'est, une nouvelle fois, opposé à un éventuel report des...
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Quand le patriarche des maronites déclare : "(...) La guerre qui a lieu sur le territoire de l'Etat indépendant de l'Ukraine nous fait de la peine", l’évêque orthodoxe de Beyrouth (métropolite) Elias Audi, "qui n'a pas évoqué le conflit en Ukraine dans son homélie", préfère s’abstenir, sûrement pour ne pas froisser la susceptibilité de ses paroissiens. Si Raï s’aligne sur la position officielle du Liban à l’ONU, Audi par simple interprétation de son silence, comme alignement sur la position officieuse du Hezbollah ? (le Hezb est libre de ses choix en matière de diplomatie). Non et non, le métropolite ne rejoint pas la formation chiite. Comme j’aime Elias Audi, je dirai qu’il est prudent, et (wait and see) est sa devise. https://www.lemonde.fr/le-monde-des-religions/article/2022/03/04/l-ukraine-catalyse-une-crise-au-sein-du-monde-orthodoxe-entre-moscou-et-constantinople_6116091_6038514.html?xtor=EPR-33280931-[alert]-20220306-[article]&M_BT=57892022665140

NABIL

18 h 13, le 06 mars 2022

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Commentaires (1)

  • Quand le patriarche des maronites déclare : "(...) La guerre qui a lieu sur le territoire de l'Etat indépendant de l'Ukraine nous fait de la peine", l’évêque orthodoxe de Beyrouth (métropolite) Elias Audi, "qui n'a pas évoqué le conflit en Ukraine dans son homélie", préfère s’abstenir, sûrement pour ne pas froisser la susceptibilité de ses paroissiens. Si Raï s’aligne sur la position officielle du Liban à l’ONU, Audi par simple interprétation de son silence, comme alignement sur la position officieuse du Hezbollah ? (le Hezb est libre de ses choix en matière de diplomatie). Non et non, le métropolite ne rejoint pas la formation chiite. Comme j’aime Elias Audi, je dirai qu’il est prudent, et (wait and see) est sa devise. https://www.lemonde.fr/le-monde-des-religions/article/2022/03/04/l-ukraine-catalyse-une-crise-au-sein-du-monde-orthodoxe-entre-moscou-et-constantinople_6116091_6038514.html?xtor=EPR-33280931-[alert]-20220306-[article]&M_BT=57892022665140

    NABIL

    18 h 13, le 06 mars 2022

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