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De Chartres à Louxor, en passant par Sanxingdui : ces découvertes archéologiques qui ont marqué 2021

Lors de l’année écoulée, d’importants chantiers de fouilles ont livré leurs secrets.

De Chartres à Louxor, en passant par Sanxingdui : ces découvertes archéologiques qui ont marqué 2021

Datant du IIe siècle après J.-C., le plafond de Chartres arbore ses sculptures malgré les stigmates d’un incendie. Photo prise du site archéologique de Chartres

Monuments, œuvres d’art, artefacts, chaque découverte constitue une partie importante de l’histoire de l’humanité.

L’antique plafond de Chartres

Parmi les fouilles qui ont marqué l’année 2021, il y a celles de Chartres, en France. Dans le bassin d’une fontaine monumentale du sanctuaire gallo-romain de Saint-Martin-au-Val gisaient les vestiges d’un plafond à caissons datant de la première moitié du IIe siècle de l’ère chrétienne. Portant les stigmates d’un incendie, il arbore encore ses magnifiques sculptures géométriques (hexagones, losanges) et ses décors multiples (rosaces, frises de feuilles d’eau, d’oves, d’acanthe et de rais-de-cœur). Il s’agit, à ce jour, du seul exemplaire connu dans le monde romain. « Nous sommes non seulement devant une pièce rare, mais aussi somptueuse et particulièrement complexe dans sa construction », a déclaré dans un communiqué de presse Emmanuel Bouilly, spécialiste des structures en bois et archéologue à la direction de l’archéologie de Chartres Métropole. La découverte est d’autant plus exceptionnelle que l’ouvrage en bois de sapin et tilleul a résisté à la décomposition, cas rarissime dans des contextes archéologiques. En effet, tombée en morceaux dans le bassin d’eau après avoir pris feu, la combustion des boiseries a été stoppée. Recouverts, dans un second temps, par les crues de l’Eure, dans un milieu humide, sans air et sans lumière, le bois a échappé à sa dégradation naturelle. Partiellement carbonisé, le plafond est en cours de reconstitution. Sa longueur est estimée à un mètre, sa largeur maximum à un mètre.

Un masque en or de la civilisation Shu fabriqué il y a plus de 3 000 ans. Sanxingdui Museum/Shen Bohan/Xinhua via AFP

La cité d’Amenhotep III surgit des sables

« La plus grande ville antique d’Égypte », « la plus grande découverte archéologique depuis la tombe de Toutankhamon », « la Cité d’or perdue », les autorités égyptiennes ont usé de tous les superlatifs pour annoncer, en avril 2021, la découverte de la cité d’Amenhotep III, père d’Akhenaton et grand-père de Toutankhamon, à proximité de Louxor. Fondée, il y a 3 400 ans par le pharaon Amenhotep III, dont le règne entre 1391 et 1353 av. J.-C. a été marqué par « une richesse, un pouvoir et un luxe extraordinaires », la cité a été baptisée par les archéologues L’ascension d’Aton (dieu solaire de l’Égypte antique). À l’intérieur de ses murs en argile aux formes ondulées, parfois hauts de trois mètres, trois palais, un quartier artisanal et un secteur d’habitations ont été exhumés. Et ils ne constituent qu’une portion seulement d’une cité perdue qui a été mise au jour ! Les fouilles ont également dévoilé des bagues, des scarabées, des centaines de poteries peintes, de petites statues et des briques d’argile portant le cartouche royal d’Amenhotep III, qui confirment l’âge de la ville, selon le communiqué diffusé par les autorités égyptiennes. Des inscriptions hiéroglyphiques identifiées, par ailleurs, sur des bouchons d’argile feraient également référence à des palais royaux du roi. Le niveau de conservation de la cité a impressionné les chercheurs. « C’est très clairement un arrêt sur image, comme une version égyptienne de Pompéi », a confié Salima Ikram, archéologue et directrice du département d’égyptologie de l’université américaine du Caire, au magazine National Geographic.

