Illustration de Fernand Léger pour le poème « Liberté » de Paul Éluard. Photo DR
Pour rêver le monde, il faut être poète, pour le réfléchir, il faut être philosophe, et pour le panser, il faut être médecin. Il n’est pas médecin, poète ou philosophe, Georges Haddad est les trois à la fois. Neurochirurgien, mélomane acharné et amoureux de philosophie et de littérature, il décline dans le cadre du Festival al-Bustan le thème de la liberté en musique et en narration. L’histoire vous plantera des ailes et les morceaux musicaux choisis vous aideront à voler et pourquoi pas à rêver de liberté. Philosophe à l’heure où il lâche le bistouri, Georges Haddad aurait pu se poser la question : est-ce que les futurs sont contingents ou entièrement déterminés ? Sommes-nous condamné à courber l’échine et voué, nous peuple libanais, à patauger dans la fange de la corruption, à accepter la soumission et abandonner ? Non ! dira le chirurgien, poète et philosophe, le canari veille et comme pour Kant, Schelling ou Schopenhauer, il n’y a pas de destin prédéterminé, à charge pour chacun de choisir le sien et la liberté transcendera. Alors levez les yeux au ciel, peuple du Liban, et attendez le canari, il passera forcément un jour et vous entraînera dans son monde, celui des êtres libres, car celui qui a un jour goûté à la liberté ne pourra plus s’en passer.
Le poète Paul Éluard a inspiré à Georges Haddad le mot d’introduction de sa conférence sur la liberté et les musiques. Photo DR
Liberté, je chante ton nom
Si le thème de « Reconnect » proposé par le Festival al-Bustan pour sa 28e édition gravite autour de la cohésion et du rassemblement, pour Georges Haddad, se reconnecter, c’est d’abord ne pas rompre les liens avec ceux qui, privés de liberté, ont été contraints de quitter leur terre : les amis, les parents ou les enfants. Se reconnecter, c’est ensuite la liberté de vouloir changer les choses, car même au fond de sa prison, on ne peut priver le prisonnier de sa liberté de rêver. Ce thème, pour le neurologue-mélomane, sonnait comme une évidence. Pour sa conférence qui se tient ce lundi 21 février à 18h à l’auditorium du musée Sursock, il présente « Musiques et liberté ». « Musiques au pluriel et liberté au singulier, dit-il, car de liberté, il n’y en a qu’une seule, celle qui nous permettra de résister et de vaincre. » Plutôt que de se pencher sur la genèse de la liberté en musique – comment elle inspiré les plus grands compositeurs à travers tous les continents –, Georges Haddad décide de raconter une histoire dont l’acteur principal est un petit canari, mais il s’appuie néanmoins sur les compositeurs et les concerts présentés au Festival. L’hymne libanais chanté par les sourds-muets de l’association IRAP annonce la couleur, et le message est clair. Même privée de la parole, la liberté trouve toujours son chemin.
L’affiche de la conférence. Photo DR
Il était une fois, « once upon a time », « kan ya makan »…
« C’est l’histoire d’un petit canari, confie Georges Haddad, un volatile très sensible aux émanations toxiques et qui ne peut s’empêcher de chanter. Jusqu’à la fin du XXe siècle, les mineurs s’accompagnaient de canaris pour plonger dans les tréfonds de la terre. Lorsque le canari arrêtait de chanter, c’était le signe d’un danger qui guettait, et les mineurs devaient alors regagner leur base. Le canari n’a pas qu’une belle voix pour chanter, il est aussi annonciateur de péril, il émet des signaux d’alerte pour prévenir les humains. » Et d’ajouter : « Toute société a ses propres canaris, qui tantôt chantent, tantôt nous alertent. Lorsque notre liberté est en danger, ces canaris-là, ce sont nos poètes. » Si la poésie permet de révéler la beauté cachée du monde, là où personne ne la voit ni même l’attend, de voyager physiquement et spirituellement en toute liberté, elle sert surtout à vivre et à espérer un monde meilleur. Le voyage de Georges Haddad prendra ce soir son départ au son de la liberté interprétée par des artistes sur un texte de Paul Éluard dont voici un extrait :
« Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté. »
Paul Éluard, Poésie et vérité, 1942 (recueil clandestin)
Au rendez-vous allemand (1945, les éditions de Minuit).
Suivront des extraits de l’opéra de Puccini Tosca et l’histoire du peintre emprisonné, de Don Giovanni de Mozart qui atteste de ce que déclarait Baudelaire, « la plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas », de Libertango composé par Astor Piazzolla ou encore de Nabucco de Verdi et beaucoup d’autres qui ont scandé la liberté dans leurs expressions artistiques.
Pour Georges Haddad, il n’y a pas que ceux privés de liberté qui souffrent, il y a aussi les autres, ceux de l’autre côté des barreaux, ceux qui tentent en vain de tendre une main et de venir au secours de leurs aimés. Ils sont les expatriés, les émigrés, les exilés qui ont malgré eux déserté le pays de la non-liberté. La voix de Umayma el-Khalil viendra nous réconforter, le poète n’est plus seul, l’oiseau revient et le canari reprendra son envol. Sa progéniture est nombreuse, elle est tous les révolutionnaires descendus dans la rue un drapeau à la main. Et s’ils n’ont pas pu parler, ils le feront un jour, il nous faudra simplement nous reconnecter avec la liberté et ne jamais oublier que l’espoir engendre l’éternité…
Musiques et liberté – The Sound of Freedom
Lundi 21 février
Auditorium du musée Sursock à 18h
Dr Georges Haddad
Conférence en anglais
Entrée gratuite
Places limitées.



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