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«En 1999 débutait le casting pour trouver le jeune garçon qui allait interpréter Harry Potter et qui, par la même occasion, deviendrait mondialement célèbre. Des centaines d’acteurs furent auditionnés. Finalement, il n’en resta plus que deux. Ce roman raconte l’histoire de celui qui n’a pas été choisi. » Ces lignes brèves de la quatrième de couverture annoncent un conte de fées dans un conte de fées dans un conte de fées, et peut-être une obsession toute française pour les seconds rôles, quand on observe la célébrité d’un Raymond Poulidor, cinq fois numéro deux du Tour de France, ses quasi-échecs répétés lui ayant attiré l’immense tendresse du public et fait sa popularité. David Foenkinos dont Numéro deux marque vingt ans de carrière a lui aussi eu des débuts compliqués, avec parfois des séances de signature dans des salles désespérément vides. Il aime à répéter cet aphorisme de Churchill : « Le succès, c’est d’aller d’échec en échec. »
Premier conte : celui de la vie de l’auteure de Harry Potter, dont le grand public ne connaît d’abord que les initiales « JK », choisi par l’éditeur pour ne pas donner l’impression aux jeunes lecteurs qu’il s’agit d’un livre « pour filles ». JK Rowling se marie avec un homme qui se révèle violent. Elle part avec sa fille, dépend des aides sociales, traverse une période de précarité absolue, connaît la dépression – dont on retrouvera l’incarnation dans le phénomène des « détraqueurs ». Un jour, dans un train, elle est foudroyée par l’inspiration. Elle a la vision des sept tomes de Harry Potter et écrit la première partie de ce livre qui est refusé pendant un an, jusqu’à ce que les éditons Bloomsbury ouvrent un département de littérature jeunesse. Et l’histoire démarre grâce, selon le récit de Foenkinos, à la fille de l’éditeur qui a huit ans et recommande chaleureusement le livre à son père.
Harry Potter, un succès planétaire sur lequel il est inutile de revenir ici. L’histoire du jeune sorcier se déroulant sur fond de persécutions et d’échecs, chaque lecteur y retrouve un peu de soi-même et une pensée magique qui lui permet de traverser les périodes difficiles. Vient le jour où l’histoire va être portée au cinéma, et le démarrage du fameux casting auquel participe pratiquement tout ce que le Royaume-Uni compte de jeunes acteurs, JK Rowling ayant demandé que son histoire reste « anglaise ». À l’arrivée, il ne reste que deux candidats : Daniel Radcliffe et Martin Hill. Tous deux ont une dizaine d’années. Le premier, protégé par ses parents qui tiennent à préserver son équilibre et son parcours scolaire, s’est pratiquement retiré de la course. Le second, de père anglais, accessoiriste et inventeur de gadgets sans intérêt, et de mère française repartie vivre à Paris par lassitude, endosse le rôle sans le faire exprès, passe l’épreuve avec spontanéité et séduit les recruteurs. Mais le hasard (dont on a tendance à dire qu’il « fait bien les choses » mais dont Foenkinos rappelle qu’il les fait mal, aussi), le hasard, donc, organise une rencontre fortuite entre le producteur et les parent de Radcliffe dans une salle de théâtre. Les Radcliffe sont tentés et finissent, puisqu’il n’y a plus que deux candidats en lice, par se prendre au jeu. Daniel est pris, mais, qu’advient-il de Martin qui, lui, a fini par incarner le personnage et se convaincre qu’il y a en lui quelque chose et même une grande part de Harry Potter ? Lui qui sera persécuté par un beau-père abusif dont le souvenir de la main furtive sur le dos de sa mère, un soir où celle-ci avait entraîné l’enfant dans un dîner mondain, avait réussi à faire couler spontanément ses larmes lors des auditions, lui qui aura devant les yeux, toute sa vie, sur toutes les affiches, le succès de l’« autre » auquel lui-même n’a pas eu droit ? Martin Hill va aller d’échec en échec, mais la morale de Foenkinos et son pouvoir de démiurge sur le jeune protagoniste vont lui permettre de construire et d’acquérir des valeurs qui vont l’aider à s’en sortir.
Numéro deux de David Foenkinos, Gallimard 2022, 240p.