La « cité perdue » d’Amenhotep III retrouvée près de Louxor. Photo AFP

Le char d’apparat et les esclaves

Les fouilles sur le site de la villa périurbaine de Civita Giuliana, demeure aristocratique romaine située à quelques centaines de mètres du parc archéologique de Pompéi, ont permis de découvrir une chambre qui abritait une famille d’esclaves ainsi que les vestiges d’« un grand char de cérémonie à quatre roues, avec ses éléments en fer, de belles décorations en bronze et en étain, des restes de bois minéralisés, des empreintes d’éléments organiques, retrouvé presque intact », indique le communiqué du parc archéologique. Le char a été mis au jour dans un porche devant une écurie où les restes d’un cheval attelé avaient été trouvés en 2018, précise le communiqué italien. L’effondrement des murs et du toit de la structure dans laquelle il se trouvait lui a épargné les cendres libérées par l’éruption du Vésuve il y a près de 2 000 ans.

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D’autre part, la mise au jour d’une chambre d’esclaves au sein du domaine de Civita Giuliana est « certainement l’une des découvertes les plus excitantes de ma vie d’archéologue », a déclaré le directeur général de Pompéi, Gabriel Zuchtriegel, ajoutant que « grâce à son état de conservation exceptionnel, la salle offre un aperçu rare de la réalité quotidienne des esclaves de la société antique ». La pièce, éclairée par une lucarne, est d’environ 16 m2. Elle renferme trois lits fabriqués avec des planches grossièrement travaillées. Leurs pieds, palmés, étaient faits de cordes recouvertes d’une sorte de bâche. Également découverts, huit amphores, un pot de chambre en céramique et un coffre en bois contenant des objets en métal et en tissu qui semblent faire partie des harnais des chevaux de char. L’ensemble laisse supposer que cette pièce abritait une famille d’esclaves chargée d’entretenir et de préparer le char.

Vue d’une « chambre d’esclaves » découverte dans la villa Civita Giuliana, près de Pompéi. Pompéi Archeological Park/AFP

La plus vieille carte d’Europe est bretonne

Huit chercheurs français ont rencontré un franc succès en identifiant la plus vieille carte en relief connue à ce jour en Europe. Gravée sur un grand bloc de schiste, la dalle de Saint-Bélec avait été découverte dans un tumulus près de la commune de Leuhan, dans le Finistère, en 1900 par Paul du Châtellier, grand préhistorien de la seconde moitié du XIXe siècle. La dalle dormait depuis dans les réserves du musée d’Archéologie nationale, à Saint-Germain-en-Laye. Selon l’archéologue Yvan Pailler, responsable d’opération à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap, Grand-Ouest) et coauteur de l’étude publiée le 7 avril 2021 dans le Bulletin de la Société préhistorique française, la dalle remonterait à l’âge du bronze ancien (2150-1600 avant notre ère). Elle mesure deux mètres de longueur, un mètre cinquante de largeur pour une quinzaine de centimètres d’épaisseur, et pèse entre une et deux tonnes. « Elle est complètement couverte de gravures avec des motifs répétés de cercles, de carrés, de cupules ovales ou généralement rondes, et l’ensemble de ces signes sont reliés par un réseau de lignes piquetées (…). » Les analyses et recherches approfondies ont démontré que tous les tracés marqués sur la dalle correspondent à une zone de 630 km2 dans le Finistère, représentant un des territoires de l’âge du bronze ancien en Bretagne, contemporain des « princes d’Armorique ».

Le char d’apparat de Civita Giuliana arbore les restes de bois minéralisés, ainsi que ses décorations en bronze et en étain, dans la villa Civita Giuliana, près de Pompéi. Pompéi Archaelogical Park/AFP

L’idole irlandaise de Gortnacrannagh

Taillée dans du bois de chêne, une idole païenne vieille de 1 600 ans a été retrouvée dans une tourbière près de Gortnacrannagh, dans le comté de Roscommon, en Irlande. Les fouilles menées par l’équipe de l’Archaeological Management Solutions ont également livré des restes d’animaux et un poignard rituel, suggérant que le site a été utilisé pour le culte d’une divinité. « Cette région a été un lieu de culte païen pendant des milliers d’années, de la fin du néolithique jusqu’au début de la période médiévale », a indiqué la directrice de la fouille Eve Campbell, le 15 août dernier, dans un communiqué du comté de Roscommon. L’idole aurait été sculptée un siècle seulement avant la conversion de l’Irlande au christianisme au Ve siècle avec la mission de saint Patrick. Elle semble avoir été brisée en deux, une pratique courante signifiant qu’elle était morte et délibérément déposée dans la tourbière, peut-être en remplacement d’un sacrifice humain, selon les archéologues. Avec sa face humanoïde, sa forme trapézoïdale mesurant environ trois mètres dans sa longueur, le torse ponctué d’encoches, ce type d’idole est bien connu des spécialistes irlandais qui en ont découvert une dizaine dans le pays. Mais celle de Gortnacrannagh est la plus grande, et malgré ses quelque 1 600 ans, sa structure en bois a été préservée de la décomposition grâce aux propriétés des tourbières irlandaises. La sculpture est actuellement en cours de restauration dans le laboratoire de l’University College de Dublin (UCD). Elle sera ensuite exposée au Musée national d’Irlande.

