Critiques littéraires

Du rôle de l’art en temps de guerre


Du rôle de l’art en temps de guerre

Le Ruban de Hala Moughanie, Éditions Asmodée Edern, 2026, 104 p.



Lorsque Hala Moughanie a écouté son texte lu par des comédiens en juillet 2025 à Avignon – lecture organisée par RFI dans le cadre d’un cycle dont le thème était « Ça va, ça va le monde ! » – elle était en larmes. Compréhensible certes, mais le plus fou, dit-elle, c’est que « quasiment tout le public était en larmes aussi. Il y a des inconnus qui sont venus me serrer dans leurs bras en pleurant et en me remerciant pour ce texte. » Récemment publié, Le Ruban est aujourd’hui accessible à tous et ce beau texte de théâtre peut à présent prendre son envol et continuer son chemin vers d’autres lecteurs et d’autres scènes. C’est la quatrième pièce de théâtre de Moughanie, qui a reçu le Prix RFI pour Tais-toi et creuse et le Prix du Théâtre de La Colline pour l’ensemble de son travail.


Le Ruban est né d’une immense colère qui ne faiblit pas. On est en 2024 et la guerre est partout, partie de Gaza pour se déployer au Liban. La toile de fond de ce texte, ce sont donc les déplacements des populations du Sud, les drones, l’attaque aux pagers puis l’épisode terrifiant des talkies-walkies, les assassinats, les bombardements, la dévastation des terres agricoles. Mais aussi l’inertie de la classe politique et l’impuissance des citoyens qui se mue en rage. Sans oublier « la beauté de ce qui fait notre terre, de notre humanité ». Quatre personnages se partagent la scène : le conseiller du Premier ministre, le conseiller du ministre de la Culture, le commissaire d’exposition et la directrice du tout nouveau Musée d’art moderne, qui a été inauguré sans célébration puisque la guerre faisait rage. Et c’est pourquoi une réunion d’urgence est convoquée au lendemain d’un hypothétique cessez-le-feu ; car il faut un ruban, il faut des ciseaux, mais qui va les tenir pour couper le ruban ? La pièce en un seul acte s’ouvre sur cette question brûlante.

L’humour est ici grinçant, on frôle sans cesse l’absurde et le déraillement du sens, mais aussi la fatigue et la sidération, tant la vie s’échappe dans cette « ville en combustion » où l’on s’endort dans le bruit des bombes et l’on se réveille avec des chants d’oiseaux. Où l’horreur est un risque de chaque instant dans le silence criminel du monde. Car « l’absence de parole vaut non-assistance à personne en danger et caution pour meurtre organisé ». Le talent de Moughanie réside dans sa façon de maintenir le rythme, avec un découpage des prises de parole qui a la précision d’une partition musicale. Mais aussi dans le travail de l’écriture qui fait la peau à la langue de bois et en expose la lâcheté, le caractère figé et sloganisé. Tandis que la vérité trouve son chemin dans l’émotion, la douleur et le cri. Et que l’amour parvient à se dire malgré la douleur et le désespoir.


L’écho de ce texte se prolonge dans diverses interrogations autour de la responsabilité individuelle et collective dans ce monde qui vacille, et du sens du geste artistique quand c’est de survie qu’il s’agit. La censure exercée à l’encontre des artistes à laquelle on a assisté récemment vient apporter une réponse à l’envers à ces questions. Si les mots dérangent tant, c’est qu’ils ont conservé leur pureté tranchante et leur capacité à agir sur le monde.


Le Ruban de Hala Moughanie, Éditions Asmodée Edern, 2026, 104 p.Lorsque Hala Moughanie a écouté son texte lu par des comédiens en juillet 2025 à Avignon – lecture organisée par RFI dans le cadre d’un cycle dont le thème était « Ça va, ça va le monde ! » – elle était en larmes. Compréhensible certes, mais le plus fou, dit-elle, c’est que « quasiment tout le public était en larmes aussi. Il y a des inconnus qui sont venus me serrer dans leurs bras en pleurant et en me remerciant pour ce texte. » Récemment publié, Le Ruban est aujourd’hui accessible à tous et ce beau texte de théâtre peut à présent prendre son envol et continuer son chemin vers d’autres lecteurs et d’autres scènes. C’est la quatrième pièce de théâtre de Moughanie, qui a reçu le Prix RFI pour Tais-toi et creuse et le Prix du...
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