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Culture - Exposition

Les choses de la vie... et celles de la ville de Omar Fakhoury

Dans sa nouvelle série de peintures réunies sous l’intitulé « Things and Other Things » (« De choses et d’autres »), l’artiste passe des territoires de l’espace public à ceux de l’intime. Avec un sens de l’observation aussi percutant que poétique.

Les choses de la vie... et celles de la ville de Omar Fakhoury

Alfa, une peinture à l’acrylique sur lin de l’exposition « Things and Other Things » (140 x 200 cm; 2021). (DR)

C’est un « portraitiste d’objets » raconteurs de vies. Et un baroudeur urbain. Un peintre qui sillonne inlassablement les villes. Ou plutôt « sa » ville. Cette Beyrouth négligée, brisée, délaissée, dont il saisit – avec l’acuité d’un regard quasi photographique – aussi bien la poésie d’un moment que les paradoxes qui lui sont intrinsèques. Ou encore la symbolique sociale de certains des éléments, anodins, qui jalonnent son territoire. Sensible aux objets cassés, altérés et rejetés, ainsi qu’aux choses banales souvent invisibles aux yeux de la majorité des gens, Omar Fakhoury balade son sens de l’observation au gré de ses pérégrinations, à la recherche de leurs apparitions, parfois surréalistes, dans cette ville qui ressemble par bien des aspects à une scène de théâtre. De là naissent ses « rencontres » souvent bizarres, insolites et cocasses avec des choses et d’autres (pour reprendre le titre de son actuelle exposition à la galerie Marfa’). À l’instar de cette voiture abandonnée et poussiéreuse, par exemple. Une Alfa aux pneus défoncés mais au capot néanmoins recouvert d’une bâche en plastique, évocatrice d’un ultime et paradoxal signe d’attention de son propriétaire ; ou de ces deux fauteuils emballés et posés face à face sur un bout de trottoir et qui semblent converser en attendant le camion du déménageur… Ou encore de cette peluche, Sylvester, attachée à la branche d’un arbre. Et qui ne pouvait pas ne pas interpeller cet artiste qui a le don de saisir l’âme des objets inanimés et leurs histoires particulières sous leur apparente banalité.


Un mur de la série « Fragments » à la galerie Marfa’. Photo DR

Des objets et des hommes

Connu pour ses représentations de guérites et d’abris rudimentaires qui ponctuent la ville de Beyrouth au point d’en devenir des marqueurs de son identité, Omar Fakhoury est passé progressivement, au cours de ces dernières années, dans son travail pictural des territoires de l’espace public à ceux de l’intime. Dans son avant-dernière série (« Plastic Chair Groove», qui avait été présentée à la FIAC), il avait déplacé son attention de ces petites architectures, censées être provisoires et qui ont fini par devenir partie intégrante d’un paysage beyrouthin figé dans sa précarité, vers un élément du mobilier commun à tous les habitants de cette ville. À savoir ces fameuses chaises en plastique à l’usage extrêmement révélateur d’une certaine culture de l’espace public au Liban qu’il a « portraiturées » dans un esprit de mise en lumière de leur important rôle de trait d’union entre urbanité extérieure et intérieure. Car ces chaises « inconsidérées à leur juste valeur » accompagnent les étapes de vie de toute une population et en révèlent, d’une certaine manière, les codes communautaires. Depuis la blanche toute neuve, utilisée dans les assemblées de mariages et de condoléances, à celle, souvent éclopée d’un pied, placée en bordure de trottoir pour réserver une place de stationnement, en passant par la défraîchie qui sert de siège de rue aux commerçants ou autres gardiens de parking…

Cette fois, dans « Things and Other Things » (« De choses et d’autres »), sa cuvée de peintures des deux dernières années présentée jusqu’à fin avril à la galerie Marfa’, il va plus loin dans son exploration de la relation de l’individu aux objets. En s’attaquant – aussi – à la représentation de ceux qui emplissent sa vie, son intérieur et sa… mémoire.

Sylvester sur un arbre perche

Du 33 tours à la bombe lacrymogène

Une inspiration issue de son propre changement d’adresse, il y a un peu plus d’un an, lorsqu’au cours du déménagement de sa maison et de son atelier, l’artiste tombe sur des tas d’objets abîmés par le temps, ou encore cassés et remisés dans l’attente d’être réparés. À l’instar, entre autres, de cette céramique ébréchée, cette paire de lunettes de soleil écrasée, cette tête de pipe qui appartenait à son père, ce vieux 33 tours rayé, cette chaise boiteuse, cette bombe lacrymogène reçue sur la tête un jour de participation à une manifestation… Autant de pièces diverses, anodines et sans réelle valeur, sinon affective, et qui racontent chacune d’une certaine manière une bribe de son histoire personnelle.

À ce titre – et le confinement aidant –, il va s’atteler à les représenter une par une, à l’acrylique sur toile ou sur lin, à les portraiturer en solo sur des fonds le plus souvent neutres et terreux dans une sorte de répertoire pictural à fort impact émotionnel… Ce qui les éloigne du registre des natures mortes. Et bien que délivrant un récit appartenant à l’intime et au biographique, ces toiles – qui constituent une série à part baptisée « Fragments » – sont à appréhender comme un manifeste du rôle central de l’objet le plus banal, le plus ordinaire, dans l’expression de l’affect.

Vous l’aurez deviné, dans cette exposition, Omar Fakhoury aborde avec un sens de la composition et de l’effet frappant, mais retenu, la puissance de la subjectivité dans notre relation à la valeur des choses. Que celles-ci appartiennent aux confins de la maison ou à la rue, aux trottoirs de la ville ou encore, et par extension, au pays. Car il est impossible de ne pas faire le lien entre ces objets brisés et remisés dans une situation de précarité et d’entre-deux, et le Liban d’aujourd’hui…

« Things and Other Things » de Omar Fakhoury, jusqu’a fin avril, à la galerie Marfa’, port de Beyrouth. Horaires d’ouverture, du lundi au vendredi, de 11h à 17h.

C’est un « portraitiste d’objets » raconteurs de vies. Et un baroudeur urbain. Un peintre qui sillonne inlassablement les villes. Ou plutôt « sa » ville. Cette Beyrouth négligée, brisée, délaissée, dont il saisit – avec l’acuité d’un regard quasi photographique – aussi bien la poésie d’un moment que les paradoxes qui lui sont intrinsèques. Ou encore la symbolique sociale de certains des éléments, anodins, qui jalonnent son territoire. Sensible aux objets cassés, altérés et rejetés, ainsi qu’aux choses banales souvent invisibles aux yeux de la majorité des gens, Omar Fakhoury balade son sens de l’observation au gré de ses pérégrinations, à la recherche de leurs apparitions, parfois surréalistes, dans cette ville qui ressemble par bien des aspects à une scène de théâtre. De...
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