Un masque en or de la civilisation Shu fabriqué il y a plus de 3 000 ans. Photo Sanxingdui Museum

Le fabuleux héritage du royaume Shu

C’est un véritable trésor que les archéologues chinois ont mis au jour sur le site de Sanxingdui, dans la province du Sichuan. Plusieurs masques en or de facture remarquable, dont l’un pèse près de 280 grammes et serait composé de 84 % d’or, ont été découverts avec d’autres centaines de reliques comme des ivoires, des couteaux, des figurines en bronze, de précieux ornements végétaux, des récipients de cérémonie connus sous le nom de Zun ainsi que divers objets en jade et des résidus de textiles en soie. L’ensemble, daté de l’âge du bronze, a émergé d’une série de fosses sacrificielles où l’on pratiquait des rites destinés au ciel, à la terre et aux ancêtres pour s’attirer prospérité et paix. Selon l’Administration du patrimoine culturel de la province du Sichuan, « les objets ont montré un style artistique encore jamais rencontré en Chine et révélé l’existence d’une culture inconnue qui aurait existé sous le royaume de Shu ». Ce dernier remonterait à au moins 4 800 ans et a perduré pendant plus de 2 000 ans, jusqu’à sa conquête en 316 avant l’ère chrétienne. Les découvertes vont permettre d’éclairer l’histoire de la culture Shu, l’un des berceaux de la civilisation chinoise. Toujours en cours d’exploration, le site archéologique de Sanxingdui figure sur la « liste indicative » du patrimoine mondial de l’Unesco, qui le décrit comme « un lieu exceptionnel de la civilisation de l’âge du bronze de la Chine, de l’Asie de l’Est et même du monde ».

Détail du char d’apparat de Civita Giuliana arbore les restes de bois minéralisés, ainsi que ses décorations en bronze et en étain, dans la villa Civita Giuliana, près de Pompéi. Photo Handout /Pompéi Archaelogical Park /AFP

Des langues d’or pour les momies

Aussi impressionnantes sont les « langues d’or » retrouvées dans la bouche d’un couple de momies égyptiennes vieilles de 2 500 ans, découvertes sur le site d’el-Bahnasa à 200 kilomètres au sud du Caire par une équipe espagnole de l’université de Barcelone. Des feuilles d’or avaient été placées dans la bouche des dépouilles mortelles pour leur permettre de s’adresser à Osiris, le dieu des morts, garant de la vie éternelle dans l’au-delà des Égyptiens de l’Antiquité. El-Bahnasa, jadis Oxyrhynchos (« La Cité du poisson au nez pointu »), est le nom d’une antique cité grecque d’Égypte où un extraordinaire trésor a été découvert en 1897 au milieu d’une décharge par deux jeunes archéologues britanniques, Bernard P. Grenfell et Arthur S. Hunt. Celle-ci recélait, sur dix mètres d’épaisseur, des milliers de déchets de papyrus résumant la vie d’un millénaire de civilisation hellénique à l’ombre des pharaons. Un grand nombre de ces papyrus sont toujours en cours d’étude. Trois autres langues d’or ont également été découvertes à l’extérieur des sépultures, toujours selon le communiqué du ministère du Tourisme et des Antiquités égyptiens. En février 2021, le magazine Sciences et Avenir avait déjà relaté la découverte de vestiges similaires sur le site de Taposiris Magna, près d’Alexandrie, où une momie recélant une langue d’or dans la bouche avait été exhumée par l’archéologue dominicaine Kathleen Martinez.

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